I. — Angleterre
Sir John Gorst avait, en Angleterre, déjà proposé l’organisation de meetings paroissiaux dans lesquels /e peuple des campages discuterait les questions le concernant, pour donner ensuite une sorte de préavis aux conseils des comtés. En dépit des bonnes raisons dont. il pouvait
appuyer son projet, la représentation reste confiée seule-
ment à des chambres de district et à une chambre centrale.
Cette représentation à deux degrés qu'aucun texte ne fonde est de cette façon officieusement assurée par des sociétés entièrement libres et indépendantes, qui constituent des corps fermés, puisque le paiement d’une
cotisation en éloigne pas mal d’intéressés.
Créées dans un but plutôt scientifique ou technique, elles ne se sont élevées que peu à peu jusqu’au rôle qu’elles remplissent actuellement. En 1838 était fondée la société Royale d'Angleterre sous le vocable de société anglaise d’agriculture. Le 26 mai 1840, elle obtenait une charte d'incorporation.
Son but était de faire progresser l’agriculture. Mais «un principe essentiel de sa constitution portait l’exclusion la plus sévère de ses conseils de toute question de controverse ayant une tendance politique ou se référant à une mesure, qui serait ou devrait être l'objet des délibérations de l’une ou l’autre des deux Chambres du Parlement ». La défense était absolue.
Cette société «rendit les plus grands services à la science et à l’économie rurale », le pays se couvrit d’associations agricoles. Pourtant après 1860, on « exprime le désir de centraliser ces diverses associations et de créer dans chaque comté des chambres centrales qui fussent en mesure de recueillir et d'exposer au gouverne-
ment avec plus d'autorité les besoins de la contrée » (1).
1. 1868. Enquête agricole, M, Lenglet, consul de France à Liverpool.
Er Jo
Les rapports avec le pouvoir semblent déjà moins inquiéter. Et en effet en 1866, comme les campagnes | sont cruellement éprouvées par une peste qui sévit sur les bestiaux, des chambres s’établissent dans les comtés ou districts et la Chambre centrale se crée.
Le gouvernement ne marque encore aucune tendance à s'insinuer dans les questions relatives à la culture du sol. L'agriculture doit, comme toutes les autres industries, vivre de ses propres forces, entièrement libre, livrée à elle-même et seulement régie comme tous les métiers par les lois de la libre concurrence. N'est-ce pas là le principe général de la politique anglaise ? « L’influence politique au surplus, que donne la possession de la terre et qui forme une sorte d’apanage des propriétaires du sol, leur assuré une représentation adéquate dans les conseils du gouvernement et leur grande richesse leur fournit les moyens de donner l'essor désirable à leurs intérêts généraux ».
Cependant on se demande bientôt s’il ne conviendrait pas de permettre aux sociétés de «discuter certaines questions pratiques devant venir en discussion devant les Chambres du Parlement ». Ce n’estencore qu’un désir ! Mais le gouvernement lui-même a déjà pris de certains des avis sur des questions spéciales. Il est vrai que celles-ci n'étaient guère que préliminaires, qu'il s’agissait de simples renseignements « sur l’état de choses que la charte royale semblait avoir en vue » plutôt que. d’une consultation sur le fond d’un débat pendant
devant les Chambres. Mais on tolère aussi les pétitions
M Hpn
faites par les sociétés au gouvernement pour en obtenir des mesures générales en faveur de l’agriculture (1).
Ainsi peu à peu la mission se précise, le rôle s’accentue, grandit; et maintenant la Chambre centrale, dans ses communiqués officiels, peut se vanter d’être « la seule institution capable de représenter effectivement les intérêts de l’agriculture au Parlement »..
Les Chambres de district ou de comté (fhe County or district Chambers) participent à son action. Elles apportent dans ses discussions générales les échos des réclamations de la province et des doléances spéciales de leur région.
Elles se composent de membres qui paient des cotisations annuelles de montant variable. Les propriétaires fonciers, les fermiers et les laboureurs peuvent seuls en faire partie. Bien que les derniers soient admis avec une cotisation purement nominale, en fait, les chambres de province ne se recrutent pas dans leurs rangs; le peuple des campagnes ne compte dans ces chambres que de rares représentants.
Ce sont les membres existants qui nomment les nouveaux membres, ceux-ci doivent en outre être agréés par le conseil ou comité.
Les Chambres de district ont, dans certains cas, le droit de provoquer des réunions de petits fermiers dans leurs localités respectives. Pour défendre les intérêts spéciaux de l’agriculture dans leur circonscription, elles
1. L'agriculture de l'Angleterre. Série de traités préparés pour le Congrès international de l’ggriculture en 1858, traduits de
l'anglais par P.R. de la Tréhonnais, pages 55 et 653.
en 10) —
désignent un ou plusieurs députés au conseil de la Chambre centrale, dont les réunions se tiennent une fois par mois, à Londres, de novembre à juin.
Cette Chambre centrale (Central Chamber of Agriculture) qui les unit, est une fédération des Chambres de province, des clubs de fermiers et des autres sociétés de même genre. Elle graupe 68 associations qui représentent un total de plus de 13.000 membres, sans y comprendre les adhérents du « club des fermiers » et de « l’association anglaise des fermiers pour le lait »; des sociétés agricoles de toute nature y ont en effet successivement adhéré, élargissant ses cadres et modifiant sa première composition.
Complétée par les Chambres de province, qui députent à ses assemblées, elle est « la plus parfaite organisation de la représentation de l’agriculture dans le royaume ». Comme elle comprend des délégués venus de toutes les régions, elle peut connaître vraiment l’opinion du pays agricole et l’exprimer ensuite avec « la force d’une représentation vraiment nationale ».
Les membres paient une cotisation annuelle de une livre sterling ou une cotisation totale et pour la vie de dix livres. Les nouveaux adhérents sont désignés par les membres existants et élus par l’Assemblée. Chaque Chambre locale qui veut y déléguer doit payer annuellement trois livres par chaque député qu’elle envoie. Ce versement, avec les cotisations des membres ordinaires, constitue la principale source de ses revenus.
Elle est très fière d’avoir pu € pendant plus de trente
ans, avec des ressources financières aussi modestes, dé-
fendre fidèlement et énergiquement l’agriculture » et elle se flatte d’être avec son maigre budget la seule capable de résumer et de protéger les intérêts agricoles devant le Parlement. Son influence manifeste s’y explique en effet surtout lorsqu'on sait que, sur ses deux cent quatre-vingt-trois adhérents, il en est cent trente qui sont membres de la législature, soit une centaine pour la Chambre des Communes.
Son utile intervention fut maintes fois efficace. C’est à elle que l’on doit la création en Angleterre d’un ministère de l’agriculture en 1889. Ce département spécial, dont on comprend toute l'importance pour les campagnes, fut institué sur sa demande formelle.
Elle à du reste sur toute la législation exercé son heureuse influence. Elle-même se plaît à énumérer' toutes les mesures bienfaisantes qui ont été prises sous son inspiration, notamment en matière d'impôts, de taxe de chemin de fer, d'enseignement agricole... Elle exerce un contrôle continuel sur les projets qui viennent en discussion devant le Parlement.
Ainsi récemment, le 12 mars 1900, le gouvernement propose de modifier la loi sur les propriétés agricoles, qui règle les rapports des fermiers et des propriétaires. Immédiatement elle convoque son Comité. Dès le 22 mars une réunion est tenue dans laquelle avec la plus scrupuleuse attention, on étudie le détail des mesures proposées (1).
Le Comité constate avec plaisir que sur bien des points