‹ Etude sur Les Determinations Gastriques de la Fievre TyphoideChapitre 8 sur 11 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Nous n'avons voula rassembler ici qu'un petit nombre d'observations qui nous ont paru typiques, soit au point de vue des lésions, soit au point de vue des symptômes. Quant aux cas très nombreux qui nous ont servi pour nos recherches histologiqueSi il nous a semblé que les rapporter serait plus long qu'utile, plus fastidieux qu'intéressant.

Observation I (personnelle). — Fièvre typhoïde à forme cérébro-spinale. — Mori. — Ulcérations de f estomac.

Augustine G..., Agée de vingt-quatre ans, entre le 10 février 1881 dans le service de M. le professeur Jaccoud.

Cette femme, bien portante jusqu'à présent, mais fatiguée et surmenée, est alitée depuis trois jours; mais, cinq à six jours auparavant, elle avait commencé à se sentir malade. D'abord s'était montré un malaise général, avec courbature, sensation de brisement, puis des céphalées, des vertiges, de Tinsomnie, des épistaxis répétées, mais peu abondantes. Pas de vomissements. Constipation, malgré l'administration de deux purgatifs salins.

Actuellement, le faciès est congestif, indifférent, déjà presque typhique; la langue est blanche au centre, un peu rouge sur les bords, le ventre naturel sans météorisme ni douleur; la

rate est augmentée de volume; quelques rftles sonores dans la poitrine; pas d'albumine dans les urines. — Température, soir, SO'jS.

Lefl, tempér., mat., 38%5; tempér., soir, 89*,6. — Traitement : potion cordiale avec alcool, 40 grammes, et extrait de |gpiinq!iifia ; 4 grammes lait, limonade vineuse, six lotions froides, -^ On distingue sur le ventre, la poitrine et le dos, quelques taches rosées peu volumineuses.

Le 12, des phénomènes nouveaux et très inquiétants se montrent tout à coup : la malade qui, jusqu'alors, répondait sans peine aux questions qu'on lui posait, tombe dans un mutisme absolu dont elle n'est plus sortie jusqu'à la fin de sa maladie* Les yeux sont ouverts et conservent leur expression naturelle, mais le cou est raide, la mâchoire contracturée par un trismus qui devient encore plus intense si l'pn veut faire boire la malade, lui ouvrir la bouche, ou examiner la langue, toutes choses qui sont & peu près impossibles. — Tempér. , mat., 37%5; tempér., soir, 38%6. — Traitement : douze ventouses scarifiées & la nuque.

Le 13, tempér., mat., 37 degrés; tempér., soir,38'',2. Même état, mais encore aggravé. — Constipation persistante malgré l'emploi quotidien de lavements laxatifs.

Le 14, tempér., mat., 39 degrés; tempér., soir, 39%6. — Le faciès est de plus en plus vultueux et adynamique ; trismus intense ; raideur de toute la colonne rachidienne, qui semble ne former qu'une seule pièce. Tremblement des mains, avec soubresauts tendineux ; analgésie presque complète de la surface cutanée; pouls petit et rapide, sans irrégularités. La malade peut à peine boire quelques gorgées de bouillon. Vésicatoire à la nuque.

Mort le 15 au matin.

Autopsie f vingt-six heures après le décès.

Le cerveau présente une congestion intense des méninges ;

oea membranes sont d'un rouge vif , rortont au niveau des fiices antéro-externes des lobes firontaux; elles s^enlèvent facilement et n'adhèrent pas à la substance grise des circonvolutions, mais eelle-oi présente, dans les mâmes régions, un piqueté très an, rose vif, et résistant au lavage. CSongestion notable des vaisseaux bulbo-protubérantiels qui, sur des coupes, forment des stries rouge&tres traversant perpendiculairement la substance nerveuse. Pas d'exsudats ou d'épanchement ventriculaire.

Les poumons sont d'un rouge noir, gorgés de sang, mais ils crépitent encore, et ne présentent que de la congestion portée k son maximum, sans traces de splénisation.

Le myocarde est pftle et flasque; les cavités cardiaques contiennent un sang noir à peine coagulé. Un peu d'athérome de la mitrale.

Les reins, comme le foie, sont ramollis, œdémateux, violacés; la rate est de volume normal, mais presque diffluente.

L'estomac est de capacité normale, et contient une faible quantité d'un mucus brunâtre. La teinte générale de la muqueuse est d'un gris rosé. Â 1 centimètre du pylore environ, se détachent nettement deur ulcérations, ayant à peu près la forme et les dimensions d'une grosse lentille ; elles sont très rapprochées Tune de l'autre ; leurs bords sont taillés en biseau ; leur fond, déprimé, rouge vif, tranche sur la p&leur de la muqueuse avoisinante. Elles ressemblent assez, comme forme et comme aspect, aux ulcérations des vésicules solitaires d'herpès génital.

Sur les faces antérieure et postérieure de l'estomac, la muqueuse est semée d'un piqueté rouge vif, formé de points disséminés, ou agminés en plaques grandes comme des pièces de 50 centimes, ou, au niveau du grand cul-de-sac et près de la petite courbure, réunis en traînées allongées, d'un beau rouge, et situées dans les intervalles que laissent entre eux les plis saillants de la muqueuse.

L'intestin grêle est sain excepté dans son dernier mètre. Â ce

niveau, les follicules clos, isolés ou agminés, sont tuméfiés, pustuleux, très vascularîsés à leur pourtour. Leur surface présente çà et là de petites ulcérations ou des eschares encore adhérentes et colorées en jaune par les matières fécales ; mais nulle part on ne trouve d'ulcérations totales, confluentes, comme celles gui surviennent à la fin du deuxième septénaire»

Dans le caecum, les follicules sont acuminés, saillants, et présentent à leur sommet de petites eschares jaunes et adhérentes. Deux petites ulcérations superficielles occupent le bord libre de la valvule de Bauhin.

Les ganglions mésentérigues sont volumineux, ramollis, d'un rouge violacé, surtout dans leur substance corticale*

Observation II (personnelle). — Fièvre typhoïde. — Bronchopletiropneumonie. — Mort. — Ulcérations de r estomac.

Guillaume Clouis, vingt-six ans, entré le 8 septembre 4881 dans le service de M. le professeur Jaccoud.

Ce malade n'est à Paris gue depuis cing mois. lia été pris, huit jours avant son entrée à l'hôpital, de céphalées, d'insomnie, d'anorexie et de diarrhée, de perte complète des forces; pas d'épîstaxis, ni de vomissements.

Actuellement Guillaume Glouis est très aSbissé, presgue inerte, ne réagissant à aucune excitation extérieure. Le ventre est légèrement ballonné, un peu douloureux au niveau de l'éplgastre. De nombreuses taches ombrées se voient au niveau des plis inguinaux et axillaires ; guelgues taches rosées.

L'appareil pulmonaire est le siège d'une congestion précoce et intense, et la poitrine est pleine de râles sibilants et ronflants, mélangés, surtout & la base droite, de râles sous-crépitants.

Traitement : potion cordiale alcoolisée avec extrait de quinquina ; lotions vinaigrées ; ventouses sèches.

Le 11 septembre, la toux est devenue plus fréquente. Dans la moitié inférieuredu poumon droit, submatité, souffle bronchique, et, à la périphérie, râles sous-crépitants fins, nombreux et inégaux. Dans le quart inférieur du poumon gauche, foyer de rftles analogues, sans souffle. Six ventouses scarifiées à la base droite.

Le 12, pas d'amélioration; adynamie extrême, sans délire ni agitation ; souffle tubaire intense dans la môme étendue à droite, souffle doux moins net à la base gauche ; pas d'expectoration ; même diarrhée.

Le 13, oppression croissante. Cyanose de la face, sueurs abondantes. Vésicatoire à la base droite.

Le 14, même état.

Le 15, au souffle tubaire qu'on entendait la veille, dans les deux tiers inférieurs du poumon droit, a succédé un silence presque complet. Mort dans la nuit.

