La surveillance de la fréquentation de l'école
par les apprentis et de
rexécution ponctuelle des clauses du contrat d'apprentissage.
L'article 97, § 3, de la loi industrielle porte : «La corporation a pour mission obligatoire de régler la situation des apprentis et de prendre toutes les dispositions et mesures nécessaires à leur instruction technique, industrielle et morale, w
Cette loi impose à ses membres le contrat d'apprentissage.
La forme du contrat est facultative. La loi accorde au contrat écrit des avantages, tant pour le patron que pour l'apprenti ; aussi les corporations prescrivent-elles pour leurs membres l'obligation d'engager les apprentis sur la foi d'un contrat écrit.
Chaque fédération de corporations arrête la formule du contrat dans les limites fixées par la loi ; elle prescrit au patron le devoir de déclarer l'apprenti à sa corporation et de le faire inscrire aux rôles tenus par celle-ci.
En chargeant la corporation du soin de surveiller l'exécution des clauses du contrat d'apprentissage, la loi industrielle allemande a
(4) ProtokoUe iiber die Verhqndlungen auf den Delegirtentagen des Innungt- Verbandes deutscher Baugewerksmeister. •
(2) ProtokoUe ubev die Verhandlungen der deulschen Tischlertage.
(3) Die Ausstellung der vom Innungs-Verbande deutscher Baugetverksmeister anerkannten Baugewerkschulen zu Hannover, 1893. — Otto Elsner, Berlin.
résolu une des questions les plus importantes au point de vue de Tavenir du travail qualifié.
Maintenant que les rapports entre patrons et ouvriers vont être fixés par nos lois, il semble que le moment soit venu de régler avec netteté les droits et les devoirs réciproques des apprentis et des patrons. L'absence de réglementation tourne au détriment du faible; il n'existe aucun lien entre le maître et l'élève, et, dans cette situation mal définie, le patron se décharge souvent de ses obligations. Comment, d'ailleurs, pourrait-il s'occuper avec goût et aflection de l'éducation de l'apprenti ? Il sait d'avance que celui-ci quittera son atelier dès qu'il pensera avoir acquis quelque aptitude professionnelle. Chacun veut recueillir le fruit de ses peines, et, pour le patron, c'est la dernière année d'apprentissage qui est seule rémunératrice, parce qu'alors l'apprenti commence à produire un travail utile.
Les apprentis, abandonnés à eux-mêmes, libres de toute contrainte, changent à chaque instant d'atelier et ne pourraient acquérir une éducation professionnelle solide et complète. Lorsque, devenus à leur tour ouvriers, ils sont chargés de l'apprentissage de jeunes gens ou qu'ils s'établissent comme patrons, ils transmettent la même éducation incomplète et contribuent à abaisser le niveau du travail. Dans l'intérêt de l'industrie, il importe de réglementer l'apprentissage, car dans l'apprenti doit se préparer l'avenir du travail.
Les statuts des corporations allemandes doivent prévoir les mesures prises en exécution de l'article 97 de la loi. Nous trouvons, en effet, dans tous les statuts l'article fondamental : « Les membres de la corporation s'engagent à exiger de leurs apprentis la fréquentation assidue d'une école professionnelle reconnue par la corporation, à les exhorter à arriver à l'école à l'heure exacte, à s'y conduire d'une manière exemplaire et à s'y appliquer avec un zèle soutenu. »
L'apprenti est comme l'enfant, qui n'apprécie d'abord pas l'utilité des études professionnelles, et qui, dans les premiers temps, va à l'école contraint et forcé; plus tard, lorsque ces préventions se sont dissipées par les études mêmes, il devient un élève avide d'apprendre.
Si beaucoup de nos patrons voient avec plaisir leurs apprentis et leurs ouvriers fréquenter les cours des écoles industrielles, d'autres, au contraire, ne font rien pour engager les jeunes gens à s'instruire ;
il en résulte une fréquentation irrégulière et des arrivées tardives si regrettables dans les écoles. Les jeunes ouvriers, les élèves les plus intéressants, sont à tout instant obligés de demander la permission de venir après l'heure ou l'autorisation de s'absenter, parce qu'ils sont retenus à l'atelier sous des prétextes parfois si futiles, qu'un patron soucieux de l'avenir des jeunes gens pourrait parfaitement les faire disparaître.
