‹ Étude sur les doctrines sociales du christianismeChapitre 8 sur 13 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Certes, pas un homme qui ne connaisse le mal que fait le prêtre : mais on a une tendance à limiter ce mal ; on ne voit que la surface, on ne pénètre pas au fond, on n en voit pas bien la tradition. Ce que nous avons voulu faire dans ce livre, c'est donner un coup de sonde au plus lointain et au plus noir du christianisme pour en montrer Tabîme.

Plus d'un de ceux qui se croient affranchis de son joug, sont encore ses très-humbles sujets et esclaves. Parce qu'ils rient du prêtre, ils se figurent libres. Le jour même ils obéissent à sa doctrine.

En France, le bourgeois volontiers se dit fils de Voltaire et déclare qu'il « n'aime pas la calotte. »

sur le bon plaisir du pouvoir. Tu représentes Tasservissement volontaire dont la masse des Français donne un si triste exemple. Tous fonctionnaires casés, numérotés, figés et n'attendant notr^ avenir que de notre servilité, nous sommes encore un peuple de courtisans, cherchant par rintrigue ce que nous ne saurions attendre de notre travail et de la justice.

L'Église est Tantichambre du ciel ; le chris* tianisme nous a appris qu il vaut mieux prier que travailler. Tâcher d'attirer sur soi un regard favorable de Dieu ; voilà le but du chrétien. Il s'humilie, se fait bien humble, bien petit, bien rampant ; nul comme lui n'a l'adoration toute orientale de la puissance.

Quand, ainsi abaissés, nous sortons de l'église, comment relèverions-nous la tète? Gomment quitter sitôt notre humble attitude ? On prend vite l'habitude de se courber, de ramper surtout quand, depuis l'enfance, on nous montre cette position comme la réelle de T homme.

On transporte dans la vicies mœurs qu'a enseignées la prière. On ne parle pas, on psalmodie; on ne réclame pas, on ne demande pas; on implore, on supplie. De bas en haut, depuis le garçon de bureau, sacristain du fonctionnaire, jusqu'au Dieu qui est le chef de

rÉtat, tous nous représentent là grâce, la faveur, le hasard. Attendre ce hasard, essayer de s'approcher du bon plaisir et de le saisir et de l'attirer à son profit : voilà Tidéal de la majorité des Français.

Nous croyons au Dieu pouvoir : nous lui rendons le culte qu'il mérite.

Et ce culte c'est la négation de la morale.

Là où n'existe point la notion sévère de la justice, il n*y a point de dignité. Quand tout est arbitraire, on tâche de profiter de cet arbitraire. Nulle autre considération plus haute ne vient vous retenir. De là ces trafics impudents, cette corruption se traduisant en pots de vin, en scandales financiers, en votes de complaisance. L'officier qui sait qu'il dépend de la faveur de son général lui fait la cour au heu d'étudier. Le magistrat ferme le livre de la loi et demande le mot d'ordre du maître.

Le fonctionnaire ne songe à ses administés que pour les faire marcher au pas. Le chef fait un signe : c'est bien! armée, magistrature, fonctionnaires obéissent. Le lendemain du coup d'État de décembre on acclame Napoléon III, bandit s'il eût échoué. Il a réussi : vite, demandons-lui une place, de l'avancement, ré-

chauffons-nous aux rayons de ce soleil qui se lève. Cet honune est un assassin; qu^importe? il dispose des faveurs : et il n'y a d'autre justice que la grâce. Paul et Augustin nous Font appris depuis dix-huit siècles.

Telle est l'application, à l'heure actuelle, des négations sociales consacrées par le christianisme. Elle se retrouvent dans chacun des actes de notre société. Non-seulement elles dominent notre organisation politique, mais elles sont encore assises à chaque foyer et gouvernent chaque ménage. La loi a repris le précepte de saint Paul : — Fenunes, obéissez à vos maris! Cela est devenu un article du Code. Le Code lui-même, en transportant le mariage de Téglise à la mairie, lui a gardé son caractère de sacrement. Le maire officie. Ce n'est point un acte, c'est une cérémonie ; ce n'est point une question d'enregistrement, c'est un sacrement social, irrévocable comme tout bon sacrement.

Si le mari- ruine et bat sa fenune, la femme, à grand'peine, peut se séparer de corps, mais garde le nom de l'homme, reste rivée à lui, sans espoir, jusqu'à sa mort. La femme est considérée comme mineure perpétuelle, tenue

en méfiance, ainsi que le mérite la descendante d'Eve^ la tentatrice du malheureux Adam ! Les mœurs restent aussi chrétiennes que la loi. La loi excuse l'assassinat de la femme par son mari ! Les mœurs le tolèrent r Il se trouve des écrivains pour le justifier. Il se trouve un public pour discuter cette thèse.

Nous avons encore toutes les hypocrisies spiritualistes de Tascétisme, de la haine contre la chair, avec toutes les dépravations qui en résultent. Nos théâtres sont soumis à la censure et roulent sur Téquivoque. Dire et ne pas dire, sous-entendre les choses les plus naturelles, en parler à voix basse, les envelopper de mystère, de manière à les rendre plus provoquantes et plus irritantes, cela s'appelle de la décence, le respect de la morale publique, et n'est, en définitive, que le mépris de la femme, le mépris de la vie, l'expression moderne de l'ascétisme chrétien.