Autopsie^ dix-sept heures après la mort.

L'estomac est de capacité normale ; la région pylorique est semée de bouquets vasculaires d'un rose vif. Au niveau de la partie moyenne de la face antérieure existent deux petites ulcérations, grosses comme des grains de chènevis environ, paraissant intéresser toute l'épaisseur de la muqueuse, à bords rouge vif et légèrement surélevés. Au niveau de la grosse tubérosité, plaques hémorrhagiques dans la couche profonde de la muqueuse, formant des taches noires, lenticulaires, au nombre de 6 à 8, assez rapprochées, et entourées d'une zone congestive très prononcée.

La plèvre droite contient 1 litre de liquide environ. Le lobe inférieur tout entier, du môme côté, est splénisé, rouge noirâtre, lisse à la coupe, compact et non crépitant. Dans le lobe

moyen, on trouve un autre gros noyau bronchopneumonîque, du volume d'un abricot environ, dur, violacé.

Dans le bord postérieur et le bord externe du lobe inférieur gauche, se trouvent disséminés plusieurs noyaux gros comme des noisettes, de môme aspect et de môme âge.

Dans rintestin grôle, la valvule caecale et les 50 centimètres qui la précèdent, présentent une infiltration en masse de la muqueuse, qui est rosée, mamelonnée, et friable, sans ulcération. Plus haut, les plaques de Peyer sont seules épaissies et quelques-unes déjà en voie d'ulcération. Dans le caecum, quelques pertes de substances lenticulaires et isolées ; tuméfaction violacée des ganglions mésentériques.

Congestion intense du foie et des reins ; turgescence et friabilité de la rate.

Observation III (personnelle). — Fièvre typhoïde adynamique.

Mort. — Ulcératioiis de Pestomac.

Séraphin S..., âgé de vingt-trois ans, entre le 5 octobre 4881 dans le service de M. le professeur Jaccoud.

Ce malade est un Italien qui n'habite Paris que depuis six mois, et vit dans les plus mauvaises conditions hygiéniques de privations et de surmenage. Depuis huit jours il a été pris brusquement de céphalée, de perte cemplète de forces et de l'appétit, de diarrhée, de toux et d'insomnie. Pas d'épistaxis ni de vomissement.

Actuellement, le faciès est congestif et déjà adynamique ; le ventre est normal, indolent, sans zone douloureuse, et présente quelques taches rosées, la rate est légèrement tuméfiée.

Les urines sont troubles et faiblement albumineuses. Le poujs est mou, dicrote, dépressible. Quelques râles sibilants dans la poitrine.

Traitement : lotions vinaigrées, limonade vineuse, potion alcoolisée à l'extrait de quinquina, ventouses sèches.

Le 5| température le soir, 39%4; le 6, température le matin, 89*,5.

Le 7, épistaxis très abondante, altération terreuse des traits, collapsus . adynamique ; température matin, 38%5 ; température soir, 38 degrés. Injection sous^utanée d'ergotine.

Le 8, température matin, 39 degrés; soir, 39%6. Âdynamie

extrême, respiration précipitée et bruyante, pouls filiforme, cyanose de la face. Mort dans la nuit au douzième jour de la maladie.

Autopsie. — L'estomac présente sa capacité normale. Dans la région pylorique, la muqueuse est épaissie, mamelonnée, et d*un gris rosé. Au niveau du tiers moyen de la face antérieure, se détachent quatre petites ulcérations disséminées, circulaires, atteignant les dimensions d'une lentille environ ; leurs bords sont taillés en biseau, leur fond est rosé.

La muqueuse de Tiléon est boursouflée, infiltrée en masse au niveau de ses 25 derniers centimètres et de la valvule de Bauhin; plus haut, tuméfaction rosée des plaques de Peyer, légère tuméfaction des ganglions mésentériques.

La rate est volumineuse, ramollie. Congestion et ramollissement des reins et du foie. Congestion intense des poumons.

Cœur flasque, jaun&tre, distendu par des caillots cruoriques.

Observation IV (résumée). — Fièvre typhoïde compliquée de pneumonie y de dysenterie diphtherique et cTulcère gastrique. — Mort. — Autopsie. (M. Collingvv^ood, Revue médicale de la Suisse romande j 1881, n* 6, p. 366.)

E. A..., âgée de vingt-quatre ans, entre le 12 octobre 1880 dans le service de M. le professeur Sydney Ringer, au neuvième

jour d'une fièvre typhoïde bien caractérisée ; diarrhée, céphalalgie, malaise, prostration, langue sèche, râles sonores des deux côtés de la poitrine. Tempér., 39%8.

Cette femme a eu un accouchement gémellaire il y a quatre mois, suivi d'une hémorrhagiCi et a souffert de grandes privations.

La maladie suit sa marche régulière et s'améliore môme légèrement pendant les premiers jours. Le 17, la température ne s'élève qu'à 89%3.

Le 18, la malade est prise, pour la première fois, de nausées, et vomit des matières aqueuses fortement teintées de bile ; tem* pér., soir, 39%1.

Le 19, tempér., soir, 40 degrés.

Le 20, tempér., mat., 39%1 ; la diarrhée et les vomissements augmentent, la nourriture pancréatisée elle-môme est rejetée. Les selles sont foncées et mêlées de lait caillé.

Le 21, tempér,, mat., 40%1 ; tempér., soir, 40%5. La prostration est augmentée, la malade se plaint de souffrir du ventre, bien que cette région ne soit ni douloureuse à la pression, ni tympanisée. Aucun signe de péritonite. La bronchite n'a pas augmenté. Les nausées sont plus prononcées ; bouche amère ; assoupissement.

Le 22, légère amélioration; langue sèche et couverte de fuliginosités, ainsi que les lèvres et;, les dents. Les nausées persistent.

Le 23, la température tombe le matin de bonne heure à 39 degrés ; coUapsus profond, pouls & 140, irrégulier. On injecte sous la peau 10 gouttes d'éther, ce qui amène un mieux sensible. La température continue à descendre, et atteint 35%4 à onze heures du matin. Les vomissements et la diarrhée continuent. On interdit tout aliment par la bouche, sauf le Champagne et la glace ; sinapisme à l'épigastre; potion au bismuth et à la morphine.

Dans la journée, diminution des nausées; lavements nutritifs qui sont gardés.

Le 24, on continue les lavements nutritifs. Les nausées ont beaucoup diminué ; un peu de brandy et de thé de bœuf, administrés par la bouche, sont conservés ; pouls 140, un peu plus ferme, mais encore irrégulier.

Les jours suivants, l*état se maintient à peu près le même; grande faiblesse, la température baisse lentement. Mémejégime, avec addition de koumis pris par la bouche et qui n*est pas rejeté. La diarrhée est modérée par des lavements amidonnés et opiacés. Même état de la poitrine et de l'abdomen.

Le 28, nausées moindres, mais la malade ne garde plus les lavements. Elle a eu depuis la veille quatre selles mêlées d'un sang rutilant. Injection sous-cutanée d'ergotinot Légères traces d'albumine dans l'urine.

Le S9, la prostration est plus marquée. La température oscille entre 38%5 et 39%2 ; sa marche a changé de caractère à partir de la veille : elle a monté et descendu pendant tout le jour et la nuit, sans présenter la rémission matinale et l'élévation vespérale. Vomissements toujours pénibles, diarrhée à peu près la même, le sang reparait dans les selles. On donne alternativement des lavements amidonnés et opiacés, et des lavements nutritifs.

