‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 146 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

» de celte nation sur l'excellente constitution de son » gouvernement par ra])port aux nations étrangères » et sur les grands exemples de vertu fournis par » les premiers siècles de la lépublique , empêche la » plupart des gens de faire attention que dans tous » les temps la discorde a régne dans le sein de Rome : )) que depuis que la république eut atteint une ccr- " taine étendue, presque tous ces personnages qu'on ,)' nous vante ne sont pas moins fameux par des vices » énormes que par de brillantes vertus rassemblées » très-communément dans les mêmes sujets; et que w leur basse cupidité avilissait au dedans la majesté » de l'Etat, qu'ils relevaient eux-mêmes au dehors ') par les talents qui éblouissent le vulgaire '. »

Gomme atténuation de cette grandeur romaine qui m'a toujours paru avoir été surfaite, je ferai observer qu'il y eut de tout temps à Rome, en nombre considérable, des esclaves par naissance, ou, précisons mieux, des habitants nés à Rome qui, de père en fils, étaient et restaient esclaves. Or il n'y a pas de grand peuple, dans toute l'acception du mot, avec de pareilles institutions sociales. Les républiques à esclaves des sociétés païennes ne nous représentent pas ce qui constitue une nation, c'est-à-dire une réunion de citoyens libres, avec les mêmes lois pour tous, sans

* Vie de Sallusle, \K\i le président UE DnossES.

27() ETUDE SUR LES ESSAIS DE Mo M A IGNE.

exception. La Grèce et Rome luieML de ])iiissaiites olifjarchies, rien déplus, et leur .'jraiideur s'abaisse devant l'idée chrétienne, (jui a dit que tous les hommes sont frères. Idée simjde et sublime ii la lois ! ]']lle tlomine tout ce qui a été fait de(jrand et de beau jusqu'à nos jours, et renferme tout ce qui sera fait dans l'avenir pour le ])ro/>rès véiitable et le bonheur possible de riunnanité. Sans inéconnaitre les faits mémorables accomplis par les (jiecs et les llomains, on peut dire avec raison (jue l'œuvie des civilisations anciennes est de tout point inlérieurc ii celle du christianisme.

CTIAPITP, i: xxv.

i)i: m; cuNir, EFAiiiK le m a la ni.

Une épiyrannne de Martial commence ce chapitre; une lettre de Sénèque le finit. La lettre est des meilleures, ainsi que la traduction (pie nous en donne Montai[jne.

Jl v a un epijjraininc en ^lartial, «jui est des bons, car il V en a cliez liiv de toutes sortes, on il récite i)laisamment l'histoire do Celius, qui, ponr liivr à faire la court à quelques f^rands à Rouie, se trous er a Iciu- léser, les assister et les suvvre, fait la mine d'avoir la goutte; et.

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pour KMidre î-oii excuse [iliis viayseiiiljl;il)]e, se faisoit oiiulic les iaiiilies, les a\(»it enveloppées, cl contrefaisoit entierenieut le port et la coulenance (riiii lioinine p^outteux. Euliri la fortune lui feit ce plaisir, tie le rendre goutteux tout à Ihict.

TaïUuin cura polest, et ais doloiis !

Desit fiiifjere Cœliiis poila{;iain '.

Voici la citation de Sciièque : c'est une lettre adressée à Lucilius :

« Tu sçais (|ue Harpasté, la folle de ma femme, est demeurée chi'Z nioy, pour charge héréditaire : car, de mon (joust, ie suis ennemy de ces monstres; et si i"av envie de riie d'un fol, il ne me le fault chercher ^'ueres loing, ie ris de moy mesme. Cette folle a subitement perdu la veue. le te recite chose estran(;e, mais véritable : elle ne sent point qu'elle soit aveugle, et presse incessamment son gouverneur de remmener, paice qu'elle dict que ma maison est obscure. Ce que nous rions en elle, ie te prie croire («u'il advient à chascun de nous; nul ne cognoist estre avare, nul convoiteux : encores les aveiudes (lemandiiil un guide; nous nous fourvovons de nous mesmes. le ne suis pas ambitieux, disons nous; mais à Kome on ne peult vivie aniirement : ie ne suis pas sumplueux. mais la ville leiiiiicrl une grande despense : ce n'est pas ma huille si if suis colcie, si ie n'av encores establi aulcuu train asseuré de vie : c'est la faulte de la ieunesse. ISe cherchons pas liois de nous uosde mal. il

l Voyez ce que c'est que do si l)ien faire le malade ! Célius n'a j)lu,s besoin de feindre qu'il a la ^'oiitlc. Maîmiai..

IG

est chez nous, il est planti' en nos entrailles : et rela niesnie, que nous ne sentons pas estre malades, nous rend la guarison plus malaysee. Si nous ne commenceons de bonne heure à nous panser, quand aurons nous pourveu à tant de plaves et à tant de niaulx? Si avons nous une tresdoiilce médecine, que la philosophie; car des aiiltres, on n'en sent le plaisir qu'aprez la guarison, cette cy plaist et guarit ensemble. " Voilà ce que dict Seneque, qui m'a emporté hors de mon propos; mais il y a du proufit au change.

Oui sans doute, il y a (hi profit h lire une pareille page, et il n'en faudrait ])as beaucoup comme cellelà pour faire un livre excellent.

CHAPITUE XXV L

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