Les corporations ont mis fin à ces abus. La commission des apprentis surveille avec soin l'exécution des prescriptions des statuts, et porte plainte, devant l'Assemblée générale, contre les membres qui négligent do les remplir; l'autorisation d'avoir des apprentis peut même être retirée aux patrons en défaut.
La mémo commission, émanée de la corporation, a aussi pour mission de se rendre compte des occupations données aux apprentis à l'atelier, et de s'assurer si les patrons observent l'article 120a, qui porte : « Les entrepreneurs d'industries sont obligés de donner à leurs apprentis toutes les occupations dans l'ordre propice à l'apprentissage, et leur défend de les employer à des ouvrages étrangers à leurs études professionnelles. »
Dans ce but, elle se rend, au moins une fois l'an, dans les ateliers des membres, et constate si l'aptitude acquise par les apprentis correspond à la durée de l'apprentissage. Les patrons sont obligés, sous peine d'amende, de donner à la commission tous les renseignements à ce sujet, et de donner aux apprentis, appelés à comparaître devant elle, le temps nécessaire pour répondre à l'invitation.
Cette double surveillance de la fréquentation régulière des écoles professionnelles et de l'apprentissage à l'atelier a pour effet de prévenir de criants abus, d'avancer l'éducation professionnelle dans 1* mesure que le permet la situation actuelle de l'industrie et d'établir de bons rapports entre le maître et l'élève.
6. — L'Épreuve de l'apprenti. — La Lettre d'apprentissage. — L'Épreuve de la maîtrise.
L'article 97a, § 3, porte : « La corporation peut organiser les épreuves de l'apprentissage et de la maîtrise et délivrer des certificats. ))
Les principales corporations, notamment celles de l'industrie du
bâtiment et de rébénisterie et de la menuiserie, ont rétabli les épreuves du compagnonnage et de la maîtrise.
L'apprenti doit, vers la fin de sa période d'apprentissage, se soumettre à une épreuve pratique et théorique. Nous avons vu fonctionner les opérations de l'épreuve, grâce à la bienveillance du syndic de la Corporation des maçons et des charpentiers de Brème. La question pratique était la suivante pour les apprentis maçons : faire le dessin et l'exécution d'un mur d'une brique et demie d'épaisseur avec arc de décharge. Après que les jeunes gens eurent fait le tracé coté, ils furent conduits par la commission des apprentis sur le chantier d'une maison en construction pour exécuter le travail.
Pour les charpentiers : faire le tracé coté d'un comble à la Mansard avec lucarne et indiquer sur place le commencement d'exécution .
L'épreuve orale portait sur les matériaux, leurs propriétés et leurs défauts, le calcul, en un mot, sur les branches élémentaires des écoles professionnelles du degré inférieur.
Les épreuves sont la sanction des études ; si l'aptitude pratique de l'apprenti est jugée insuffisante par la commission spéciale, celle-ci peut prononcer le prolongement de l'apprentissage de 3 mois à 1 an. Si la commission acquiert la preuve que l'insuffisance de l'éducation professionnelle de l'apprenti est imputable au patron, elle décide que le jeune homme achèvera son apprentissage chez un autre patron, et elle peut priver le membre en défaut du droit de former des apprentis; à l'exemple des anciennes corporations, elles se montrent dans ce cas sévères envers le patron.
Lorsque, au contraire, l'apprenti satisfait aux conditions de l'épreuve, il est rayé du rôle des apprentis et il reçoit ses lettres d'apprentissage en assemblée générale solennelle de la corporation.
Nous avons eu l'occasion d'assister à une de ces séances àiBrême et nous avons été frappés du cérémonial impressionnant de simplicité dans lequel se fait la réception des nouveaux membres et la délivrance des lettres d'apprentissage.