Le 30, à onze heures du matin, tempéf.,38%5; trois vomissements, la malade a gardé une assez grande quantité de Champagne et d'essence de bœuf. On trouve à L'auscultation de la partie antérieure de la poitrine une respiration bruyante et bronchique, mais pas de râles ni de crépitations, la faiblesse de la malade empêche d'ausculter la partie postérieure delà poitrine. Pouls, 140. — A sept heures du soir, grande aggravation ; la température est tombée à 37%7; le pouls radial est imperceptible, il est très irrégulier et rapide dans les carotides. Langue sèche et fuligineuse, subdélirium, la malade a une apparence cadavérique qui contraste avec la légère rougeur du visage le matin. L'état

continue à s'aggraver jusqu'au 31 & midi ; respiration très embarrassée, température rectale, 35%1 ; mort à une heure quarante-cinq minutes. Le pouls radial n'a pu être senti pendant les dix-huit dernières minutes.

Autopsicy vingt-quatre heures après la mort.

Pas de rigidité cadavérique. L'intestin grêle présente au niveau de la partie inférieure de Tiléon une vingtaine d'ulcérations typhoïdes situées des deux côtés de la valvule de Bauhin. Les ganglions voisins sont légèrement tuméfiés. Les glandes solitaires du gros intestin, sur l'espace de quelques pouces audessous de la valvule, sont ulcérées. La muqueuse présente une congestion générale, et des taches foncées, brunes ou noires.

 la partie supérieure du côlon descendant, on trouve à la surface de la muqueuse une plaque pseudo-membraneuse, ressemblant exactement aux fausses membranesdel'angine diphthérique. Elle est un peu plus petite qu'un écu de 5 francs, et est un peu difficile à enlever. Examinée au microscope, elle présente quelques légères traces de formation pseudo-membraneuse. On ne trouve nulle part ailleurs de plaques analogues.

L'estomac présente, dans la partie de la grande courbure voisine du cardia, trois petites ulcérations de la grandeur d'une pièce de 50 centimes, à bords taillés à pic, mais non épaissis. La muqueuse stomacale est irrégulièrement tachée.

Lelobe supérieur du poumon droit est le si^e d'une pneumonie, et présente un état congestif passant par places à l'hépatisation rouge.

Le lobe inférieur est un peu congestionné. Le poumon gauche ne présente aucun point hépatisé ; le lobe inférieur, ainsi que les parties inférieures et postérieures du lobe supérieur, sont con- ' gestionnés.

Les valvules du cœur sont saines ; le tissu cardiaque est p&le, et sa consistance paraît diminuée.

Obskryatioii V (MlUard, Société médicale dès hôpitaux ^ 8 décembre 1876). — Fièvre typhoïde^ péritonite généralisée, — Gastrorrhagie. — Mort* — Ulcérations de F estomac.

Raoul P..«| quinse ans et demi| employé de commerce, entre le S novembre 1876 dans le service de M. le docteur Millardi

Né à 8en9| il est à Paria depuis six mois, n*a pas d'habitudes alcooliques, et n*acouse pas de maux d*estomac antérieurs»

Depuis le 35 octobre, courbature, céphalalgie, éblouisse* ments, anorexie, diarrhée, pas d'épistaxis.

A l'entrée, forme légèrement adynamique ; le malade est abattu, mais répond très bien aux questions qui lui sont faites. Le pouls est fréquent, la peau chaude, sans sécheresse. La langue dst sèche, rouge à la pointe ; le ventre n'est pas bal« lonné ; légère douleur & la pression ; gargouillement très ma* nifeste dans la fosse iliaque droite. Peu de râles dans la poitrine» Quelques taches rosées lenticulaires sur l'abdomen «

Jusqu'au 15 novembre la maladie reste bénigne et marche régulièrement vers la guérison*

Le 16, depuis trois heures du matin, il existe une douleuf très vive dans tout l'abdomen ; son début a été brusque au dire du malade. Cette douleur est très augmentée par les mouve* ments et surtout par la pression. Pas de météorisme ni de nausées ou de vomissements. Les selles sont toujours diar^ rhéiques et aussi fréquentes ^ Le malade est couché sur le doS ; sa figure exprime la souffrance et l'abattementé Pouls petit, fré-* quent, à 108. «^ Tempér., mat., S9*,6.

Traitement î potion avec 10 centigrammes d^extrait gom* meux d'opium; injection de morphine; glace, peu de boissons; pâ§de vin; diète et vésicatoire sur le ventrô; immobilité autant que possible. — Tempér., soir, 37*,9.

Le 17, grand abattemônt. Pôuls à 96.— Tempér., mat., 36%8.

— Pas de vomissements ; ventre très dur, très douloureux, légèrement ballonné.

Le 18, traits tirés; faôe très amaigrie deptiiâ dêuï jours; pouls très petit et très fréquent à 140. Ventre toujours dur et douloureux, avec gargouillement ; Un peu de diarrhée, pas de vomissements. Vésicatoire sur le ventre.

Lel9, hier, vomissements verdfttres à quatre ou cinq reprises. Le ventre est dans le même état.— Tempér., mat., 37*,4.

— Tempér., soir, 37%3. — Diagnostic î péritonite par propagation plutôt que par perforation (à cause de la lenteur de la marche). On cesse Topium, on continue la potion de Todd. Cataplasme laudanisé sur le ventre ; un peu de bouillon glacé.

Le 20, faciès moins abattu que les jours précédents. Nouveaux vomissements dans la journée d'hier. Le ventre paraît moins dur, moins météorisé, moins douloureux. Pouls toujours petit et fréquent. — Tempér., mat., 37*,5.

Le 21 , les vomissements persistent. L'abdomen ne présente plus Tamélioration qu'il paraissait offrir hier.

Le 22, les vomissements ont diminué de fréquence. Les selles sont assez rares ; peu de diarrhée. Pouls très petit, très rapide. Peau froide. —Tempér., mat., 37%2. — Tempér., soir, 37 degrés.

Le 23, l'état général semble s'être amélioré. La langue est moins chargée ; les vomissements de moins en moins fréquents ; mais rabattement est toujours aussi grand. Pouls à 116. -» Tempér., mat.,37%2.

Le 24, môme état. On essaye de faire manger le malade, qui aussitôt vomit tout ce qu'il prend ; pas d'appétit.

Le 25^ encore quelques vomissements» Huile de ricin) 15 grammes.

Le 27, le malade maigrit de plus en plus; la langue devient

sèche.— Tempër., mat., 37%6. — Les vomissements ont cessé. Le ventre est plutôt rétracté que ballonné. A deux heures, le malade est pris de vomissements sanguinolents, bientôt suivis d'un vomissement de sang presque pur. Le sang est noir, en caillots, un de ces caillots était si gros qu'il remplissait la bouche; il provient évidemment du tube digestif et pèse 150 grammes environ. Rien par le nez.

Le 28, depuis hier, plusieurs vomissements ayant un aspect fécalolde, mais qui sont tout simplement de la régurgitation bUieuse ; les selles, noir&tres, contiennent du sang. L'état général n'a pas changé. Décubitus latéral droit. Quelques r&Ies sous-crépitants à la base droite. — Tempér., mat., 37 degrés.

Le S9, abattement et amaigrissement extrêmes. Le malade répond à peine aux questions. Quelques vomissements ayant tout à fait l'aspect d'une sauce de civet. Les selles ont perdu leur aspect noir&tre.

La mort survient à une heure du soir, sans accidents particuliers.

Autopsie j quarante-quatre heures après la mort.

Abdomen : pas de gaz dans la cavité péritonéale. Le feuillet pariétal est en contact avec le grand épiploon et l'intestin ; il leur adhère même sur la plus grande partie de son étendue.

Les circonvolutions intestinales, couvertes de fausses membranes noir&tres, sont adhérentes entre elles. Les adhérences se rompent très facilement. Le tout est enduit d'un pus crémeux, très épais, d'une belle couleur jaune. Il s'écoule à peu près un demi-litre de pus quand on retourne le cadavre.

Dans l'œsophage, existe une desquamation épithéliale prononcée, surtout au voisinage de l'estomac. L'épithélium se détache par lamelles, comme l'épiderme de la main d'un scarlatineux.

