‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 13 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

J'adversaire qui parle, rompent le fil de ses pensées, et l'empêchent de les exprimer nettement.

Ici Montai^jne, en quelques traits fins et délicats, définit l'esprit de conversation, et fait bien voir le milieu dans lequel il a besoin de se mouvoir et de se pénétrer de celte chaleur douce et communicativc sans laquelle il languit et se meurt.

Je co(juoy par expérience cette condition de nature, qui ne peult soiistenir une velienientc premetlitation et laborieuse : si elle ne va [javenient et librement, elle no

va rien qui vaille Elle veult estre non pas secouée,

mais solicitée; elle veult estre eschauffee et rcsvcillec par les occasions estrangeres, présentes et fortuites : si elle va toute seule, elle ne faict que traisner et languir; l'agitalion est sa vie et sa grâce. le ne me tiens pas bien en ma possession et disposition; le hazard v a plus de droict (pie moy : l'occasion, la compaignie, le bransie mesuie de ma voix, tire plus de mou esprit, que ic n'y treuve loisipie ie le sonde et emplove à part moy. Ainsi les paroles en valent mieulx que les escripts, s'il y peult avoir chois où il n'y a point de prix. Cecy m'advient aussi, que ie ne me treuve pas où ie me cherche; et me treuve plus par rencontre que par inquisition de mon ingénient

N'est-ce pas là, en effet, l'esprit de conversation qui a besoin d'être sollicité, échauffé par les occasions étrangères , présentes et fortuites, qui ne se trouve pas oit il se cherclie et se trouve plus par rencontre? Ainsi, en parlant de lui-même, Montaij;ne décrit

à merveille le tempérament de ces brillants esprits (jui donnèrent une juste renommée h nos salons, au temj)s où l'on y causait.

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