De même encore chez nous, comme héritage du christianisme, le mépris du travail.

Écoutez: il y a les arts Ubéraux et les arts serviles. Les arts libéraux sont le domaine de la bourgeoisie, représentent une sorte de sacerdoce et d'honneur.

L'avocat &it un métier : mais quand il en parle, il invoque aussitôt sa mission, et il monte sur son trépied. Il n'officie pas sans avoir endossé la robe du prêtre. Le militaire forme une autre caste à part. Il se considère comme étant dans un camp, il place la nation dans un autre. Debout, près de la providence humaine, ministre de ses ordres»

instrument de ses volontés , il croit volontiers qu'il a la tâche extrahumaine de réprimer tous les mauvais instincts et toutes les mauvaises passions du peuple qui produit et travaille et de le sauver de luimême.

Le christianisme maintient Fesprit de caste en haut et en bas. Le peuple lui-même est le premier à l'établir. L'ouvrier dit volontiers : Nous autres les travailleurs !... Non ! disons-le bien haut! nous tous qui, du matin au soir, cherchons à utiliser de plus en plus les forces internes ou externes de la nature, celles qui sont inhérentes à notre organisation et celles qui lui sont étrangères, nous sommes égaux : il n'y a d'inégalité qu'entre ceux qui ne travaillent pas et ceux qui travaillent, entre les paresseux et les laborieux, entre les capables et les incapables, entre les

exploiteurs et les exploités. Rejetons loia de nous cette doctrine ' chrétienne, logique avec les prémisses posées par le christianisme, mais négation de Thomme. Le christianisme a été partisan de. Tesclavage antique ; il a représenté le servage jusqu^à la veille de la Révolution : il le défend encore aujourd'hui, il s'indigne contre les revendications du peuple; il lui' prêche la soumission, la résignation, et l'engage à accepter sans se plaindre toutes les servitudes légales. Quand nous, libres penseurs, révolutionnaires, nous venons vers lui et, lui montrant son droit, lui indiquant les grands horizons de l'avenir, nous l'exhortons à se lever et à marcher, nous trouvons, en face de nous, le prêtre qui lui dit : travaille, sue, pioche : c'est ton lot, dans cette vallée de larmes ; laisse-toi gouverner, diriger, exploiter, spolier et voler par cens, qui représentent le droit divin, puisqu'ils sont puissants : garde, quant à toi, précieusement ton hérédité de misère : tu n'as point de droits ; lu n'as que Je devoir de travailler. « Travaille, vilain, travaille, » et laisse-toi gouverner par ton roi, tes prêtres et tes nobles. Oui, nous en sommes encore là : partout nous trouvons le prêtre avec sa doctrine de la soumission passive, à genoux devant la force, et

prêt à la consacrer. Pie YII sacre le 18 brumaire. Le lendemain du 2 décembre,

••.. dans son bénitier Sibour lave leur linge.

Rien de pins logique.

Plus rhumanité est avilie, est souillée, est broyée, plus grande est la joie du prêtre, cai" plus grande est sa puissance. Sa grandeur est faite de l'abjection de Thomme. Quand Tbomme est fort, le prêtre disparaît. Quand l'homme est iaible, il courbe la tête sous la bénédiction et la malédiction du prêtre; il se rapetisse devant lui, il lui prête son dos, ses épaules^son échine comme marchepied : il lui sert de piédestal vivant, croyant, dans sa naïveté, qaen s'abaissant pour élever le prêtre, il s'élève luimême.

Le prêtre an*ose d'eau bénite cette imbécillité abjecte. A son contact, ThommC) ainsi courbé, s'immobilise, et, paralysé, ne peut à jamais se relever. La vie fait place à la pétrification. Ces êtres, le front à terre sous les aspersions du goupillon, n'ont plus que l'appa-^ rence humaine ; en réalité, ce ne sont plus des hommes; c'est une sorte de pâte organique,

maniable et pétrissable sous l'index da prêtre, prenant à son gré toutes les formes, préparée pour toutes les absorptions. C'est la proie que le boa enduit de sa bave, écrase dans ses replis, et lentement, mais sûrement ingurgite, décompose et digère.

Le pr^e, c'est bien le serpent. Il a ^e pouvoir fascmateur. Il séduit d'abord, étouffe ensuite. Il glisse, dhdoie , caresse, étrangle et mord.

Maisrhomme, attiré d'abord par l'hypnotisme du prêtre, entraîné dans Tablme par Thallucination du ciel, le mirage du bonheur dans cette vie et au delà de la tombe, a une tendance per-* pétuelle à se redresser sur cette pente où il se sent glisser et dont il ne voit pas le fond. A travers son vertige, il a une instinctive percep. tion de Tabîme où il roule. Il étend les bras, crispe ses muscles, essaye de se retenir à quelque point d'appui en se sentant perdre pied et en s' apercevant que cette route du ciel n'est qu'un bourbier. •

De bonne heure, dès le premier jour, le christianisme a prévu cette révolte.

