DE LA
Déllnition et diirision da sujet.
Peu de maladies sont aussi complexes que la fièvre typhoïde, aussi difficiles à étudier dans leurs symptômes et dans leurs lésions. Aussi peut-on dire que ce n'est que depuis bien peu d'années que nous en avons une notion claire et complète. Peu à peu, et par étapes successives, nos connaissances à ce sujet sont devenues plus précises et plus étendues. Tout d'abord le groupe confus et mal limité des fièvres continues, tel que le comprenaient les pyréfologistes du dix-huitième siècle, a fait place à une espèce morbide bien définie, caractérisée et par ses symptômes, et par sa , marche, et par sa lésion spécifique, le gonflement et l'ulcération des plaques dePeyer. G^est là le progrès décisif, dû,
au commencement du siècle, aux immortelles recherches de Petit, de Bretonneau, de Louis, etc.
Mais la notion que l'on avait alors de la fièvre typhoïde était par trop étroite : les uns, comme Broussaîs, n'y voyaient qu'une gastro-entérite aiguë, les autres en faisaient un exanthème intestinal, et donnaient aux lésions pustuleuses et ulcératives de Tiléon une importance capitale et presque exclusive.
Dans une période toute moderne seulement, une conception plus large et plus vraie a détrôné ces théories étroitement organiciennes. Nous savons aujourd'hui que la fièvre typhoïde est le type des maladies générales, totius mbstaniicBy que sa lésion primordiale et pathogénique porte sur le liquide sanguin, que les autres altérations ne sont que s6^ condaires et peuvent atteindre non seulement un système, tel que le système lymphatique par exemple, mais presque la totalité des organes et des tissus de l'économie. Tout est malade chez le typhique, mais à des degrés variables comme constance et comme intensité des lésions.
Si Ton voulait essayer de classer les symptômes morbides qu(î Ton observe dans la j^fièvre typhoïde, on pourrait les diviser en deux groupes. D'une part, des symptômes généraux, dus à Tadultération du sang, au processus fébrile, aux roubles plus ou moins profonds des combustions et des échanges organiques. D'autre part, des phénomènes locaux, dus aux lésions secondaires des différeuts viscères, et les uns presque constants, tels que ceux qui relèvent des lésions
intestiDales ; les autres variables, soit dans leur intensité, soit même dans leur existence : tels les phénomènes mor«* bides d'origine rénale, pulmonaire, cardiaque, etc.
Eh bien ! dans ces associations locales de symptômes et de lésions survenant au cours de la Qèvre typhoïde, Testomac entre-t-il en jeu? cet organe, si important à tant d'égards, jouit-il ici d'une immunité bien exception nell6, ou, au contraire, présente4-il un ensemble de lésions que Ton puisse rapporter à la dolhiénentérie, et de symptômes relevant de ces lésions elles-mêmes? Telle est la question que nous voudrions nous efforcer de résoudre. Nous devrons donc successivement examiner quelles sont les altérations de l'estomac chez les typhiques, en chercher l'origine, l'évolution et la nature. Cette étude analomo-pathologique devra ensuite trouver son application et sa raison d'être dans l'analyse clinique, et nous verrons comment, pendant la vie, se révèlent ces déterminations gastriques de la dothiénentérie, et quelles peuvent en être la fréquence, la gravib^ et la marche.
Si riche que soit la littérature médicale en tout ce qui touche à la fièvre typhoïde, elle est cependant d^uue véritable pauvreté pour le sujet dont nous entreprenons l'étude. Pas de monographies, peu de documents complets et précis, à peine quelques recherches anatomo-pathologiques éparses dans les différents auteurs ; si bieu qu'on ne saurait faire l'historique d'une question qui, jusqu'à présent, a été si pea envisagée dans son ensemble. Nous citerons donc au fur et à
.mesure les résultats de nos recherches bibliographiques, mais elle^ sont restées si peu fructueuses, que nous espérons que Ton nous excusera si notre étude demeure imparfaite; nous aurons au moins essayé de compléter un des chapitres .de rhistoire déjà si longue de la fièvre typhoïde, de réunir et d'expliquer tout un ensemble de faits qui jusqu'à présent étaient restés presque dans l'ombre.
Qu'il nous soit permis enfin, au début de ce travail, d'adresser la vive expression de notre gratitude à noer maîtres aimés et respectés qui, dans renseignement de chaque jour, à l'hôpital comme dans les laboratoires, nous ont toujours montré leur bienveillance et leur sympathie dévouée. S'ils jont bien voulu reporter sur le fils une part de l'estime et de Tafiection qu'ils avaient pour un père r^retté, nous les prions d'en accepter le témoignage de notre profonde re^ connaissance.