‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 160 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

k'iil d'observateur du cœur humain le place au premier raujj parmi les moralistes. Mais ce qui est grave, ce qui lui ôte tout droit à être traité de persomiage trèsrexceUent et très-vertueux , comme nous le présente Montaigne, c'est d'avoir été dans sa conduite et dans plusieurs de ses écrits l'adulateur de Néron, jusqu'à faire l'apologie de son parricide.

Quant à Plutarque, qui, heureusement pour lui, n'a pas eu de rôle politique à jouer, sa cause est meilleure. Montaigne le défend d'abord contre Jean Bodin, écrivain du seizième siècle, qui accuse Plutarque d'ignorance et lui reproche d'avoir escrijU souvent des choses incroyables et fabuleuses. Le reproche est passablement mérité. Mais ^lontaigne n'est pas de cet avis, et considère comme conformes à la vérité plusieurs faits qui peuvent paraître pour le moins invraisemblables. Par exemple, Jean Bodin ne veut pas croire qu'un enfant de Lacédémone se laissa deschirer tout le rentre à un regnardeau (lu'il avait desrobbë, et le tenoit caché soubs sa rohbe iusques à mourir plustost que de descouvrir son lajrecin.^' Montaigne trouve cet exemple mal choisi. Nous ne le suivrons pas dans cette justification assez inutile de Plutarque. Le spirituel auteur des Vies parallèles excellait à raconter, et je crois qu'il aimait mieux captiver l'attention de ses lecteurs par des récits ex-

.30V ETfJDE SUR LES ESSAIS DE MONTAIGNE.

Iraordinaires et poussant jusqu'au fabuleux, (jue de se leufenuer scrupuleusement dans les limites d'une ri[jonreuse vérité.

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Il est heaucoup jilus j)ailé dans ce chapitre de César, de ses amours et de sa eléuience, rpie du jeune Toscan Spurina. iMon(ai;;ne «h'peint C('sar de rottijilcxinii très-diiiinirciisc, et nous donne la lisle abrégée de ses niailiesses. ("/('sl d'aboid (Ih'opiilre, reine d'K{;y[)te; Imuioc', reine de Mauritanie, puis un hou nond)re de femmes mariées, Postumia, Lollia, Tertulla, Servilia, la sonr de (jaton, et Mutia, la femme du {ji'and Pompée, (pii |)lus tard n'en éj)ousa pas moins la lille de (lésai'. Aussi lui fit-ou rejuoche, ajoute notre })hilosoplie fjascon, de se faiic fjcmhe (l'ini //iininii' ^iiii l'uroit fait cocu. On pnui'rait croire, au récit de ces prouesses, c|ue les mo'urs de cette époque de la i'('pul)lique romaine étaient d'une déplorable lacilité.

Quant a l'iii-sloire de Sj)urina, elle n'offre pas le moindre intérêt. Il était doué d'une beauté si excès-

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