Ses fondateurs, par leurs propres angoisses, ont compris qu'unepareille mutilation de l'hom-

me ne se ferait point sans protestation et sans insurrection de la nature humaine. Quand Thomme se sent sous la main de la mort, il se redresse et lutte en efforts terribles.

Alors, ils se sont dit : — Ton agonie est une rébellion ! malgré toutes nos séductions , nos promesses, tu résistes, tu yeux rester homnjp ; à Tobéissance que nous exigeons de tft, tu opposes une perception instinctive du droit; à Tabrutissement que nous t'ordonnons, tu opposes les luttes de ton intelligence. C'est bien ! tu ne \iens pas seul vers nous, nous t'entraînerons de vive force! Tu ne te couches pas de ton plein gré sur le lit de Procuste, nous t'y garrotterons ! Tu ne veux pas te rapetisser, te diminuer, t'amputer, te châtrer toi-même? Nous t'enfermerons dans notre géhenne, nous te serrerons dans notre étau, nous te broierons si bien que tu ne garderas plus forme humaine, et si tu résistes encore, c'est bien ! Nous allumerons un bûcher, nous dresserons une potence, nous jetterons aux gémonies ton cadavre rebelle, et nous damnerons ton âme.

C'est là toute l'histoire du christianisme.

Basé sur les négations de la nature humaine que nous avons constatées, il sait que l'homme ne peut s'y plier complètement. C'est pour

cela que le despotisme politique ou religieux ne compte jamais que sur le mensonge et la force.

Plus que toute autre religion, le christianisme a été d'une violence poussée jusqu'à la férocité, parce qu il a exprimé avec plus d'énergie que toute autre la négation du droit et de la liberté humaine. Il a été logique avec lui-même. Quand on a pour idéal la destruction de Thomme, on ne doit pas hésiter à tuer tous ceux qui refusent de se laisser engrener dans l'appareil àgodiveau céleste. Le boucher ne demande pas le consentement de la brebis : si elle refuse d'entrer à l'abattoir : « Chien, mords-la! »

Inquisiteur, prépare tes chevalets, tes outres pleines d'eau avec lesquelles tu gonfleras le corps du patient, tes brodequins de fer avec lesquels tu lui broieras les pieds, tes coins avec lesquels tu lui broieras les genoux, tes roseaux que tu lui enfonceras sous les ongles, tes tenailles ardentes, ton plomb fondu, ton huile bouillante, tes poulies pour donner l'estrapade, tes auto-da-fé, tes bûchers; aiguise l'épée qui massacrera les Albigeois ^ arme l'arquebuse de Charles IX pour la nuit de la Saint-Barthélémy; monte en croupe derrière les di^agons qui violeront, pilleront et tueront dans les Céven-

nés ; taille la plume qui signera la révocation de l'édit de Nantes; aiguise le couteau de Trèstaillon ! Souffle au légat du pape ces mots : « Tuez-les tous ; Dieu saura bien reconnaître les siens ! » dis avec Bonald, au dix-neuvième siècle, trente ans après la déclaration des Droits de r Homme ; « D n'y a qu'une peine pour le sacrilège ; la mort ! 11 faut renvoyer le coupable devant Dieu, son juge naturel; » incame toi dans la peau de Yeuillot, dicte à Pie IX son syllabus ; fais tout cela et pis encore, tu es logique! tu ne nous étonneras pas; nous n'admirerons qu'une chose : la puissance de la nature humaine que, malgré tous tes massacres et tous tes supplices, non-seulement tu n'es pas parvenu à vaincre, mais qui n'a cessé de protester, du fond du cachot où tu l'enchaînais, au plus noir de la nuit du moyen âge, et qui, aujourd'hui, trempée dans ce terrible baptême de fer et de sang, se redresse plus fière et plus libre, et, te clouant à ton pilori d'infamie, te crie : « Je te méprise et je te pardonne ! »

Oui, mépris et pardon : ce terrible acharnement des persécuteurs chrétiens, cette exaspération, ce prurit sanguinaire qui, dès le premier jour, se manifestent dans les guerres entre

les catholiques et les Ariens, qui continue sans interruption par les massacres des Yaudois^des Albigeois, des Hussites, des protestants, par les guerres entre les protestants eux-mêmes, qui s^affirme encore dans notre législation, dans les déclamations des curés de campagne, dans les mandements des évêques, dans les encycliques du pape, ne sont que Fexpression d'un phénomène pathologique fort simple.

Rien ne se crée, rien ne se perd : tel est le principe consacré par la science moderne.

Appliquez ce principe à Tétude du prêtre, non-seulement du prêtre, mais du chrétien, et Vous constatez immédiatement ceci : le christianisme étant la négation la plus complète de la nature humaine, la nature humaine qui ne perd pas ses droits transforme son action. Les insensés ont cru supprimer la nature; ils Texaspèrent. L'homme ne trouvant plus la satisfaction normale de ses besoins sociaux, la cherche hors nature, en dehors de la société : ses instincts d'amativité, ses besoins altruistes, se résorbent en haine; tous ses sentiments affectueux tournent en haine : il tue, il torture, parce qu'il ne peut aimer : il s'acharne à mutiler et à détruire Fhomme, parce qu'il est jaloux du développement de Thomme; la rage

perséculrice ert une des formes de rhystérie religieuse.

