LIVRE PREMIER
forcenée curiosité de nostre nature, s' amusant à préoccuper les choses futures, comme si e'.le n'avoit pas assez à faire à digérer les présentes.
Il cite Horace, qui pense comme lui :
PriKlens futuii teiiiporis exitiim Gali[;inosa nocte preuiit Deus ; Ritletque, si inortalis ultra Fas trépidât.
Ille potens sui
La^lusqiie deg^et, cui licct in diem Dixisse, vixi; cras vel atra iS'iibe poluin pater occupato, Vel sole puro'.
Lœtus in praesens animus, quod ultra est Oderit curare^.
Il cite Cice'ron, qui ne crovait pas au langage des oiseaux :
Nam istis, ([iii Hnguam avium intelligunt, Plusqne ex alieno iecore sapiunt, quani ex suo, Magis audiendum, quam auscultanduni censeo^.
1 Un dieu pi'udent cou\ rc! d'une nuit épaisse la marche future des temps, et se rît de I homme qui s'alarme au delà de ce qui lui est
jjcrmis Il vit heureiiK et maître de lui-même, celui qui peut dire
chaque jour : J'ai vécu; qu'importe que demain Jupiter couvre le ciel de nuages noirs, ou nous donne un jour serein? Horace, 0(le.i,Z.
^ Un esprit satisfait du présent se gardera Lien de s'inquiéter de l'avenir. Horace, Odes.
^ Quant à ceux qui entendent le langage des oiseaux, et qui con-
raiiaerov bifii mieiiîx lefjler inos afCaircs par le sort des dez que par ces songes
l'en veoy qui estudient et glosent leurs alnianacs et nous en alleguenl l'anctorité aux choses qui se j)assent. A tant dire, il Taiilt qu'ils disent et la v<'rité et le mensonge : qnis est cniin, qui toUim iltein inctilans non dUfjiiando codineetK le ne les estime de rien mieulx, pour les veoir tumber en quelque renconlje. Ce seroit plus de certitude, s"il v avoit règle et vérité à )iienlir toiisiours : ioinci que personne ne tient registre de leurs mescomptes , d'autant qu'ils sont ordinaires et infinis; et faict on valoir leurs divinations de ce qu'elles sont rares, incroiables, et prodigieuses. Ainsi respondit Diagoras, qui feut surnommé l'atlu^e , estant en la Samothrace, à celiiy qui, en Inv monstiant au temple force voeux et tableaux de ceulx qui avovent eschappé le nauf- Frage, lui dict : l'.li bien ! vous (jui pensez que les dieux iiH'tlent à nonclialoir les choses humaines, que dictes vous de tant d'hommes sauvez par leur grâce? Il se faict ainsi, respondit-il ; ceulx là ne sont pas |)eincts (pii sont deinouicz novez, en bien plus gran<l nombre.
Ce onzième cliapitro se termine par ime ingénieuse explication du démon de Socrate. Montai^jne dit
snlteiit l(; foie d'un :iiiiiii.il pliilol r|iir Iciii |)ro|)ie liiisoii, je pense (iii'il vaut iiiiiiix les <'coiiti'r (|ue Je les croire. C.icKltuN, De diviiiKlione.
' Quel est riioninir, en efi'ct, ijiii jiassaiU tout nn jom' ."i lancer des ficelles, ne tcniclie rjnchiuduis !e luit? CiCKi'.ox, !>!■ diriiKitiniif.
M\ r.K PII F. M IE!{. 2^1
spiiituellement que chacun de nous a son tlémon en soi, démon impérieux, faisant le bien, faisant le ma!, mais le plus souvent faisant ce qu'il veut : ce que dans les arts nous appelons l'inspiration n'est pas autre chose :
Le (humon de Sociales estoit à l'adventure certaine impulsion de volonlé, qui se prosentoit à Inv sans le conseil (le son discours ' : en une anie bien espuree, connue la sienne, et préparée par continu exercice de sagesse et de vertu, il est vrayseniblable que ces inclinations, quovque téméraires et indigestes, estoient tousiours importantes et di[;nes d'esti'e suyvies. Cbascun sent en soy quelque image de telles agitations d'une opinion prompte, véhémente et (ortnite