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Enbhardis par d'aussi touchants témoignages d’intérêt, pressés par le besoin, instruits par l’organisation du commerce, travaillés par les essais déjà tentés, par les projets esquissés déjà, les laboureurs vont proposer des réformes générales et réclamer l’organisation de leur classe.
Les uns, comme ceux de la commune du Luc, vont demander seulement qu’on « établisse, dans tout le rOYaume des Etats particuliers anologues à ceux du Royaume, pour que l’agriculture, l’industrie, le commerce reçoivent la protection qu’ils méritent », mais les autres vont solliciter une représentation agricole spéciale : « Sire, des milliers de vos sujets mouillent encore de leurs larmes les marches de votre trône ! »
Le tiers Etat du bailliage de Nemours ne peut constater sans surprise « qu'il y ait depuis cent vingt ans une multitude d'établissements formés en France pour l’administration du commerce et que l’agriculture n'ait encore ni administrateurs ni représentants. »
« Il n’y a guère plus d’un an qu’au titre du Conseil de commerce on joint ces mots : et de l’agriculture, mais aucune affaire relative à l’agriculture n’y a été rapportée. Cependant la France est un royaume agricole ! » Il y eut bien un essai, «le tiers-état du bailliage de.Nemours avait conçu la plus grande espérance de l’établissement de l'administration de l'agriculture, mais c’est
avec une véritable douleur qu’il a vu que les fonctions
en avaient été supprimées et que le gouvernement ne
paraissait plus prendre le même intérêt à la législation
et croyait pouvoir abandonner l'agriculture à tous Îles abus et à toutes les oppressions. » e
Les Etats Généraux ont de grands poutoirs, ils peuvent rendre d'éminents services, mais «1is ne sont pas perpétuellement existants », il faut qu'ils laissent cette fois une administration derrière eux, qui s'occupe des campagnes, car « nulle portée des travaux humains n’est aussi importante que l’agriculture. » Et le tiers réclame une organisation spéciale : un conseil dans lequel l’agriculture ne serait pas subordonnée au commerce ; un intendant propre, chargé de protester contre les lois nuisibles aux laboureurs et de proposer celles qui leur seraient utiles. Il veut de plus à coté de cet intendant une sorte de comité supérieur, chargé de l'aider et de le conseiller et il demande que la Société Royale complétant tout cet organisme devienne l'inspiratrice habituelle de cette administration (1).
C'est encore à la création d’un conseil supérieur que songe le tiers Etat de la sénéchaussée du Maine, lorsqu'il sollicite « l'établissement d’un bureau d’agriculture et de commerce », qui serait composé de douze membres et placé sous la présidence d’un secrétaire d'Etat. À côté d'anciens négociants, on y appellerait des cultivateurs distingués, qui s'occuperaient de tous les renseignements relatifs à l’agriculture, « solliciteraient l’abolissemen
des lois ou traités nuisibles à l’agriculture, leurs modi-
1. Archives parlementaires. Cahiers des sénéchaussées et bailliages. Etats Généraux, 1789, tome IV, page 10
fications et l’examen de nouveaux traités, qui se trouve raient avantageux (1) ».
«Cest moins le savoir que le pouvoir dont ils auraient besoin, qui manque à nos cultivateurs » disait le tiers du bailliage de Nemours. D'autres cherchèrent surtout à augmenter ce pouvoir, cette autorité, cette influence, cette puissance des travailleurs des champs.
« S'il fallait faire l'éloge de quelque gouvernement, c'est celui de Suède qu'il faudrait prôner, avait écrit autrefois Diderot. C'est le seul où les paysans, c’est-àdire les trois quarts d'une nation et cette partie précieuse, qui nourrit et défend la patrie, soient comptés pour quelque chose; ils font le quatrième ordre du royaume et l’on ne décide pas du bien public sans les avoir consultés » (2).
Cette institution tant vantée par Le philosophe langrois avait au moins l'avantage de cadrer avec l'organisation du moment et de s’harmoniser avec les cedres de la société divisée en ordre. Elle devait apparaître peut- ‘être comme plus simple, comme plus pratique, moins neuve, moins révolutionnaire, aussi la trouvons-nous défendue, réclamée dans maints cahiers des bailliages.
« Pourquoi cette classe immense de journaliers, de salariés, sur lesquels portent toutes les révolutions
physiques, toutes les révolutions politiques, cette classe