Claude FroUo aime Esineralda, et Esmeralda le repousse : alors, son amour devient furieux; ce corps qu il aime, il le livre au bourreau, à la torture, à la potence : il condamne cette bouche qui lui refuse des baisers à l'horrible rictus de Tagonie ; il brûle de larmes ces yeux dans lesquels il n'a trouvé qu'aversion, et quand elle échappe et qu'il lui demande : — M'aimes-tu ? et qu'elle répond : — Non ! il la jette à la Recluse du Trou-aux-Rats et s'en va chercher Tristan.

Vis à vis de la société qui vit au grand jour, tel, dans l'ombre, chaque prêtre : quand il ne peut la saisir, quand elle échappe à son étreinte, quand elle le repousse, il appelle le bourreau.

De Maistre Ta dit, : le bourreau est l'accessoire obligé du dieu chrétien — parce que c'est un dieu d'humilité, un dieu jaloux, un dieu envieux, un dieu qui ne règne que sur la tombe et n'admet pas que l'honmie ait un autre idéal que la mort.

Alors, à la tombe par charretées, ceux qui ne veulent point y aller de plein gré! A la tombe, dans l'enfer, en purgatoire, tous ces

damnés qui croient que la vie est bonne et que rbomme a d* abord à satisfaire ses besoins et ses instincts naturels. A mort! voilà le mot d^ordre apporté au monde par le christianisme !

Quand on ne peut pas prouver, on bâillonne; quand on ne peut pas démontrer, on tue. Le christianisme, plus que toute autre religion, repose sur un dogme, sur un article de foi, sur un mystère, qu'il faut croire par soumission, uniquement parce que le prêtre dit : — Cela est.

La science n'a point ces procédés : elle ne s'impose que par son évidence. Elle prouve le mouvement en marchant. Elle ne dit pas : — Je suis la lumière, et si vous ne me croyez pas, je tue. Elle prouve, en éclairant, qu'elle est la lumière.

Le prêtre, ébloui, se redresse furieux, du fond de sa nuit et lui crie : — Ânathème ! mais ce n'est pas vrai, tu n'es pas la lumière! C'est moi ! c'est moi, entends-tu ! parce que je l'affirme! Tu es la lueur de l'enfer, tu es la voix du diable! Tu es mensonge, erreur!

Il bave dans sa fureur impuissante, il halète de rage, il écume, il se tord, il tombe en con-

Yulsions en essayant, en vain, d'étouffer cette clarté sous son lourd éteîgnoir.

Nous plaignons le prêtre du dix-neuTième siècle, nous en avons pitié. Voyez-le, accroupi dans Tombre, plaçant honteusement en cachette, du fond de son confessionnal, Tobstacle avec lequel il espère faire dérailler la société qui passe devant lui et s'élance vers l'avenir! La société passe, la science passe, le progrès passe. Le prêtre a fait- verser du sang, couler des larmes ; il a commis son crime, il peut s'en repaître ; mais il n'a pas accompli son œuvre, il a constaté une fois de plus son impuissance de détruire la vie, de bâillonner la vérité.

Eh bien ! nous comprenons sa fureur, nous comprenons son désespoir, nous comprenons sa haine, sa malédiction, sa rage ; c'est la rage du banqueroutier perpétuel ; c'est le désespoir du fou qui veut arrêter sa chimère et la sent filtrer entre ses doigts : c'est la malédiction de Sisyphe qui sent toujours retomber plus lourdement le rocher qu'il a soulevé et qui voit chacun de ses efforts n'amener qu'une nouvelle douleur.

De là ses accès de folie ; il ne parle plus, il bredouille.

Voyez les cléricaux de l'Assemblée de Ver-

saiUes : écoutez Du Temple^ Cazenove de Pradines, de Gavardie, Dupauloup; ce sont des inquisiteurs qui bégayent.

Leurs rages, quoique ayant encore parfois des effets terribles, n'effrayent plus : elles font rire. Quand le pape excommunie en bloc toute l'Italie, tout le monde hausse les épaules ; quand il fulmine son syllahus^ on n^éprouve qu'un sentiment d'étonnement. On se dit : — Ah çà ! cela se passe au dix-neuvième siècle. U y a quelque part un homme pour écrire ces choses-là. Et quand on voit un concile, composé de prélats de toute la chrétienté, déclarer que. cet homme est infaillible, on est partagé entre la pitié, le mépris.et Tépouvante.

Du reste^ les papes, Grégoire XVI dans son encyclique du 9 novembre 1846, Pie IX dans ses allocutions du 9 décembre •1854, du 9 juin 1862 et dans son encyclique du 8 décembre 1864 ont eu soin de nous montrer tout Tabîme qui sépare le catholicisme de la société moderne. Ce sont des documents qu'on ne connaît pas assez ; nous sommes si oublieux en France !

Voici quelques extraits du dernier :

« Certes nos prédécesseurs n'eurent jamais pour

le salut des âmes de souci plus vif que celui d'é* touffer et de condamner toutes les hérésies et erreurs....