Sur la muqueuse de la paroi antérieure de l'estomac, à 4 ou

5 centimètres du pylore, à 1 centimètre au-dessous de la petite courbure, on trouve une ulcération allongée transversalement,

6 grand axe à peu près parallèle à la petite courbure ; ce grand axe, c'est-à-dire la longueur, est de 4 centimètres, la hauteur del centimètre 1/3. Cette ulcération n'est pas infundibuliforme; ses bords forment bourrelet, sont irréguliers, mais taillés à pic, comme à l'emporte-pièce. Elle est très profonde, et intéresse toutes les tuniques de l'organe, sauf la tunique séreuse, qui, tout h fait transparente en certains points, est en d'autres points tapissée d'un détritus gris rougefttre, mélangé de sang et de lambeaux sphacélés. Autour de cette ulcération la muqueuse n'est pas boursouflée et présente sa coloration normale. A la face postérieure, en un point correspondant à l'ulcération qui vient d'être décrite, existe unq autre petite ulcération, parfaitement arrondie, à bords nets, taillés à pic; elle est peu profonde du reste, et ne paraît intéresser que la muqueuse; elle a le diamStre d'une grosse lentille. Un peu à droite, et au-dessous d'elle, on en trouve une autre de môme dimension, mais tout à fait à son début. Le reste de la muqueuse stomacale ne présente rien de particulier et paraît sain.

Immédiatement au-dessous de la valvule pylorique, la muqueuse intestinale paraît piquetée et macérée sur une étendue de A centimètres environ. Puis, rien jusqu'à la dernière portion de l'iléon, où l'on trouve quelques plaques de Peyer, avec une coloration bleu&tre et une tuméfaction qui évidemment indiquent une récente cicatrisation. '

Examiné par sa face interne, l'appendice iléo-cœcal apparaît recouvert de fausses membranes noirâtres, surtout à sa partie moyenne, laquelle est renflée et donne à l'appendice un aspect fusiforme. Il présente à son intérieur deux ulcérations longitudinales, d'environ 1 centimètre de longueur sur 4 à 5 millimètres de largeur. Le fond de ces ulcérations est grisâtre, et, en un poixtt,' aminci au point de constituer une perforation.

CHAUrFÀRD. 6

Rien de particulièrement intéressant dans les autres viscères.

OasKRYATioif VI (résumée). — Fiéwre typhoïde^ périionùe par propagation. — Mort. — Ulcérations sttr la muqueuse gastro-intestinale. (Josias, Thèse de Paris, 1881 , p. 34.)

Constant M*. ., soixante ans, garçon marchand de vins, entre le i*' février 1880 dans le service de M. le docteur Rendu.

Cet homme n'a jamais été gravement malade ; il 7 a deux mois, il commença à tousser, mais cette toux fut de courte durée et ne présenta rien de spécial.

Le malade raconte que, depuis quinze jours à trois semaines, il est sujet à avoir des douleurs abdominales très vives, accompagnées de diarrhées ; ces douleurs se montreraient principalement au niveau de la région hypogastrique. Dès le début, il ressentit une courbature, une lassitude générales.

État actuel : faciès souffrant; pas de stupeur; ni bourdonnements d'oreilles, ni troubles de la vue, ni épistaxis ; fièvre modérée.

Langue saburrale, haleine fétide, soif intense; pas de vomissements.

Il n'y a pas de taches rosées sur Tabdomen. Celui-ci est uniformément ballonné, douloureux à la pression et à la percussion. La douleur siège pijncipalement au niveau de la fosse iliaque droite. Diarrhée; sensation pénible de brûlure interne.

Oppression intense; les poumons ne présentent rien d'anormal.

Pas de dysurie; urine chargée d'indican, sans albumine ni sucre.

Traitement : limonade vineuse ; potages, lait ; cataplasmes

en pennanence sur le ventre ; potion avec extrait de quinquina, 4 grammes, et sirop diacode, 20 grammes.

Le 18 février, même état. Douleur abdominale diffuse, avec maximum au niveau de la fosse iliaque droite , diarrhée légère ; fièvre modérée.

Le 19, langue sèche ; gardes-robes sanguinolentes très fétides ; diarrhée. — Tempér., mat., 37%4; tempér., soir, 39%2. Vésicatoire sur la fosse iliaque droite ; un quart de lavement amidonné laudanisé.

Le 20, les douleurs abdominales sont moins vives et siègent surtout au niveau de Tombilic. Le foie est relativement petit. A la percussion, on trouve une matité peu étendue à la partie inférieure de l'abdomen (ascite). — Tempér. mat., 37%2; tempér., soir, 37%6. — Traitement : extrait thébaïque dans une potion; glace.

Le 21, la matité occupe surtout la fosse iliaque droite. Diarrhée moins fréquente; vomissements verdâtres, bilieux, porracés. — Tempér., mat., 37%5; tempér., soir, 37%6.

Le 22, la douleur de la région iliaque persiste. Vomissements, hoquet; diarrhée plus intense. — Tempér., mat., 37%7; tempér., soir, 39 degrés.

Le 23, faciès hippocratique; hoquet; douleur extrêmement vive; diarrhée diminuée; pouls petit, fréquent. — Tempér., mat., 37%6.

Le soir, faciès décomposé; refroidissement périphérique; douleur abdominale intolérable; vomissements; pouls filiforme. — Tempér., 37%6.

Le 24, mort à neuf heures du matin.

Autopsie, — OEsophage : coloration jaune verd&tre de la muqueuse; quelques arborisations; pas d'ulcérations. Estomac : la muqueuse est très amincie, et présente, sur un

grand nopibre de points» des ulcérations inégales, irrégulières, d'un gris noirfttre; les unes circulaires, les autres ovalaires, et plus ou moins étendues. Elles siègent principalement au niveau de la petite courbure et de la région pyiorique. Au niveau de ces ulcérations, il semble y avoir de véritables eschares noirâtres ; en dirigeant un filet â*eau sur leur surface, on se rend nettement compte de leur aspect tomenteux, et l'on /constate qu'elles sont déchiquetées. En outre, toute la muqueuse de l'estomac est très congestionnée et parsemée d'arborisations, véritables suffusions sanguines. Sur le pylore, mêmes ulcérations, rosées, lisses, ovoïdes, à grand diamètre transversal.

Le duodénum présente les mêmes lésions. La muqueuse est criblée d'ulcérations arrondies, à fond rouge&tre et à bords lisses, blanchâtres. Dans l'intervalle de ces ulcérations existe un pointillé hémorrhagique.

L'intestin grêle contient les mêmes lésions ulcératives de la tunique muqueuse. Quelques-unes de ces ulcérations sont très excavées, cratériformes. En approchant de la valvule iléo-caecale, les ulcérations sont plus étendues, et, au voisinage de cette valvule, on en trouve quatre ou cinq ayant 5 ou 6 centimètres de diamètre; elles sont tapissées d'eschares gangreneuses qui intéressent toutes les tuniques de l'intestin. À ce niveau, le péritoine qui répond à cette portion de l'intestin ainsi altéré, est tapissé de fausses membranes épaisses. Il est probable, étant donnée l'absence de perforation intestinale, que la péritonite à laquelle a succombé le malade a pris son origine en ce point précis de l'intestin (péritonite pçir propagation).

Le gros intestin ne présente pas d'ulcérations. Les ganglions mésentériques sont très infiltrés, très hypertrophiés ; ils présentent au centre une consistance qui confine à l'état caséeux.

Foie cirrhotique; rate petite, molle, diffluente. Poumons : le droit est congestionné; le gauche est moins congestionné et emphysémateux.

Péricarde très adhérent au cœur; cœur surchargé de graisse, flasque; myocarde décoloré, d'aspect brun foncé; plaques atbéromateuses de l'aurte.

Cerveau sain ; méninges congestionnées.

Obsertàtion VII (résumée). — Fièvre typhoïde compliquée de gastrite avec vomissements bilieux. — Mort, autopsie et examen hisiologique . (V. Gornil, Société médicale des hôpitaux, 25 juin 1880.)

