LIVRE SECO?!D
» c'est ([ii'il faut pcrsévfM'or dans ses excès, et qu'elle
w ne laisse aucune voie de retour à la douceur;
» c'est par les crimes qu'on parvient à soutenir les
» crimes. »
Tout ce qui est au delà de la moif simple ine semble pare ciiiaut*'
On lit dans le onzième cliapitre du livre II : " Quant » à mov, eu la iustice même, tout ce qui est au delà » de la mort simple me semble pure cruauté. » Cette proposition répétée deux fois fut blâmée h Rome, pendant le séjour qu'y fit Montaigne, f'ile devait d(;plaire en effet aux familiers de l'Inquisition chargés d'exécuter les pi^jenients Jes plus barbares, au nom d'une reli(jion de miséricorde et de paix.
Nostre iiisdce iie peult espérer que celuy que la crainte do mourir, et (fcstrc descapité, ou pendu, ne {j^ardera de faillii-, en soit empesché par l'imagination d'un feu laiiguissanf, ou des tenailles, on de la roiic
Une fois sur ce sujet, Montaigne nous raconte de belles horreurs, tl'est d'abord une Ié(}ère anecdote, une simple bouchée pour nous mettre en appétit :
losephe recite que pendant les guerres des Rom. uns en ludee, passant où l'on a\oit crucifié queKpies Juifs, tiois ioiirs V avoit, il recogneut trois de ses amis, et obteint de
les oster de là; les deux inonrurent, dict il, Faultre vescut eiicoies de[)iiis.
Cela li'cst ri('!i auprès de ce (|iii suit, et nous arrivons à des récits d'éjiouvautal)les suj)plices. Etait-ce un aj)[)el a !a curiosité du lecteur? Je ne puis le croire. ISIontaiyne n'avait (jue fiiire de recourir à de pareils uioyens, et cependant |e remarque (|u'il ne nous l'ait |)as pràce des détails les plus affreux, (le sont tles malheureux crnrdit's jxir le iiieint, d une disjK'usiilion si nKillcieiiscnient ordoniiiù' , que leur vie dura (iiiinze jours il celle inicjoisse; ou bien des chairs vivantes dc'chirées à belles dents par des afianiés (lu'on a laissc's trois jours sans nian^jer. Cela fait penser au iiK/rh re de saiiii Livin, un chef-d'œuvre de Uubens (jui est au Musée de Bruxelles, et (ju'on ne pcul voir sans frissonner.
(.H.\i>ni}i: xxN rs[.
TOi'TKS (;iiosi:s ont i,i;l;i! saison.
Ce 4iif? je vais dire n'a aiiciui raj)port avec le titre de ce chapitre et ne vient |)eut-étre pas (iu sa saison; mais j(.' tiens i\ le dire, et c'est la meilleure i-aison (jue je puisse donner.
LIVI'.E Sl-XO.ND. 287
Si INIonlaigne fait que ce livre ait un bon nombre (le lecteurs, il est probable que (juebjues-uns, beaucoup peut-être, tout en admirant ce que je cite, et cela met ma conscience en repos, trouveront ce qui est de moi écrit d'un style trop souvent famiMer, où le naturel peut être pris pour de la né(;ligencc. J'en contiens le premier et ne cherche pas h; moins du monde à m'excuser, vu que de ma part c'est un jiarli pris, .l'ai voulu qu'il en fut ainsi. J'ai voulu donner a celle étude le Ion de la causerie, et je n'ose ajouter qu'eu cela, de très-loin sans doute, j'ai ïmiU'i Montaigne, <pii, dans son livre immortel, n'a pas fait autre chose que causer avec le lecteur.
Et puis je crois que dans les arts, dans les lettres, le meilleur est de ne pas chercher à soitir de soi, et de suivre sans effort, sans résistance, son tempérauient d'esprit. Même à de grandes distances de temps, il y a toujours beaucoup de ressemblance ejilre le premier ouvrage d'un peintre, d'un écrivain, et le dernier. L'étude, le travail perfectionnent, mais ne transforment pas, et les hommes de talent parviennent à une limite qui leur est tracée par leurs aptitudes plus ou moins heureuses, ne la dépassent pas, et restent jusqu'à leur dernière œuvre avec les qualités et les défauts qu'ils avaient à leur début. Seulement, grâce à la volonté, à l'expérience, aux sujets
clc> comparaison qui éclairent, les défauts diminuent et les (juidités augmentent. ^lais telle est la force des impulsions naturelles et indépendantes de la volonté, (pie c'est fjuelrpiefois le contraire qui arrive; les délaufs au[]nientent, les qualités diminuent, et cela sans cause étrangère venant exercer une nuisible influence. On se dit : « Un tel promettait! Voyez ce )) (111 il (ait maintenant! » En un mot, nous avons beau laire, au moral de même (pi'au phvsi(pie, la mesure est répartie d'avance à chacun de nous, et, comme l'a dit d'une façon j)laisant(' et viaie un s])irituel auteui' de notre temj)S, nous sommes les esc/avcs (le iiolrc ccoiiomie.
lit maintenant je reprends mes citati(jns. J'en ai peu a faiie de ce vingt-huitième chapitre, (jui n'a (pie liois pag(,'S.
MonlaigiK,' traite d'enfantillajje rardciir ([ue uiit
dans son cxlrcme \ieillessc Caton le Censeur à ap-
pr(Muhe la langue grec(jue :
Toutes clidscs ont leiu' saison, h s b(jiiii('s cl (ont;
cl ic jiiiis (lire mon palcnostie hors (\c propos; comme on dctcra T. (jiiiiiliiis Flaminiiis de rc iprcstaiit jjcneral (l'armcc, ou l'avoil vcn à quartiei', sur ri)enredn conilici, s'aiiiiisaiil à piici- hicn, en une bataille ([ii'i! ;;ai;;na.
liii|j(jiiil liiicjji ^.ijilciis el rcljiis lionc^lis ' .
' Lf >'i{5<' {j^udc iiiic iiiesiiie iiii'iiii' dans les cliu^es IkjiiiicIc.s.
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