« Cest pourquoi nos prédécesseurs se sont opposés avec une vigoureuse énergie aux entreprises criminelles de ces hommes qui.... s'efforcent par leurs écrits de renverser les fondements de la religion catholique et de la société civile....

« Car vous le savez très-bien, vénérables frères, de notre temps il s'est trouvé en grand nombre des hommes qui, appliquant à la société civile le principe absurde et impie du naturalisme, ainsi qu'ils l'appellent, osent enseigner ce que la parfaite « raison de la société publique et le progrès civil « exigent absolument une société humaine consti- « toée et gouvernée en dehors de toute considéra- « tion de religion, comme si elle n'existait pas, ou « du moins sans faire de distinction entre la vraie « et les fausses religions. »

c Et, contrairement à la doctrine des Écritures sacrées, de l'Église et des saints Pères, ils n'hésitent pas à affirmer « que la meilleure condition c pour une société, est celle où le pouvoir laïque « n'a pas charge de réprimer par des peines édic- « tées les violateurs de la religion catholique, si ce c n'est dans les limites où la paix publique l'exige. >

« En vertu d*une idée absolument fausse du gouvernement social, ils n^iésitent pas à propager cette opinion erronée et très- nuisible au salut de l'Eglise catholique et des âmes, qualifiée du reste par notre prédécesseur d'excellente mémoire, Grégoire XYI, à savoir que « la liberté de conscience

c et des cultes est le droit propre de chaque homme ; « et qu'il existe pour les étrangers un droit de ma- « nifester et de déclarer avec une liberté que ne « peuvent limiter ni l'autorité ecclésiastique ni « rautorité civile, leurs convictions quelles qu'elles « soient ou par la parole, ou par la presse, ou par « d'autres moyens. »

« En affirmant ces témérités, ils ne réfléchissent pas qu'ils prêchent la liberté de la perdition,,, j etc.

« Par des opinions et des machinations aussi impies, ces esprits faux s'efforcent d'enlever deFinstruction et de l'éducation de la jeunesse la doctrine salutaire de l'influence de l'Eglise catholique, et d'infester, de dépraver insensiblement par leurs erreurs pernicieuses et leurs vices, les âmes tendres et souples des jeunes gens.

« Et n'omettez pas d'enseigner c< que la puis- « sance royale a été établie non-seulement pour « exercer le gouvernement de ce monde, mais surit tout pour la protection de l'Eglise, et qu'il n'est « rien de plus profitable et de plus glorieux pour « les souvenirs des Etats et des rois que de laisser, « comme notre très-sage et très-courageux prédé- « cesseur, saint Félix, l'écrivait à l'empereur Zé- « non, l'Eglise catholique user de ses lois et ne « permettre à personne d'attenter à sa liberté. »

Et, lorsque le pape a demandé ainsi, que pour « protéger la liberté de l'église, » on atrente à toutes les libertés de rhomme, il fait

e catalogue des erreurs qui doivent être poursuivies et condamnées.

Après avoir constaté, avec une ignorance parfaite des questions qui agitent la philosophie moderne, les erreurs contenues sous ces mots : panthéisme, naturalisme, rationalisme absolu, rationalisme modéré, indifférentisme, latitudinarisme, socialisme, communisme, il énumère les erreurs concernant les rapports de la société civile et de TÉglise. Voici les principales :

A&T. 45. Toute la direction des écoles publiques dans lesquelles la jeunesse d'un État chrétien est élevée, si on en excepte dans une certaine mesure les séminaires épiscopaux, peut et doit être attribuée à Tautorité civile, et cela de telle manière qu'il ne doit être reconnu à aucune autre autorité le droit de s'immiscer dans la discipline des écoles, dans le régime des études, dans la collation des grades, dans le choix ou l'approbation des maîtres.

Art. 47. La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires, qui sont ouvertes à tous les enfants de chaque classe du peuple et en général que les institutions publiques destinées aux lettres, à une instruction supérieure et à une éducation plus élevée de la jeunesse, soient affranchies de toute autorité de l'Eglise, de toute influence modératrice et de toute ingérence de sa part, et qu elles soient pleinement soumises à la

volonté de l'autorité civile et politique suivant le désir des gouvernants et le niveau des opinions générales de l'époque.

Abt. S6. Les lois de la morale n'ont pas besoin de la sanction divine, et il n'est plus du tout nécessaire que les lois humaines se conforment au droit naturel ou reço^rent de Dieu le pouvoir de l'abroger.

ÂBT. 57. La science des choses philosophiques et morales, de même que les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites à Tautorité divine et ecclésiastique.

Art. 59. Le droit consiste dans le fait matériel ; tous les devoirs des hommes sont un mot vide de sens, et tous les faits humains ont force de droit.

Abt. 63. Il est permis de refuser l'obéissance aux princes légitimes et même de se révolter contre eux.

Abt. 67. De droit naturel, le lien du ^mariage n'est pas indissoluble, et dans différents cas le divorce proprement dit peut être sanctionné par l'autorité civile.

Abt. 77. a notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Etat, à l'exclusion de tous les autres cultes.

