DE I.A CONSTANCE
I.a loi de lu resolution et de la constance ne porte pas que nous ne nous debvions couvrir, autant qu'il est en nostre puissance, des maulx et inconvénients qui nous menacent, ny par conséquent d'avoir peur qu'ils nous surprennent : au rebours, touts moyens honnestes de se
• Je ferai remarquer une fois pour toutes que le mot discours est fréquemment employé par >rontnif;ne flans le sens de ralwii, raisonnement.
;^;iKirantir des iii.hiIx sont non seulement permis, mais louables; et le imi de la constance se loue principalement à porler de pied ferme ses inconvénients où il n'v a point (le remède
Ce ne sont pas des A'érités l^ien nenvcs que dit là Montaigne. ^ïais il est excellent, à mon avis, de se rotiemper aux sources pures, aux vieilles vérités, [jisons les livres nouveaux, lisf)ns des journaux, on ne lit fjuère (pie cela aupjiud'hni; faisons charpie jour l)onne j)rovision d'idées paradoxales, d'actualités ])assi()nnées, de traits S|)irituels et mécliants, d'éphémères inanités; mais, poiu' Dieu ! je m'adresse ici aux hommes qui j)ensent et qui réflé('hissent , vous voyez bien que l'esj)rit est malade dans le temps où nous sommes; prenons-en donc un peu soin, comme aj)rès tout nous prenons soin du corps; donnons-lui de ten)|)s en tem})s une nourriture saine (jui le remette en étjuilibre, et lui ôte la fièvre et l'irritation. Pour cela je ne vois ])as de meilleur moyen que de revenir quelquefois aux vieux chefsd'œuvre, c'est-à-dire aux vieilles et éternelles véritt'S.
La fin de ce chapitre est une traduction d'Aulu- Gelle, et ])ose exactement la limite de la résistance qu'une àme ferme peut opposer aux maux et aux passions :