OBSERVATION XIX
Publiée par Deroyer, dans la Gazette des Hôpitaux, 1880.
ÉMBOLIE DE LA PARTIE INFÉRIEURE DE L'AORTE, DIX-NEUF JOURS APRÈS L'ACCOUCHEMENT. GANGRÈNE DE LA PARTIE INFÉRIEURE DE LA JAMBE DROITE. PLAQUES GANGRÉNEUSES À LA JAMBE GAUCHE. MORT VINGT-QUATRE JOURS APRÈS LE DÉBUT DES ACCIDENTS.
D..., 22 aus, primipare, accouche heureusement le 13 juin, d’un enfant bien portant, après un travail de 24 heures.
Le 19 juin, un peu de douleurs dans la fosse iliaque gauche. Etat du pouls 120. Suppression de l'allaitement. Onctions sur le ventre avec de l’onguent mercuriel belladoné. Cataplasme. Sulfate de quinine, un gramme par jour.
LRQ ARE
Le 20 juin. La fière continue, mais le ventre est souple, non ballonné. L’appétit revient.
21-22. Plus de fièvre. Une constipation datant de trois jours, nécessite l’emploi d’un lavement à l'huile de ricin qui est donné le23 au matin. Ilne produit que vers deux heures de l'après-midi une évacuation difficile, et pendant les efforts de défécation, D... pousse tout-à-coup un cri et se plaint d’une violente douleur dans le bas-ventre. Figure anxieuse. Respiration fréquente. Pouls 120°. Cependant le ventre est souple, insensible à la pression. Les lochies sont normales, sans odeur et le toucher montre que la matrice et ses annexes ne sont le siège d’aucun travail inflammatoire. Les battements de cœur sont nets, réguliers, et le bruit respiratoire est normal dans toute l’étendue des poumons, Les frictions mercurielles belladonnées sont reprises et dès le lendemain la douleur a disparu. La fièvre ne cesse que le surlendemain.
27 juin. Dans la nuit, D... se plaint d’une douleur très vive dans le flanc droit un peu au-dessous du foie. Les mêmes accidents : fièvre, altération des traits, respiration anxieuse se reproduisent, sans que pour cela le ventre se ballone ou devienne plus sensible à la pression. Peu à peu la douleur s’apaise sous l'influence des narcotiques,
4er juillet. L'état général s’est tellement amélioré qu’on peut considérer la malade comme entrant en convalescence.
2 juillet. Elle se lève pendant quelques heures, se place sur un fauteuil et se recouche ver trois heures de l’après-midi. Appétit excellent. Vers neuf heures du soir, elle est prise de douleurs terribles dans les deux jambes. La malade est dans un état d’agitation extrème. Elle pousse des cris et fléchit continuellement les cuisses sur le bassin, puis les étend sur son lit. Elle se plaint de douleurs intolérables dans les deux membres abdominaux à la fois, qu’elle dit ne plus sentir et qui sont comme morts. En effet, dans les mouvements de flexion des cuisses, les jambes entrainées par le mouvement restent inertes. Leur sensibilité tactile a un peu diminué. Les traits sont altérés, les yeux caves et le pouls bat 130, Rien
d’anormal au cœur et aux poumons. Les pulsations des deux fémorales ont disparu. On sent les battements aortiques jusqu'au voisinage de l’ombilic. Deroyer porte le diagnostic d'embolie de l’aorte abdominale. En exerçant des pressions le long du trajet de l’aorte et à sa terminaison, à travers la paroi abdominale déprimée, il essaie de dissocier le caillot et de répartir ses fragments dans des branches artérielles de moindre importance. Ces tentatives sont faites pendant quelques minutes et peu à peu les douleurs se calment et la malade peut goûter du repos.
3 juillet. Pouls 132. Une eschare, sèche, dure, brune, large comme la paume de la main, sur laquelle se dessinent des arborisations vasculaires, s’est développée à la partie antérieure du genou gauche, Les pulsations des fémorales sont toujours imperceptibles. Les manœuvres de la veille sont recommencées et on peut constater séance tenante, la réapparition du pouls fémoral. Plusieurs fois dans la journée les pulsations faiblissent et sont ranimées de la même façon.
4 juillet. Une large phlyctène a envahi le creux poplité gauche. Les jambes se sont un peu refroidies. Boules d’eau chaude aux pieds. Frictions sêches. Potion avec éther et morphine. 150 gr. de pulpe de viande crue constituent le traitement. Le soir, les douleurs reviennent par intervalles dans les deux membres mais les pulsations persistent dans la fémorale gauche, tandis qu’elles ont disparu à droite. On recommence les frictions le long de l’iliaque primitive du côté droit et les pulsations reparaissent pendant deux à trois heures après chaque nouvelle friction, puis s’éteignent de nouveau. La partie externe et antérieure de la jambe droite commence à se recouvrir de plaques violacées. Frictions toutes les 1/2 heures sur ces parties jusqu’à réapparition de la couleur normale.
5 juillet. Nouvelle eschare grande comme les précédentes au mollet gauche, les plaques violacées augmentent à droite. Cependant les frictions réussissent encore à les faire disparaitre,.
Roussez 7
6 juillet. La circulation se rétablit un peu par la fémorale droite dont on a encore peine à percevoir les battements. À gauche l’artère bat d’une façon très appréciable. La couleur lie de vin de la partie inférieure de la jambe droite s’est accentuée, se fond en une même teinte et remonte à 15 cent. au dessus des malléoles, où elle se termine par un rebord net et festonné. É
7, 8, 9 et 10 juillet. — Des phlycténes apparaissent sur’ la jambe droite. +
A partir du 15, toutes les tentatives faites dans le but de rétablir la circulation dans la fémorale droite restent infructueuses et la portion mortifiée prend de ce côté une couleur charbonneuse. En même temps, un travail éliminatoire se prépare et la partie inférieure de la cuisse.et supérieure de la jambe devient le siège d’un gonflemement œdémateux. À gauche, les plaques gangrèneuses cessent de s’accroître, mais leur pourtour ne présente aucune trace du travail réparateur qui se dessine de l’autre côté. L’état général s’est amélioré quelques jours après le début des accidents. Les douleurs sont moins vives. Il y a du sommeil et la malade prend chaque jours 150 gr. de pulpe de viande et une notable quantité d'aliments ordinaires.
23 juillet. — La malade est prise de délire, Puis surviennent de la fièvre, des soubresauts des tendons. La langue se séche et le ventre se météorise. Ces accidents vont en s’aggravant jusqu’au 26 juillet, où la malade succombe.
Pas d’autopsie.