Abt. 78« Aussi c'est avec raison que dans quelques pays catholiques la loi a pourvu à ce que les étrangers qui s'y rendent y jouissent 4© Vexerpice public de leurs cultes particuliers.

Art. 79. Il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit et propagent la peste de l'indifférent tisme.

Art. 80. Le pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.

Voilà ce que dit le pape.

Voici ce que dit la Déclarations des Droits de r homme :

Art. 1'"'. Les bommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

Art. s. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la bberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Art. 5. La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas

défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses^ pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

Ajlt. 11. La libre communication des pensées et des opinions est uu des droits les plus précieux de l'homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement.

Telles sont les pièces du procès. Vous avez entendu d*un côté l'Eglise, de Tautre la Révolution.

En tête de nos constitutions, en tête même de Texécrable constitution de Tempire, se trouve Taffirmation des principes de 1789. Les légitimistes, M. de Falloux lui-même, disent : — Nous acceptons 1789 !

Eh bien! dans cette France de 1789, dans la France de la Révolution, voici la place que tient le prêtre, Thomme de Rome, Thomme du Syllabus, Thomme qui ne a doit pas se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »

Mis en possession d'églises, d'édifices in-

nombrables, dont la flèche domine toutes les villes et tous les hameaux; dont les cloches remplissent Tair, attestant qu'il est partout et que nul ne peut lui échapper; de séminaires où il élève ses recrues, il prélève sur le budget de l'Etat une somme de 49 millions, qui chaque année, augmente : le budget de l'instruction publique est de 36 millions.

Ce n'est pas tout : des départements et des communes, il touche une somme minimum de 31 millions : soit, une part dans Timpôt général de 80 millions.

A ces 80 millions, vous, nous, tous, libres penseurs, contribuons.

Ce n'est pas tout: ces hommes qui sont assis au conseil supérieur de l'instruction publique, ce sont des évéques et des archevêques : les voilà encore dans le conseil départemental de l'instruction publique, ils nomment et destituent l'instituteur. Voici le curé qui entre dans l'école, la loi de 1850 à la main, disant à l'instituteur: — Vous devez d'abord, avant toute autre, l'instruction religieuse ; c'est mon livre, le catéchisme, que vous devez mettre, avant tout autre, entre les mains, de vos enfants! Et maintenant, attention! je suis là, appuyé sur révêque! Ah! voi|9 ête^ la'ique:

mais vous ne devez avoir de la laïcité que rhabit : votre école doit être une école religieuse: vous ne devez pas avoir pour but d'apprendre à lire, à compter, à écrire aux enfants, vous ne devez avoir qu^un but: les préparer à leur première communion ! ce n'est pas du côté de la société et de la vie que vous devez tourner vos regards, c'est du côté de Téglise ! Allons ! endossez la robe du chan« tre et venez prendre place au lutrin.

Mais le la'ique, si broyé qu'il soit , résiste, ne se plie pas assez facilement. — A la porte le laïque ! à la porte, Tinstituteur marié ! à la porte, rinstitutrice ! place au frère ignorantin, le modèle de toute chasteté et qui, ayant toute science infuse de par la grâce deTEsprit-Saint, au lieu de brevet , est suffisamment pourvu avec la lettre d'obédience.

Le prêtre est partout : il a l'assistance publique : on le trouve dans les prisons, à l'armée, sur chaque vaisseau. L'armée lui prête ses canons et ses soldats pour célébrer ses fêtes.

Généraux, fonctionnaires, magistrats, professeurs suivent ses processions et courbent la tête sous la bénédiction de l'évéque.

Quant à ses charges, il n'en a pas: il est exempt du service militaire, il en fait exempter

tous ses acolytes. Les autres vont se faire tuer; lui les exhorte, quelquefois les eaterre.

Quand le prêtre a pris sa place partout, dans toute la société, quand il tient Téducation d'une main, l'assistance de l'autre, il descend dans la congrégation. Les articles 291 et 292 du Code pénal lui sont inconnus. La congrégation se forme, se développe, enfonce ses racines dans le sol, en fait émerger de vastes casernes, d'immenses bâtiments, séquestre, enferme des multitudes, fouille de ses tentacules toutes les couches sociales pour en aspirer la vie et la richesse.

Et puis, chaque dimanche au moins, à jour fixe, à heure fixe, au son des cloches, ébranlant Fair de leurs volées, dans cinquante mille églises, construites dans ce but, le prêtre monte en chaire, et trouve un auditoire. Là il est chez lui, il est à l'aise, il peut déverser sans gêne sa bave sur cette société qui le paye et qui lui fournit sa tribune ; il peut calomnier, il peut mentir; nul ne peut lui répondre. Il a, pour lui, la femme qu*il a déjà prise la veille au confessionnal, l'enfant qu'il épouvante des terreurs de Tenfer ; il a les préjugés soigneu-

sèment entretenus par lui, obstruant tous les cerveaux; il a Thabitude qui machinalement fait courber les têtes, plier les genoux, et conduit à heure fixe, à jour fixe, toutes ces longues files devant son autel ; il a le ciel enfin pour domaine : tandis qu^on condamne pour escroqueriela somnambule du coin, on respecte et on protège le charlatanisme de ses miracles ; il a enfin Dieu pour complice : voilà sous quel aspect le prêtre se présente à nous.

