‹ Étude Sur Les Divers Systèmes De La Représentation Distincte Des Intérêts AgricolesChapitre 35 sur 64 · II. Etats-Unis · texte numérisé non relu

II. Etats-Unis

Au siège du gouvernement fédéral un véritable ministèrede l’agriculture a remplacé le 18 septembre 1888, lesimple commissariat dont on s'était jusqu'alors contenté.

Le nouveau département était à peine constitué que M. J. M. Rusk, auquel on en donnait la direction, comprenait « toute l'importance qu'il y avait pour son administratidn à être promptement et directement informée ».

Toutefois, au lieu d'organiser une représentation agricole auprès des pouvoirs, c'est plutôt à une sorte de représentation de l’administration auprès des agriculteurs qu’on songea. M. J. M. Rusk ne demanda pas aux

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campagnes de déléguer auprès de son département ; il voulut au contraire désigner lui-même des agents chargés de s’instruire auprès des cultivateurs de leurs doléances «et d'indiquer au gouvernement la manière la plus efficace de les protéger et de leur yenir en aide ».

Un échange de vues de plus en plus actif devait par ce moyen s'établir entre le département et les populations rurales; une correspondance régulière se créait, dans laquelle on s'éclairerait réciproquement. « C'était Jà, disait M. Rusk lui-même dans son rapport du 25 octobre 1890 au président des Etats-Unis, une source d’informations sans égale » (r).

Indépendamment de ce ministère, dont l’action s'étend sur l’ensemble des Etats-Unis, chaque Etat possède un service agricole spécial qu'ilsubventionne. L'organisation n'en est du reste pas uniforme; sa composition, son rôle, ses moyens d'action sont ici et là très différents.

Si la constitution de la Louisiane ne prévoit que la création d’un bureau d'agriculture composé de trois hauts fonctionnaires et qui n’est guère qu'un comité technique, nous voyons que le bureau d'agriculture, entretenu par l'Etat d'Illinois à Springfield, s'est associé des correspondants dans chacun des trois cents comtés

ou arrondissements de l'Etat. Il ne doit pas en recueillir

1. Une loi du 18 juin 1898 a autorisé la nomination d’une commission extra-parlementaire chargée de réunir toutes les informations d'examiner et de proposer toutes les mesures législatives sur les questions concernant le travail, l'agriculture et le capital, Annuaire de législation étrangère, 1899, page 758.

vraisemblablement que les données utiles à l’établissement de sa statistique annuelle des faits agricoles.

En Californie, l’organisation est encore plus complète. La loi du 31 mars 1897 a divisé les 57 comtés en 44 «districts agricultural » et dans chacun d’eux l’administration s’est assuré le concours des citoyens. On a créé dans les 44 districts un bureau de directeurs (district board of directors) que composent des citoyens désignés dans le pays par le gouverneur.

La loi reconnaît aussi là spécialement aux agriculteurs le droit de se grouper dans le district et de former des associations auxquelles on accorde tous les droits des personnes civiles.

Dans tous les Etats du reste les associations agricoles sont nombreuses et c’est par elles vraiment que les cultivateurs sont officieusement représentés. Il y en a partout et beaucoup. Il s’est établi du reste entre elles une sorte de hiérarchie.

Nous trouvons à la base des « Pairs » de comté qui rappellent les comices agricoles; puis au-dessus des sociétés générales publiques «State agricultural societies» même des bureaux d'Etat « State Board of agriculture ». Il en est enfin qui embrassent tous les Etat-Unis.

Deux d’entre elles surtout ont une grande influence. Le « Nalional Farmers Congress », Congrès national des fermiers, est une assemblée délibérative que composent des délégués de tous les Etats. Il tient une session annuelle en novembre. Pour bien marquer quels étaient ses désirs etses ambitions, il a nommé dès 1892 un

bureau national « National Board of agriculture », qui,

ren

siégeant à Washington, doit non seulement étudier les intérêts agricoles, mais « veiller à ce qu'il ne soit proposé el voté aucune loi préjudiciable à ses intérêts. »

L'Association of American agricultural Colleges and Experiment Stations est un corps plutôt scientifique formé de députés d'écoles d'agriculture ou de stations agronomiques, mais elle « exerce aussi son influence sur la législation relative aux intérêts agricoles » (r).

Il en est d’autres, qui, créées pour organiser la défense sur un point spécial, ont bien vite élargi leur rôle et

conquis une énorme importance grâce au nombre des

adhérents qu’elles avaient pu recueillir.

La National Grange of the patrons of husbandry qui date de 1867, avait, en 1895, déjà réuni plus d'un million et demi de membres. Elle s'est inquiétée surtout des questions de transports et ses protestations contre le monopole des chemins de fer ont fait établir un nouveau règlement des tarifs.

Mais nous voyons qu’en 1891, à l’occasion de son 25° anniversaire, elle rédige un cahier de doléances et dresse pour le gouvernement un tableau des réformes désirables. Elle demande qu'il s'inquiète du meilleur entretien des routes, qu’'il.prenne des mesures contre la spéculation, qu'il augmente les collèges d'agriculteurs.

Au lieu de recourir ainsi à de platoniques représentations, certaines sociétés se sont jetées dans la mêlée

politique. Elles ne se contentent pas d’avoir un pro-

1. L'agriculture aux Etats-Unis, par M. E. Levasseur, de l’Insti-

tut, 1894, P: 42.

Courtier

gramme de réformes, elles veulent avoir des candidats prêts à le défendre et à le soutenir dans les élections. Citons seulement la MWational Farmers Alliance and industriel Union, sorte de franc-maçonnerie à idées avancées, qui intervint déjà dans l’élection présidentielle, en défendant les théories socialistes.

L'action de ces diverses sociétés se double parfois de congrès organisés par les agriculteurs eux-mêmes. On vit, par exemple, en novembre 1889, une grande assemblée de cultivateurs se réunir à Saint-Louis du Missouri. Tous les Etats du Nord-Ouest, de l'Ouest et du Sud-Ouest y avaient envoyé de nombreux délégués. Elle se termina par une pétition au Congrès de Washington, dans laquelle, après avoir rappelé que l’industrie agricole, bien que comprenant plus de la moitié des habitants, près de dix millions de travailleurs, était pourtant la plus maltraitée, on exposait tous les vœux des campagnes et ceux surtout qui avaient trait aux droits de douane et aux monopoles. Mais les Congrès ne sont point permanents et ne tiennent point d’assises fréquentes. Ce sont donc les sociétés qui protègent vraiment, chacune à sa manière et par des procédés différents peut-être, Les intérêts de l’agriculture. Libres, autonomes, sans en avoir reçu le mandat officiel, elles constituent en fait, auprès des pouvoirs, la représentation du monde des

campagnes.

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