‹ Étude sur les embolies de l'aorte abdominaleChapitre 28 sur 35 · EMBOLIE DE L'AORTE ABDOMINALE CHEZ UN CONVALESCENT DE FIÈVRE TYPHOIDE · texte numérisé non relu

EMBOLIE DE L'AORTE ABDOMINALE CHEZ UN CONVALESCENT DE FIÈVRE TYPHOIDE

D. 26 ans, soldat au 14° régiment d'infanterie, entré à l’hôpital de Vincennes le 20 juillet avec les symptômes d’une fièvre typhoïde. Malgré la gravité de l'affection, le 10 août, le malade, quoique très faible, pouvait être considéré comme convalescent.

. Le 24, après une courte promenade dans les jardins de l’hôpital, il sentit tout à coup ses jambes fléchir et il s'affaissa instantanément sous lui-même. A la visite du lendemain, le malade légèrement prostré, accusait seulement une grande faiblesse dans les membres inférieurs, surtout à droite. On constata alors un abaissement considérable de la température, principalement du côté droit, l’abolition complète du mouvement et de la sensibilité, beaucoup moins émoussée cependant dans le membre gauche. Les battements de la poplitée et de la fémorale avaient disparu à droite. À gauche, on sentait sous le doigt un léger frémissement. Le cœur n’offrait rien d'anormal à l’auscultation. Les bruits étaient

seulement faibles et lointains, mais l’état profondément anémique du malade semblait expliquer ces particularités.

Trois jours plus tard, une coloration rouge brun, qui devint successivement livide et enfin noire, apparaissait sur le pied droit etenvahissait bientôt les 2/3 inférieurs de la jambe.

Au bout de quatre semaines après l'accident, le pied droit était noir, racorni, d’une dureté ligneuse, il était momifié. Quant à la jambe qui avait été envahie toute entière jusqu’au niveau de la rotule, elle présentait ces divers caractères, mais à un moindre degré. Donc gangrène sèche de la jambe droite. Le membre gauche dont la température et la sensibilité n'étaient pas entièrement abolies, n'offrait qu’une seule plaque gangréneuse au dos du pied.

Autopsie. — Les intestins conservaient les traces d’une fièvre typhoïide grave. Huit plaques de Peyer, groupées au niveau de la valvule ilio-cœcale, étaient profondément ulcérées, sans tendance à la cicatrisatiou. Dans le côlon ascendant, une douzaine de plaques ou de follicules isolés.

Le cœur est petit et paraît atrophié. Oreillettes normales. La cavité ventriculaire droite n’a pas de lésion, mais elle est rétrécie, vide de sang. À l'ouverture du ventricule gauche, on remarque un énorme caillot, de la grosseur d’un œuf de poule, remplissant la cavité ventriculaire. Il est blanc jaunâtre, élastique, résistant et très adhérent aux parois du cœur. Il mesure six centimètres dans son plus grand diamètre, cinq dans la partie correspondante à la base du cœur et quatre au sommet, Son poids est de 40 grammes.

Les valvules auriculo-ventriculaires et aortiques sont saines. Pas de lésions dans les parois du ventricule.

A la partie inférieure de l’aorte abdominale, on trouve un caillot long de six centimètres et bouchant à peu près complètement le calibre de l’artère. Au niveau de la bifurcation de l’aorte, il se bifurque lui-même et envoie un prolongement de un centimètre dans l'iliaque primitive droite. A gauche on trouve aussi un prolongement de six millimètres insuffisant pour remplir entièrement le calibre du vaisseau.

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Le caillotest blanc jaunâtre, résistant, et présente en un mot tous les caractères de celui rencontré dans le cœur. Il n’adhère pas aux parois de l'artère, qui d’ailleurs sont saines (pas d'adhérence, pas d'injection inflammatoire).

En continuant la dissection de l’iliaque et de la fémorale droites, on trouve le calibre du vaisseau bouché dans toute Sa longueur par un cylindre lie de vin, assez résistant, mais dont la consistance ne saurait être comparée à celle offerte par le caillot décrit plus haut.

L'artère ‘iliaque gauche est vide de sang et diminue de volume. Elle présente à peine le calibre de l’humérale. | L'hypogastrique droite, à sa naissance, offre un caillot de un centimètre analogue à celui de la fémorale, Ses nombreuses branches sont complètement perméables. À gauche, les artères du bassin ne présentent aucune particularité.

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