Nous, libres penseurs, nous, fils de la Révolution, dans cette société qui prétend prendre pour base les principes de 1789, nous sonunes traqués, persécutés, chassés comme bêtes puantes : devant nous, se dérobent les fonctions réservées au prêtre ou au protégé du prêtre : on nous rejette de l'école de l'État : on ferme notre école libre : si nous élevons une chaire, on brise notre chaire : si nous parlons, on nous bâillonne : nous écrivons un livre : halte ! nous dit le colportage, s'il n'est approuvé par un archevêque. Nous publions un journal, du doigt on nous désigne au Ministère public : le Ministère public nous saisit : loi de 1822, cinq ans de prison, 6000 francs d'amende, qui doublent avec le gérant et >^

peuvent tripler avec l'imprimenr. Nous nous réunissons quelques amis : associations illicites, article 291 et 292, loi de 1834, prison, amende! Pendant ce temps, le prêtre du haut de sa chaire, dans le fond de son confessionnal, nous calomnie à Taise; il nous traite « d'abjects matérialistes ; » il prétend que nous sommes des voleurs, des pillards, des assassins ! et quand il nous a ainsi traités, si nous le prenons, et si, lui courbant la tète, nous la lui plongeons dans son histoire, il s'écrie que nous violons sa liberté, et appelle le gendarme. Le gendarme vient, suivi du geôlier.

Nous sommes trahis, enfin, abandonnés au moment de la lutte, souvent par les meilleurs d'entre nous : — où est ta femme? où est ta fille ? au prêtre, à la messe, au couvent, chez tes ennemis implacables, toi, libre penseur ! L'habitude est si puissante. . . .

D'un côté, cistte force insolente : de l'autre, cette faiblesse !

Eh bien ! nous acceptons la lutte avec autant de confiance que le prêtre montre de terreur.

A la persécution qu'il réclame, nous lui opposons la liberté. Quand il demande qu'on

nous tue, qu'on nous emprisonne, nous lui offrons le grand air, la pleine lumière.

De quel côté est cette charité, dont il a le nom toujours sur les lèvres? H est vrai qu'il n'est pire menteur que celui qui s'en va répétant partout : — je ne mens jamais!

Et, si sans cette liberté, nous avons déjà tant fait, avec cette liberté nous sommes sûrs de vaincre.

Il y a des symptômes terribles auxquels ne se méprend pas le prêtre.

Voyez ces révoltes intérieures qui produisent en Allemagne les Vieux Catholiques. Voyez les commencements d'insubordination de la raison opprimée, qui ne peut encore s'affranchir, mais qui cherche à voler de ses propres ailes, s'en allant, malheureuse aveugle, se heurter à tous les angles de la vieille tradition, sans pouvoir y échapper; écoutez Lacordaire, écoutez le P. Félix intitulant ses conférences : ' — le progrès par le christianisme ! lisez les élucubrations du P. Gratry ; assistez enfin au mariage du P. . Hyacinthe. Autant d'efforts, autant de symptômes de la crise. Ils sentent bien qu'il y a quelque chose, en dehors, au delà du syllabus : mais leur cerveau a pris le

pli ; ils restent embourbés dans la tradition du séminaire : atrophiés, déjetés, dès Tenfance, hors de la vie, façonnés, réduits à Tétat de monstres, ils ne peuvent recouvrer l'entière possession d'eux-mêmes : la robe du prêtre reste attachée à leurs épaules comme la tunique de Nessus.

Dans le protestantisme, même travail. Les protestants sentent que l'Évangile ne leur suffit pas : plus d'un sourit aux miracles ; la Bible paraît un bien vieux livre pour guider la civilisation moderne : l'homme Dieu est relégué dans la légende : et les protestants libéraux, deviennent de purs moralistes, attardés encore dans le spiritualisme. Demain nous verrons un de leurs pasteurs descendre de sa chaire et s'écrier: — j^ usurpé! pasteur! quelle prétention! quel titre! est-ce que vous êtes un troupeau! Allons! jetez votre Bible au feu, et, à la place, prenez le grand livre de la science moderne : la nature !

Gela arrivera un jour, et à un jour peutêtre plus rapproché qu'on ne le croit. Elle chemine! la science, elle s'avanceà pas lents; elle a contre elle le préjugé, la routine, cette couche d'ignorance si épaisse qu'il faut un long et rude frottement pour l'enlever; mais elle a

deux actifs moteurs qui, d^ici peu, la porteront partout: l'instituteur, le médecin.

