‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 10 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

champ des imagfinafioiis, et n'est folie iiy resverie qu'ils ne produisent en celte agitation,

Yl'IiiI îPjjri soiniija, vaiiiie Fiii{i[iintiir ipccics '.

L'ame qui n'a point de but estably, elle se perd.

Voltaire imitant Montai(;ne, a dit :

S'occuper, c'est savoir jouir; L'oisiveté pèse et tourmente.

L'âme est un feu qu'il faut nourrir Et qui s'ctcint, s'il ne s'augmente.

Cernieremcnt que ie me retiray chez mov, délibéré, autant que ie pourroy, ne me mesler d'aultre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie; il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, qiie de li' laisser en pleine oysifveté s'entretenir soy mesme, et s'arrester et rasseoir en soy, ce que i'espcroy qu'il peust meshuy faire plus ayseement, devenu avecques le leinps plus poisant et plus meur : mais ie Ireuve qu'au rebours, faisant le cheval eschappé, il se donne cent fois plus de carrière à soy mesnie qu'il n'en jsrenoit pour aultruy; et m'enfante tant de chimères et de monstres fantasques les uns sur les aultres, sans ordre et sans propos, que, pour en contempler à mon avse i'ineptie et l'estrangeté, i'ay commencé de les mettre en ! colle, espérant avecques le temps luy en faiie honte à lui mesme.

C'est ainsi qu'en prétendant dévoiler au public

' Se forfjeant de.=! chimère^ qui ressemblent aux sonfjes d'un malade. IIoRACK, Ail poétique.

les faiblesses, les cliimères et les folies de sou esj)iit, Montaigne a manqué le but, ce qu'il savait parfaitement, et a fait un livre immortel.

Ce passage que nous veiions de citer ne s'adresset-ii pas à plus d'un d'entre nous qui se sont fait à l'avance un charmant tableau des douceurs de la retraite, se promelfant bien de ne se niesler (Vaultre efiose que de vime en rejjos et ii l'art, puis n'ont trouve'' en échange de ces séduisantes illusions que le trouble de l'esprit, les chimères incessantes de l'imaginalion, une tendance malsaine à tout examiner et à trouver que tout est mal? Mieux ^aut cent fois la vie active, occu|)ée ; mieux vaut robli(;alion de travailler que la liberté de ne rien taire.

Onand je relis ces pages de Montaigne, si remplies d'observations vi'aies , ])rises sur natnre , étudic'cs avec l'aj^plication d'un esj)rit profond et merveilleusement élncidées, je pense au mot de Pascal : « (le n'est pas dans ]\î()ntai(;ne, disait-il, c'est dans » moi qne je trouve ce que j'v vois. » M. iNisard observe avec raison qu'il y a de tous les hommes dans cet homme, et (ju'il s('nd)le avoir senti tous les mouvements, passé par toutes les contradictions de notre nature.

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