Alexandre H..., vingt-sept ans, entré le 9 mai 1880, au n"" 30 de la salle Saint-Antoine.

Cet homme a toujours été très bien portant; il est à Paris depuis plusieurs années. U est malade et alité depuis trois semaines, avec une inappétence complète, avec une soif vive, de la céphalalgie, des nausées, des vomissements muqueux et bilieux. U n'a de goût que pour les boissons acides. En môme temps que ces vomissements, il a de la diarrhée.

État actuel : céphalalgie, malaise général, bourdonnements d'oreille, insomnie, fièvre; langue sèche, râpeuse, couverte d'un enduit blanc jaunâtre, rouge à la pointe et sur les bords ; fuliginosités des lèvres et des dents, fétidité de l'haleine, sécheresse des narines. Il n'y a pas eu d'épistaxis, et le malade n'est pas abattu au point de ne pas répondre aux questions qu'on lui adresse.

La palpation de l'abdomen réveille une douleur siégeant au creux épigastrique et s'irradiant suivant les fausses côtes et la base du thorax. Le ventre est ballonné, tympanique ; gargouillement iiéo-cœcal.

Quelques taches rosées sur l'abdomen.

La rate est augmentée de volumet le foie normal, les urines chai^géeSy de couleur brune, non albumineuses.

Le malade vomit depuis le début de sa maladie ; chaque jour il rend, avec des efforts de vomissements, environ une demicuvette de mucosité verdfttre ; il a de la diarrhée.

Bfties sibilants et ronflants disséminés dans les deux pou-

mons; rien au cœur.

Traitement : cataplasmes froids sur le ventre, lait et bouillon froid en petite quantité, limonade, lavements purgatifs.

Les jours suivants, môme état, mômes vomissements. On fait une application de glace sur le ventre. Les taches rosées ont augmenté de nombre.

Hautes températures en plateau, entre 40 et 40%4.

Le 17 mai, temp., mat., 38,2; cependant le malade paraît plus abattu; il se soulève difficilement de son lit. lia ressenti un frisson pendant la nuit et éprouve un point de côté à la base du poumon gauche. Toux, crachats rouilles; submatité à la base gauche avec affaiblissement du murmure vésiculaire. Les vomissements de mucus verdfttre, qui n'avaient pas manqué un seul jour jusqu'ici, et qui survenaient plusieurs fois par jour, ont cessé depuis hier au soir. Tempér., soir, 39%1.

Le 18, le malade a déliré un peu pendant la nuit. Pas de vomissements. — Tempér., mat., 38%3; tempér., soir, 39%3.

Le19, tempér., mat., 37%4; tempér., soir,39%2; pas de vomissements. '

Le 20, tempér., mat., 38%2 ; tempér., soir, 39*,2. Subraatité à la base gauche, avec souffle tubaire et bronchophonie, sans rftles crépitants. Les vomissements bilieux reparaissent.

Le 21, vomissements abondants le matin. Affaiblissement extrême, dyspnée, cyanose, faiblesse du poul?. Mort à on/e heures du matin.

Autopsie. — Pneumonie fibrineusedu lobe inférieur gauche,

à la période d'hépatisation rouge. Cœur normal comme volmne, contenant des caillots cruoriques dans ses cavités droites.

Dans l'intestin, au niveau du caecum, ulcérations de 7 & 8 millimètres, intéressant toute la muqueuse, à bords saillants et taillés à pic.

La première plaque de Peyer à partir du csBCum montre une ulcération de 7 millimètres environ siégeant à la partie inférieure de la plaque, qui, dans le reste de son étendue, est simplement tuméfiée.

60 centimètres plus haut, on trouve une plaque de Peyier épaissie, réticulée, et, à côté, un follicule isolé, tuméfié et ulcéré.

Les ganglions mésentériques sont tuméfiés, aplatis, discoïdes, très rouges à la coupe.

La rate est grosse, mollasse et friable.

Ik estomac est fortement congestionné, et sa muqueuse est parsemée de petites ecchymoses très rapprochées les unes des autres, surtout dans le grand cul-de-sac et suivant la petite courbure. La région pylorique est mamelonnée. La muqueuse paraît partout plus épaisse et plus dense qu'à l'état normal, plus intimement unie avec le tissu cellulaire sous-muqueux et avec es couches musculaires sous-jacentes.

Examen microscopique de F estomac. — Plusieurs morceaux de l'estomac pris en différents points, à la région du grand cul-de-sac et à la région pylorique, ont été placés successivement dans le liquide deMtiller, la gomme et l'alcool.

Les coupes, perpendiculaires à la surface, montrent à la surface de la muqueuse, se prolongeant dans toute la couche glandulaire, des vaisseaux très turgides, surtout des veines, et, au niveau des ecchymoses visibles à l'œil nu, des capillaires et des veinules dilatés formant un réseau. Les glandes ne sont pas notablement modifiées ; mais le tissu conjonctif superficiel qui

sépare leurs orifices, montre des renflements libres, remplis de cellules lymphatiques rondes siégeant dans le tissu conjonctif.

La couche conjonctive, qui siège entre les culs-de-sac glandulaires et la tunique musculaire de la muqueuse, est manifestement épaissie et enflammée. On peut s'assurer de cet épaississement môme à la simple vue, car il paraît comme une zone linéaire blanchâtre, sur la coupe des pièces durcies.

Toute cette couche conjonctive sous-glandulaire a Taspect d*un tissu embryonnaire : les fibres du tisèu conjonctif sont à peine visibles, car elles disparaissent sous l'accumulation d'un nombre considérable de petites cellules rondes interposées entre elles. Ces cellules forment aussi une couronne pressée et épaisse autour de tous les vaisseaux, et en particulier des petites veines. Ces dernières sont dilatées, très élargies et remplies de sang. Le tissu ainsi infiltré de cellules lymphatiques est plus ou moins épais par places» U montre la même altération entre les culsde-sac des glandes et entre ces dernières, qu'il sépare dans leur partie profonde.

Les cellules contenues dans les culs-de-sac et les conduits glandulaires sont presque toutes de petites cellules cubiques. Il y a très rarement de grosses cellules granuleuses ou à pepsine.

La gastrite, caractérisée dans ce fait par une infiltration du tissu conjonctif de la couche glandulaire de l'estomac, à sa surface et surtout dans sa partie profonde, par des cellule^ lymphatiques, est ici extrêmement évidente et d'une grande intensité. Il n'y avait cependant ni ulcération superficielle, ni atrophie des glandes, ni dégénérescence graisseuse de leur épithélium.

Observation VIII. — Fièvre typhoïde grave , avec rechute ; vomissements i douleur à répigastre et sur le trajet des pneumogastriques. — Mort subite au début de la convalescence. (Nous devons cette observation, ainsi que la suivante, à l'obligeance de notre collègue et ami M. Juhel Rénoy.)

Rachel M..., âgée de dix-neuf ans, entre le 44 mai 1884 dans le service de M. Fernet, à Lariboisière.

Cette jeune fille est malade depuis le commencement du mois; d'abord faible et courbaturée, avec inappétence et lour^ deur de tète, elle a bientôt été obligée de garder le lit, qu'elle n'a pas quitté depuis huit jours.

Actuellement, elle se plaint surtout d'insomnie persistante, de rêves et de cauchemars ; elle a de la céphalalgie, de la diarrhée, mais pas de vomissements.

Peu de stupeur, l'œil reste vif et la physionomie intelligente : mais on constate des taches rosées assez nombreuses, du gargouillement et de la douleur dans la fosse iliaque droite. Congestion pulmonaire modérée.

La température, partie de 40 degrés le soir de son entrée, descend rapidement au dessous de 39 degrés, et suit une allure irrégulière.

L'état général est assez bon, l'impulsion cardiaque reste énergique.