L'instituteur : oh ! certes, nous ne nous abusons pas, et rinstituteur actuel est loin du rôle qu'il est appelé à jouer dans l'avenir. Paria, mal payé, esclave du curé, comme de toutes les autorités, obligé de saluer le garde champêtre, sans sécurité du lendemain, sans stabilité, en dehors de la considération due à son importante fonction, il est dans une situation indigne de sa tâche. Et sa tâche jusqu'à présent a étérétrécie,amoindrie, déviée de son véritable sens. Le gouvernement lui a dit: Tu me feras des sujets bien dociles et soumis qui voteront toujom*s pour mes candidats et ratifieront mes volontés dans les plébiscites. Tu seras pieux, parce que la religion est un de mes moyens de gouvernement. Â l'école normale, c'est là l'instruction qu'a reçue l'instituteur. U est laïque : on lui a dit : — Tu seras catholique. « Il faut de la religion pour le. peuple, » répète l'éclectisme universitaire • L'instituteur est peuple : il est l'instituteur du peuple. U faut qu'il soit catholique. Même méthode, on lui bourre la tête d'affirmations sans preuves. On lui demande de répéter ces affirmations aux enfants

qu'il est chargé d'élever. En France, sous l'influence du dogmatisme religieux, nous considérons l'éducation comme un exercice mnémotechnique : beaucoup de mémoire, point de jugement: voilà l'idéal. Du lycée à l'école, mêmes procédés : et ces procédés sont les procédés du prêtre : quand nous croyons être affranchis de son joug, parce que nous ne le voyons pas lui*méme dans notre école, c'est son esprit qui la domine.

Il faut bien le dire : mais qu'importe ? que l'enfant apprenne à lire dans le catéchisme, il pourra lire Voltaire. L'instituteur lui met entre les mains le suprême moyen de connaissance : le livre. Ce livre, mauvais aujourd'hui, demain sera le bon : et ce sera le médecin qui l'indiquera et le mettra dans la main dé l'écolier de la veille.

Le médecin a d'abord cette grande chose :

la méthode. Tout médecin est fils de Bacon, commie le prêtre est fils de Platon. Il arrive à l'amphithéâtre et au lit du malade avec sa lo-' gique de bachelier. — Quitte ta logique de Port-Koyal ! lui dit la science. Observe, analyse, compare, et de la comparaison des faits entre eux, conclus. Si le médecin tente

d^oublier ce conseil, aussitôt la réalité Vy ramène.

La méthode scientifique devient peu à peu pour lui une habitude ; il la transporte dans chacune des actions de sa vie, et bientôt elle fait reculer et elle efface tous les préjugés dont Tavaient chargé sa famille et le lycée.

Aussi quand il entre dans le monde, le voilà le véritable missionnaire du progrès !

Il connaît tous les secrets de la vie, d^une science profonde et non mensongèl'e ; il s'assied à tous les foyers. Il a place dans toutes les intimités. Du moment qu'il met le pied sur le seuil, rien ne lui est plus caché. C'est le confesseur de toutes les souffrances et de toutes les douleurs de la femme. C'est le consolateur de la mère; et véritable consolateur, celui-là, parce qu'il sent, étant homme! C'est l'espoir, c'est le sauveur! il ne promet pas le ciel, lui; mais il se met entre l'homme et la tombe : il arrête la mort, il lutte contre elle, il la repousse, il donne la vie ! A toute heure, jour et nuit, par tous les temps, toujours dévoué, prêt à répondre ài tous les appels, l'oreille ouverte à tous les gémissements, écho de toutes les plaintes, il accourt relevant par sa seule présence les têtes que courbent

la douleur elle désespoir. Il est le second père de renfant, il le sauve contre toutes les misères qui Tattendent et se jettent sur lui ; il ne quitte rhomme que lorsqu'il a exhalé son dernier soupir , et tandis que le prêtre avec ses cierges, son sombre costume , ses litanies sinistres vient lui dire: — - prépare- toi à la mort! il lui dit, lui, Thomme de courage: — lutte pour la vie !

Il est athée, matérialiste, ce médecin ; il a ouvert des cerveaux; il sait que la pensée n'est que le résultat de fonctions organiques ; il sait quelles lésions suffisent pour la détruire.

Eh bien ! lui qui a vu des cadavres, qui les a tailladés, qui a vécu au milieu d'eux, il acquiert dans ce contact le respect de Thomme ! tandis que le prêtre qui refuse de voir le corps et ne veut penser qu'à l'esprit acquiert le mépris de l'homme!

La lutte a lieu maintenant entre le prêtre et le médecin , tous les deux symbolisent la science et la foi; l'un est la vie, l'autre la tond)e : ne craignons rien : la vie vaincra.

C'est en vam que les prêtres voudraient s'emparer de la science, pour la fausser! n'ayons point peur des facultés de médecine qu'ils pour-

raient créer. Elles seront les instruments de leur propre ruine. La science qulls apprendront détruira leur foi. Combien y a-t-il maintenant, à Montpellier, d'étudiants vitalistes?

Donc, ne les craignons pas. A leurs principes de persécution, opposons nos principes de liberté. Rejetons-les dans leurs églises ; qu'ils nous laissent libres, nous les laissons libres.

Cela se résume dans une formule bien simple : chacun payera son prêtre comme son boulanger.

Et auparavant l'article V^ de la prochaine constitution, reprenant le premier amendement de la constitution des États-Unis , sera ainsi conçu :

— Nulle loi ne pourra réglementer la liberté d'association, la liberté de réunion, la liberté de la presse et la liberté de conscience.

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