‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 159 sur 250 · lOlRDAI · texte numérisé non relu

lOlRDAI

La morale?

LE MAtTKE J)l. PHILOSOPlIll..

Oui.

M. .lOt liDAIX.

Qu'est-ce qu'elle dit, cette morale?

LF. MAITRE J)F, PHILOSOPHIE.

Elle Iraite de la félicité, enseigne aux liommes à modérer leius passions, et

M. .lOliRDAIN.

Non, laissons cela : je suis bilieux comme tous les dia-

blés, et il n'y a inorale qui tienne; je nie a eux niedre en colère (ont mon soûl qiuiiul il m'en pienJ envie.

Montaigne indi(|ne ici ce (jiio doit faire le maître de la maison, afin que son autorité soit |ustement respectée. Il n'est jxjint de j)ère de famille qui n'ait intérêt à lire ces conseils ponr en faire son profit :

l'adxertis eenlx (jui ont lov de se pouvoir courroucer en ma faniille : Premièrement qu'ils mcsnafjent leur cliolcrc, et ne fespiinclent pas tout à prix, car cela en empesclie l'elTeet et le poids : la ci iailli'iie téméraire et ordinaire passe eu usajje, et laicl que cliascun la mesf)iise; celle que vous emplovez eonlre un serviteur pour son larrecin ne se sent point , (r.iut;ni( <|ue c'est celle luesme qu'il vous a veu employer cent fois contre luv, pour avoir lual reinsé lui verre, ou mal assis une escabelle : Secondement, qu'ils ne se courroucent point en l'air, et re^jardent <pie leui- repicliension arrive à celuv de (pii ils se plaiffuenl; c.ir ordiiiairtMuent ils client avant (|u il soit eu leur présence, et durent à crier, un siècle aprez qu'il est ])arlv

Quand ie me courrouce, c'est le j)lus \ifveiiient, mais aussi le plus lnielvcmeiit et secielemenf, que ie jiiiis : ie me perds liieii en vistesse et eu violence, mais non pas en trouhie, si que i'aille iectant à l'abandon et sans cliois toutes sortes de paroles iiiiurieuses, et que ie ne rejfarde d'asseoir pertinemment mes poinctes où i'estime qu'elles blecent le |)lus; car ie n'\ employé comnumement que la lanjjue. Mes valets en ont meilleur marché aux grandes

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occasions qu'aux petites : les petites me surprennent; et le uiallieur venlt que depuis que vous estes dans le précipice, il n'iiiij)orte qui vous avl donné le bransle, vous allez tousiours iusques au fond: la clieule se presse, s'esmeuf, et se haste d'elle mcsnie. Aux fjrandes occasions, cela me paye qu'elles sont si iustes, <{ue cliascun s'attend d'en \e()ii' naisfre une raisonnable cliolere; ie me {jloriPie à tromper leur attente : ie me bande et prépare contre celles cy, elles me mettent en cervelle, et menacent de m'emporter bien loin^j", si ie les suyvois; ayseement ie me (jarde d'y entrer, et suis assez fort, si ie l'attends, pour repoulser l'impulsion de cette passion, quelque violente cause qu'elle aye : mais si elle me preoccujie et saisit une fois, elle m'enqiorte, quelque vaine cause qu'elle ayt

Quelle finesse et quelle vérité d'observation chins cette étude que Montaigne fait ici sur lui-même ! Pour lutter contre l'impulsion de la colère, il ne redoute pas, nous dit-il, les grandes occasions; mais les petites le surprennent. Wïen n'est plus naturel et ne représente mieux un des traits généraux du caractère de l'homme, quel que soit le milieu dans lequel il se trouve. En effet, à une occasion sérieuse et prévue, il ne nous est jnts impossible de supporter sans colère, sans perdre notre sang-froid, un mauvais procédé, une injustice, une parole imprudente. Nous nous étions armés d'avance d'une volonté patiente et froide. Mais que le moindre incident tout à fait inat-

;î02 ETUDE SUR LES ESSAIS DE MO.MAIG.NE.

tcntlii vieoDe nous sur])renclfe, une insignifiance, que sais-je? le dîner en retard ou mal prépare, une observation sur un rien ne touchant pas juste, lui mol (lit maladroitement sans intention de blesser, nous nous irritons, l'impatience lait place à la colère, IN'tincelie devient llanuue, et voilà notre repos et celui des nôtres tronblf- , et même sérieusement (|U('l(pu;lois, en raison de la loi ('tcinclle des petites causes produisant tle (grands etïets.

CKAPlTHi: XXXll.

ni;Fi.NSi': de seneque et ije PEUTAisgrE,

La lainiliarité que i'av axecques ces p(MSoniia;|es icv, et l'assistance qu'ils ("ont à ma \ ieillessu, et. à mou li\re massonué purement de leurs (les[)Ouil]es, in'obliye à esj)Ouser leur iioniieiir.

Montaigne coût i mu.' en l'aisant de Sénècpie un élo(fe exagén'". Jl invo(pie uu peu à tort le témoipnajje de Tacite, qui plus d'uiu- b)is l'a sévèrement blâmé. <Jue S('nèque, au milieu du luxe et des richesses, réj)ète avec une sincérité douteuse l'éloge de la pauvreté, je ne vois la cpi'ime a{;r(''able plaisanterie d'un pliil(jso[)he peu prali(]uaul. D'ailleurs son ;;rand ta-

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