Le 24 mai, la maladie, au lieu de déeroitre régulièrement, se complique de vomissements alimentaires d'abord, puis bilieux. La malade vomit tout ce qu'elle prend, môme le bouillon et le lait; la région épigastrique est douloureuse à la pression. La température oscille entre 39 et 40 degrés, les lèvres et la langue sont sèches, fuligineuses ; surdité notable.

Les vomissements paraissent être particulièrement provoqués par l'ingestion de bouillon.

Le 29, même état ; nouvelle éruption de taches rosées, avec une recrudescence des symptômes paraissant tenir à une rechute.

Les vomissements, répétés et abondants les premiers jours, diminuent ensuite et ne se produisent qu'après avoir bu du bouillon.

Le 5 juin, on explorel'épigastre et les deux pneumogastriques, et Ton y constate par la pression une douleur manifeste, assez vive pour arracher des plaintes à la malade, tandis que les autres régions de l'abdomen et les phréniques restent indolores. — Les vomissements sont devenus plus rares. Grandes oscillations de la température.

Le 8, amélioration notable depuis la veille; la malade se sent très bien et demande à manger; cependant elle a encore eu pendant la nuit du subdélirium comme les nuits précédentes. Le creux épigastrique et les pneumogastriques cervicaux paraissent moins douloureux à la pression. Les vomissements ont cessé.

Le 9, l'amélioration se maintient, et l'appétit devient impérieux ; reprise graduelle de l'alimentation.

Le 10, dans la matinée, on fait le lit de la malade, et on la met pendant ce temps sur un lit voisin ; on la replace ensuite, et quelques instants après, elle meurt subitement, sans que personne, ni même ses voisins, s'en soit aperçu.

La malade étant Israélite, l'autopsie n'a pu être pratiquée.

Observation IX. — Fièvre typhoïde ataxo'adynamique . — Vomissements répétés, — Douleur à Cépigastre et sur le trajet des deux pneumogastriques. — Mort.

Adèle B..., ftgée de quinze ans, entrée le 28 mai 1881 dans le service de M. le D' Femet.

Cette jeune fille habite Paris depuis dix-huit mois et s'est toujours bien porté jusqu'à présent. Depuis six jours seulement.

elle a été prise d'une céphalalgie intense, avec iusomtiie, vertige, courbature générale. — L'inappétence est absolue, la toux fréquente; pas d'épistâxis ni de vomissements.

Actuellement, adynamie et stupeur des plus prononcées, céphalalgie, demi-délire nocturne; langue blanche et collante; ventre ballonné^ avec douleur à la pression et gargouillement dans la fosse iliaque droite ; diarrhée peu abondante; forte congestion pulmonaire; urines troubles et albumineuses ; faiblesse des battements du cœur.

Le 30 mai, délire bruyant pendant la nuit; tremblements musculaires. Quatre à cinq taches sur le ventre et les lombes.

Les 31 mai, 1" et 2 juin, aggravation de tous les symptômes précédents; en outre, vomissements bilieux répétés, survenant plusieurs fois par jour, quand on veut faire prendre à la malade du bouillon, du lait, ou un liquide quelconque. La pression est très nettement douloureuse au niveau du triangle épigastrique, et, au cou, sur le trajet des deux pneumogastriques; la douleur en ces différents points est beaucoup plus prononcée que dans la fosse iliaque droite, et assez forte pour tirer la malade de son affaissement et lui arracher une plainte bruyante.

Le 3, même état, pas de vomissements.

Le 4, le délire est continu, la congestion pulmonaire et l'albuminurie de plus en plus intenses, les bruits du cœur très affaiblis ; même douleur iléo-caecale, et surtout épigastrique et pneumogastrique.

Le 5, coma; pouls petit et précipité à 180 degrés. Mort le soir, au quatorzième jour de sa fièvre typhoïde.

Pendant toute la durée de la maladie, température oscillant entre 39 degrés le matin et 40 degrés le soir.

Autopsie. — Éruption abondante d'ulcérations foUiculeuses dans le cœcum et son appendice; dans le dernier mètre de l'intestin grtte^ tuméfaction dure des plaques de Peyer, avec rou-

geur vive à la périphérie et oommencement d'ulcération sur quelques-unes; gonflement violacé des ganglions mésentérique^.

Estomac de faible capacité ; la muqueuse est gris&tre, mamelonnée dans sa portion pylorique, semée çà et là de petites plaques congestives d'un rouge vif.

Hâte volumineuse et diffluente; congestion et flaccidité du foie et des reins.

Giongestion intense des deux poumons.

OBSEBVATioif X (personnelle). — Fièvre typhoïde grave j avec douleur à Vépigastre^ vomissements^ himorrhagies intestin nales. — Élévation persistante de la température épigastrique.

Julie P..., Agée de vingt ans, entre le 18 décembre 1881 à rhôpital de la Charité, au n* 5 de la salle Sainte-Madeleine.

G*est une forte et robuste jeune fille, qui depuis quatorze mois seulement est venue servir à Paris comme domestique. Elle n'a fait aucune maladie antérieure.

Vers le 10 décembre, début de l'affection actuelle, par des maux de tête persistants, de la rachialgie, une perte complète des forces et de l'appétit.

Le 14, la faiblesse 6St encore plus prononcée, des épislaxis et des vomissements muqueux se montrent à plusieurs reprises, la malade est obligée de prendre le lit. Pas de diarrhée.

Le 18, on constate tout lappareil symptomatique d'une fièvre typhoïde de moyenne intensité. État d'inertie et de stupeur, céphalée, insomnie, urines albumineuses, peu de bronchite ;' diarrhée établie depuis que la malade a pris une purgation; ventre un peu ballonné, mais indolent. Quelques taches rosées.

empérature àxillaîre oscillant entre 39 degrés le matin et 40 degrés le soir.

Traitement : limonade vineuse, Louiliop, hit, potion alcoolisée.

Du 23 au 26, la fièvre est moins intense, et oscille entre 38 degrés le matin et 39 degrés le soir, mais la prostration est notablement accrue ; en outre, Tépîgastre est devenu douloureux, et des vomissements répétés se montrent plusieurs fois par jour, les uns spontanés et muqueux, les autres succédant à l'ingestion des boissons. — La sensibilité des pneumogastriques cervicaux n'a pas été explorée.

En présence de cet ensemble symptomatique, M. le professeur Peter, qui prend la direction du service, considère comme imminente la production d'hémorrhagies intestinales.

C'est en effet ce qui arrive, et le 27, au treizième jour de la dothiénentérie, des hémorrhagies intestinales très abondantes se montrent et se répètent à plusieurs reprises, pendant les trois jours qui suivent. La température tombe à 37 degrés ; la faiblesse est extrême, le pouls petit et précipité ; décoloration complète de la face.

Traitement : cataplasmes glacés en permanence sur le ventre, injections alternantes d'éther et d'ergotine, potion cordiale alcoolisée.

Du 1" au 4 janvier, la fièvre remonte entre 39 et 40 degrés ; plus de vomissements ni d'hémorrhagies intestinales; toujours peu de déterminations cérébrales et pulmonaires; mémep&leur, et tension si faible dans le système artériel, qu'au niveau des troncs réunis de l'aorte et de l'artère pulmonaire, la percussion ne donne une matité transversale que de 2 centimètres.

Du 4 au 12 janvier, la fièvre descend graduellement et oscille entre 38 et 39 degrés, mais l'amélioration de l'état général se fait lentement; persistance de l'anorexie et même du dégoût pour les aliments, on est obligé de forcer la malade pour lui

faire prendre un peu de bouillon ; sensibilité légèrement douloureuse h la pression de l'épigastre.

A partir du 13, la température axillaire redevient normale le matin, et n'atteint pas 38 d^rés ; le soir elle s'élève à 38*,5 en moyenne. — Comparée à la température locale de l'épigastre, elle donne les résultats suivants :

Le 11

mat., tempér.axill., 37*,8 ; tempér. épig., 38*,3

soir, mat.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

id.