Après que le syndic eut donné connaissance à l'assemblée de l'épreuve satisfaisante des apprentis, les intéressés furent introduits. Dans une allocution grave, le syndic les exhorta à continuer sans relâche le perfectionnement de leurs aptitudes, leur traça le devoir de continuer à fréquenter les écoles spéciales, leur montra l'avenir ouvert à ceux qui se distinguent dans leur travail, leur expliqua la signification de la cérémonie et puis leur donna le
coup de main (Handschlag) sacramentel et leur remit leurs diplômes en double : un diplôme de luxe pour l'encadrement, et un carnet pour l'usage journalier. Ces documents portent :
FÉDÉRATION DES CORPORATIONS DE LTNDUSTRIE DL BATIMENT
DISTRICT DE LA PRUSSE OCCIDENTALE
Lettre d'apprentissage.
L* apprenti LIPPERT, de Steglitz, a fait son apprentissage complet pour la maçonnerie diez le maître-maçon Muller, membre de la Corporation de Brème.
Comme preuve de sa capacité, et sur lu proposition de la Commission des apprentis, il lui a été délivré la présente lettre d'apprentissage.
En faisant tous les vœux pour le bonheur de sa carrière, nous le déclarons COMPAGNON.
La Corporation de VindustHe du bâtiment de Brème :
Le Syndic, Le Secrétaire,
Le Patron,
(S.) MULLER
Sans exagérer l'importance de ce cérémonial quelque peu romantique, nous pensons que la corporation rend des services considérables et fait une grande œuvre d'humanité; elle résout, au lieu et place de l'Etat, la grave question de l'apprentissage et assure ainsi l'avenir des industries manuelles.
Grâce aux corporations, l'apprenti n'est plus cet être malheureux, exposé aux hasards de la vie, abandonné à sa faiblesse; il est entouré de sollicitude et son éducation se fait dans les conditions les plus favorables. Dès son entrée dans la pratique du métier, la corporation le protège ; elle veille à l'exécution ponctuelle du contrat d'apprentissage, contrôle la nature des travaux que lui enseigne le patron ; elle constate, au moins annuellement, les progrès réalisés et, comme sanction de ses études, elle le soumet à une épreuve sérieuse et lui délivre ses lettres d'apprentissage.
Ce certificat est un titre précieux, valable dans tout l'empire allemand ; le jeune compagnon trouve un accueil bienveillant chez les corporations fédérées de toutes les villes allemandes; le patron qui l'engage peut juger d'emblée de ses aptitudes et lui donner une occupation conforme à ses connaissances; car les déclarations des corporations sont sincères et fournissent généralement une garantie parfaite de savoir théorique et pratique.
Nous nous sommes enquis de la situation des compagnons ayant fait leur apprentissage sous la protection de la corporation. La plupart passent ouvriers après une année de compagnonnage et se livrent avec ardeur à Tétude de leur métier. L'éducation morale et technique des corporations porte ses fruits; aussi, ses plus ardents détracteurs ne lui contestent-ils pas son rôle bienfaisant dans le relèvement du travail.
Les Etats allemands apprécient si bien l'action salutaire de la corporation qu'ils n'ont pas hésité à rendre les prescriptions des statuts, en matière d'apprentissage, valables même pour les patrons qui ne font pas partie de la corporation ; ils ont fait un grand pas vers la corporation obligatoire en faisant intervenir les patrons étrangers dans les frais de l'enseignement (100 F § 2) (1), en octroyant à la corporation le monopole de l'apprentissage (100 e §3) (1).
Les corporations, de l'avis conforme des autorités supérieures, peuvent statuer que les prescriptions de la corporation, relatives à l'apprentissage, à l'éducation et à Tépreuve des apprentis, lient les patrons ne faisant pas partie de la corporation.
Les corporations rendent de grands services à l'Etat, dont ils sont les véritables organes. Celui-ci leur délègue une partie de la puissance publique et leur accorde le monopole de l'apprentissage et la personnification civile ; on songe même à rendre les corporations obligatoires pour leur donner plus de stabilité et plus de force. L'État se décharge sur les corporations du souci de l'organisation du travail dans la petite industrie ; il leur octroie le pouvoir de créer toutes les institutions qui peuvent faire progresser la culture professionnelle tant des patrons que des ouvriers ; il leur confie le soin de surveiller l'exécution du contrat du travail et de l'apprentissage, de régler les différends entre les patrons et leurs ouvriers, d'instituer des caisses de secours et dé chômage, et il les charge spécialement de l'éducation complète des futurs ouvriers. L'organisation du travail par les patrons et par les ouvriers se trouve ainsi réalisée.