CHAPITRE XVIII
DU DESMENTIR,
Avant de s'occuper du titre de ce chapitre, Montaigne croit devoir repondre au reproche qu'on lui fait de parler trop souvent de lui :
Voire mais, on me dira que ce desseiii{r de se servir de sov, pour subiect à escrire, seroit excusable à des hoiniiies rares et fameux, qui, par leur réputation, auroieiit donné quelque désir de leur cojjuoissance. Il est certain, je l'advoue et sçais bien, que pour veoir un homme de la commune façon, à peine qu'un artisan levé les yeulx de sa besongne ; là où , pour veoir un personnage grand et signalé arriver en une ville, les ouvroirs et les boutiques s'abandonnent. 11 messied à tout aultre de se faire cognoistre, qu'à celuy qui a de quov se faire imiter, et ducpxel la vie et les opinions peuvent servir de patron
J'interromps ici l'auteur des Essais et je prétends, au contraire, qu'il y a beaucoup de choses excellentes à imiter dans sa vie et à prendre dans ses opinions. Les circonstances se prêtent très-excej)tionnellement à l'imitation des hommes (pii se signalent à l'attention publique par des faits éclatants. ^lais il nous est possible de nous rapprocher des moralistes de tous les
5Ô() É 1 U 1) 1-: s ( 1 P, LES ESSAIS DE ?kl 0 M' A 1 ( ; .\ E .
temps et (\c tous les pays, (\m ('clairent notre i-aison el sont m s meilleurs ^f;iii(les ilans le chemin delà vie. Si nous ne laisons pas tout ce qu ils nous conseillent, consolons-nous en j)ensant (ju'il en a été de même pour eux, el cpie sf)uvent leius actions sont restées au-dessous de leurs écrits. Ceux rpii, ainsi que iMontaigne, ne nous demandent ])as l'impossible, sont les meilleurs. On dit sa morale trop facile. Ce n'est j)as mon a\is. Elle sulfit lar(jement à Taire des liommes honnêtes, indulgents et sincères. One demander de plus?
Je rej)rends ma citation :
Ccii.u- et Xenoplon ont en de <pioy l'oiider et feriuir Icin- nair;ition, eu la grandeur de leurs laids, comme en Mlle base iiiste el solide : ainsi sont à souhaiter les papiers i()nni;in\ (bi .'[laiid Alexandi-c, les coinnientaitt'S qn'An- ;;nsle, (lalon, S\jla, lîrndis, cl anitres avoient laisse/, de Icnis jjesles : de l(dles j",en(s. on aime et estudie les iij;ares, en (•ni\ jc niesine et en piciie.
Celte rcmonlian<'e est (lesviaye: mais elle ne me louche que bien |)en le ne dresse pas iey nne slatne à
planter an (iii.u n'Ioni (bnne ville, on dans une e[jlise, ou
place pidibc(pie : c'esl |)oiu le coiny d'une librairie, el
|)onr en amn-er un voisin, un pareiil, i\i\ amv, qui ani'a plaisir à me raccoinler el rej)raciiqner en cett' ima;;e
(jnel conlenlemenl me seroit ce d'oiin- ainsi (pielqu'nn (jiii i!ie reciiasi les mo'nis, le \isa;;(', la conlenance, les pins coinmunes paroles, et les fortunes de mes ancesires! cond)ien i\ serois allenlif! Vravemenl cela p.uliroil d'une