A ce moment, et pour la première fois, l'appétit se réveille et devient asseï vif. La malade, qui depuis dix jours déjà était apyréiique, demande à manger, et prend avec le plus grand plaisir du bouillon, des œaîs et un peu de jus de viande. Il n'existe plus, du reste, ni diarrhée, ni bronchite ; les joues sont moins pâles, la matité sternale des gros vaisseaux est de 2 centimètres 6 millimètres. — Cependant la température locale de l'épigastre reste encore élevée ;

Le 29, mat., tempér. axill., 3>,5; tempér. épig., 37',8

30, id 3T 37%4

!•' février, mat 37%7 37%5

2, id 37* 36%2

4, id 37%1 36%8

5, id 3V 36%4

7, id 37%2 36%6

On peut actuellement considérer la malade comme en pleine convalescence; les forces commencent à revenir, Tappétit est excellent, les digestions régulières. La température axiliaire est redevenue absolument normale le matin et le soir, seule la température épigastrique reste encore légèrement élevée, mais à un d^ré bien moindre que dans la pronière période de la convalescence.

Observation XI (personnelle). — Fièvre typhoïde légère; douleur épigastrique spontanée et provoquée par la pression. — Guérison.

Victor P..,, âgé de vingt-huit ans, est un garçon robuste, peu alcoolique et qui habite Paris depuis deux ans.

Depuis le 25 mars 1881 environ, il se sent moins bien portant, moins vigoureux. Il éprouve une céphalée d'abord passagère, puis presque continue, accompagnée de vertiges et d'insomnie ; puis surviennent de l'anorexie, de la diarrhée, des douleurs au creux de l'estomac, se produisant soit spontanément, soit après l'ingestion des aliments, ou dans les mouvements de*^ flexion en avant; la douleur est assez vive c pour couper en deux » le malade, suivant son expression. Pas d'épistaxis ni de vomissement.

A son entrée à l'hôpital le il mai, Victor P... est au dixième jour de la maladie confirmée. U est abattu, un peu inerte et indifférent, sans adynamie proprement dite.

La langue est étalée, rouge sur les bords, chargée au centre d'un épais enduit blanch&tre ; le ventre est un peu ballonné, et présente, ainsi que le dos et les reins, un certain nombre de taches rosées très nettes.

Dans la fosse iliaque droite, la pression donne du gargouille-

ment, mais ne réveille aucune douleur. La région splénique est également indolente, et la rate ne paraît pas tuméfiée.

A Tépigastre, au contraire, et exactement dans la région occupée par Testomac, la pression ou les mouvements de flexion en avant provoquent une douleur profonde, sourde et légèrement angoissante*

Les deux pneumogastriques, à- la partie inférieure du cou, sont un peu douloureux.

La diarrhée est assez abondante : trois à quatre selles par jour.

Peu de congestion pulmonaire ; urines riches en indican, faiblement albumineuses.

Traitement : quatre lotions froides par jour, potion cordiale, avec alcool, AO grammes ; limonade vineuse, lait.

Le 13, la langue est moins chargée, l'état général très bon ; l'épigastre reste également douloureux.

Le 16, la fièvre, qui jusqu'alors avait oscillé entre 38%5 et< 39%5, disparaît; l'appétit, le sommeil, la gaieté reviennent, le malade se sent en pleine convalescence, et la pression à l'épigastre et sur les pneumogastriques ne réveille plus qu'une sensibilité très obscure et k peine douloureuse.

Le 18, disparition de la diarrhée ; épigastre tout à fait indolent. Gonvalesc-ence rapide et ininterrompue.

Observation XII (personnelle) — Fièvre typhoïde légère; douleur à V épigastre et sur le trajet des deux pneumogastriques,

ÂngélinaP..., Agée de dix-neuf ans, habite Paris depuis trois ans, et, jusqu'à présent, s'est toujours bien portée. Depuis trois semaines, elle éprouve un malaise général, ^avec

céphalée, bourdonnement d'oreilles, inappétence. Pas d'épistaxis ni de vomissements.

Depuis six jours, ces différents symptômes se sont aggravés ; la malade est obligée de garder le lit , puis, le !•' juin, entre à rbôpital Lariboisière, dans le service de M. le professeur Jaccoud.

Actuellement elle présente tous les signes d'une fièvre continue, légèrement adynamique.

La langue est sèche et saburrale au centre, rouge à la pointe et sur les bords. Le ventre est naturel, sans météorisme, indolent dans les fosses iliaques, et présente, ainsi que le tronc, quelques taches rosées. L'épigastre est légèrement ballonné, et la pression y réveille au-dessous de l'appendice typhoïde une douleur assez vive, gravative, sans irradiation dans le dos ni dans les hypochoiidres.

Au-dessus de la fourchette sternale, derrière le faisceau interne du ster no-mastoïdien, les deux pneumogastriques sont douloureux à la pression, surtout celui du côté droit»

Pas de diarrhée. Peu de congestion pulmonaire. Pas d'albumine.

Les 3, 4, délire pendant la nuit ; inertie et légère stupeur pendant le jour. Toujours pas de diarrhée. Môme état local.

Le 6, l'adynamie est plus prononcée ; la température continue d'osciller entre 39 degrés le matin, et 40 degrés le soir. Nausées, pas de vomissements.

Les 7, 8, congestion violacée delà face ; demi-délire, plaintes continuelles, céphalée intense. La malade continue à accuser une douleur très nette dès qu'on presse sur l'épigastre ou les pneumogastriques, surtout le droit. Persistance des nausées» Diarrhée.

Les 9, 10, amélioration notable; température oscillant entre 39 degrés le soir et 38 degrés le matin. Disparition du délire,

de U céphaiéei de la stupeur. L'éplgastre reste seul légèrement douloureux.

Le 12, la malade a vomi sa potion de Todd.

Les 14, 15, apyrexie, retour de Tappétit et du sommeil. Disparition de la diarrhée et de la douleur épigastrique au vingtième jour.

Convalescence normale et ininteirompue.

ÛBSBRVATioN XIII (personnelle). — Eiêvre typhoïde légèrement adynamique. -^ Douleur à tépigaetre et sur les pneumogastriques; nausées j vomissements.

Joseph M..., âgé de vingt-quatre ans, entre le SO juin 188^1 au n"" 9 de la salle Saint-Jérôme.

Cet homme habite Paris depuis cinq mois. Depuis le 10 juin il a été pris de malaise, de céphalée, de courbature générale, de fièvre, et au bout de quatre jours il a dû garder le Ut.

Actuellement, il présente tous les signes d'une fièvre continue de moyenne intensité : céphalalgie, insomnie persistante, affaiblissement intellectuel et physique.

La langue est collante, blanche au centre, rouge sur les bords et à la pointe. Le ventre est peu ballonné, la région iléo'^ cœcale est indolente, mais fait sentir un léger gargouillements Augmentation notable de la matité splénique.

L'épigastre est douloureux, soit spontanément, soit à la pression ; pneumogastriques indolents ; pas de nausées ni de vomissements. Pas de diarrhée, plutôt de la constipation.

Peu de congestion pulmonaire.

Traitement : lait, limonade vineuse, lotions vinaigrées, potion cordiale avec alcool, 40 grammes.

Le 23 juin, quelques taches rosées sur le dos et l'abdomen ;

diarrhée modérée ; épigastre toujours aussi douloureux, mais, de plus, douleur à la pression, sur les pneumogastriques cervi^ eaux, égale des deux côtés. Un peu de sensibilité sous-splé* nique.

Les 33, 34, môme état, prostration plus prononcée ; diarrhée.

Les 26, 37, la douleur de l'épigastre et des pneumogastriques est plus superficielle, plus aiguë que les jours précédents; en outre, un à deux vomissements bilieux peu abondants, dans la journée; nausées après l'ing^tion des boisaonii, soif intense.

La température, qui jusqu'alors avait oscillé entre â9 et 40 degrés, commence à s'abaisser.

Le 39, les vomissements ne sont plus reproduits, mais les nausées et les phénomènes douloureux persistent. Quatre à cinq selles diarrhéîques par jour; chute graduelle de la fièvre, amélioration notable des phénomènes généraux et locaux.

Le 3 juillet, apyrexîe, indolence des pneumogastriques, sensibilité obtuse de l'épigastre, persistance de l'anorexie.

Le 6, disparition complète de la douleur épigastrique, retour de l'appétit, début franc de la convalescence.

Observation XIV (personnelle). — Fièvre typhoïde avec angine initiale é — Accidents gastriqties graves pendant la canvates* cencCy avec élévation de la température épigastrique ei abaissement de la température axillaire. — * Guérison,

Claude P..., ftgé de vingt-^huit ans^ voyageur de eommerce, entre le 4 février 1883 à l'hôpital de la Charité» dans le service de M. le professeur Peter, au nM 6 de la salle Saint^Jean de Dieu.

Ce malade ne présente d'autre antécédent pathologique qu'une syphilis contractée il y a six ans. Mais, de par sa pro«

fession, il mène une vie irrégulière et fatigante, toujours en voyage, vivant à Thôtel, et obligé à des libations aussi nombreuses qu'abondantes.

Il y a dix jours, il s'est senti pris de malaise, de frissons, de mal de gorge, puis de vertiges, de céphalées et d'insomnies. Il a d'abord essayé de continuer ses occupations, mais s'est vu forcé, depuis trois jours, de garder le lit.

État actuel : Claude P... a pu venir à pied à l'hôpital; il ne présente aucun trouble cérébral, ni hébétude, ni céphalée, ni tremblement des lèvres ou incertitude de la parole.

Il se plaint seulement d'éprouver de vives douleurs de gorge, surtout dans les efforts de déglutition; rougeur diffuse, légère tuméfaction œdémateuse de la luette, des piliers, et des amygdales ; salivation abondante.

Mais à côté de ces phénomènes angineux, sur lesquels seuls le malade attire l'attention, un examen plus attentif permet de reconnaître tout un ensemble de signes caractéristiques d'une dothiénentérie arrivée à son dixième jour environ : langue collante et rouge sur ses bords, ventre partout indolent mais présentant de nombreuses taches rosées, bronchite disséminée des deux bases, urines faiblement albumineuses. — Constipation, anorexie absolue. — Épistaxis répétées.

Traitement : limonade vineuse, potion cordiale ; un verre d'eau de Sedlitz tous les deux jours ; irrigations tièdes pharyngées.

La dothiénentérie suit une marche régulière; du 4 au 14 février, vingtième jour de la maladie, la température oscille autour de 39 degrés, pour descendre ensuite jusqu'à 37 degrés le 17 février. La gorge cesse d'être douloureuse, et la convalescence semble commencer.

Mais le 20, sans cause appréciable, sans écart de régime ni reprise imprudente ou trop rapide de l'alimentation, le malade est pris de frissons, de coliques intestinales, de vomissements.

d'algidité; la température est de 38%6 le matin, de 39%4 le soir. — Prescription : thé au rhum, sulfate de quinine, 1 gramme. •

Le lendemain, amélioration notable ; mais le 22, retour et aggravation des accidents ; douleur épigastrique spontanée et provoquée par la pressioil, alors que le reste du ventre reste souple et indolent ; vomissements bilieux répétés, intolérance gastrique absolue. Pouls régulier à 90 degrés. Algidité périphérique ; mais pendant que dans Taisselle le thermomètre ne peut s'élever au-dessus de 36 degrés le matin, il marque 36%6 à l'épigastre. — Temp., soir, 37 degrés. — Glace, lait et bouillon glacés.

Le 23, même état nauséeux et cinq à six vomissements bilieux ; affaiblissement et prostration presque cholériforme du malade; pas de diarrhée. — Temp. axill., 36 degrés; temp. épig., 36%3; temp., soir, 37 degrés. — On essaye de diminuer les boissons autant que possible, et de faire prendre au malade un œuf précédé de trois gouttes de laudanum.

Le 24, temp. axill., 36 degrés; temp. épig., 36%2. — L'estomac est toujours aussi intolérant, aussi ballonné et douloureux à la pression. Dégoût absolu pour toute espèce d'aliments. — Glace intics et extra^ vessie de glace en permanence au creux épigastrique.

Le 25, amélioration très notable, à peine deux vomissements peu abondants ; le malade a pu garder un peu de bouillon, et un peu de bière qu'il avait réclamée avec insistance.

Le 26, un seul vomissement ; Tamélioration continue, bien que la température axillaire reste très basse et oscille entre 36 degrés le matin, et 36%6 le soir.

Les 27, 28, l'intolérance stomacale diminue de jour en jour, et les vomissements se reproduisent une ou deux fois chaque jour, mais assez peu abondants pour ne plus guère entraver l'alimentation du malade. Les forces reviennent, l'appétit est

— 4(tt —

meilleur, \% ?entre est partout souple et indolent. On supprime les applications extérieures de glace.

Le 2 mars, la température axillaire est remontée à 37 degrés le matin, et, en môme temps, la température épigastrique est revenue à la normale, c'est-à-dire à 35*,5. — L'amélioration est chaque jour plus manifeste.

Le 8, temp. axill., 37 degrés; temp. épig., 35*,3.

Le 4, temp. axill., 36^8; temp. épig., 35*,4. — Le malade va tout à fait bien; il prend avec appétit et garde du bouillon, du potage, un œuf, un peu de poulet, etc.

La convalescence se continue et s'achève sans nouvelle complication.

Il est à remarquer que dans l'observation précédente, de même que dans l'observation X, le développement des accidents gastriques a coïncidé avec des modifications très nettes de la température générale et locale. Dans les deux cas, les vomissements dus à l'intolérance stomacale se sont accompagnés d'algidité, d'état presque cholériforme, de chute de la température axillaire, jusqu'à 86 degrés, et cela pendant plusieurs jours de suite.

En même temps, et par contraste, la température épigastrique s'élevait dans un cas à 36%6, dans l'autre cas jusqu'à 38%4. Ce rapport anormal et comme interverti des deux foyers thermiques s'est maintenu au?si longtemps qu'ont duré les accidents ; puis, alors que ceux-ci disparaissent, tout est rentré dans l'ordre, et la température axillaire est remontée à 37 degrés, pendant que la température de l'épigastre redescendait à son taux physiologique.

Observation XV (résumée). — Fièvre typhoïde, gastrite secondaire. — Vomisseme7îts incoercibles. — Mort. (Valleîx, Union médicale, 7 juin 4853.)

Entrée à l'hôpital le 17 janvier, au onzième jour (Je la maladie. Forme adynamique moyenne, avec diarrhée très abondante; marche régulière jusqu'au 5 février. A partir de ce jour, les symptômes s'aggravent; le 11 février, nausées, douleur très vive réveillée par la pressioD»épigastrique. Du 13 au 16, prostration extrême, douleur épîgastrique, vomissements bilieux. Mort le 16 février, au cinquantième jour de la maladie; les vomissements ont persisté jusqu'à la fin, malgré tous les remèdes.

A l'autopsie, rougeur intense de la muqueuse stomacale, avec épaississement et ramollissement dans une grande partie de son étendue.

Observation XVI (résumée). — (Séailles Ransan.)

Thèse de Paris, 1877.

Femme de dix-huit ans, atteinte de fièvre typhoïde bien caractérisée, légèrement adynamique. Épigastre douloureux le septième jour. Du huitième au quinzième jour, vomissements bilieux violents et répétés plusieurs fois dans la journée, avec nausées et diarrhée abondante; douleur épigastrique très vive.

Dès le seizième jour, disparition des vomissements, puis de l'épigastralgie ; commencement de la convalescence.

Page 1