LIVRE TROISIEME
» lui ni foi ni serments. » — Il avait déjà dit dans M le même ouvraf;e : — «Qui ne sent <ju*on n'est j)as )' obligé de tenir les j)romesses arrachées par la » crainte ou surprises par la fraude? »
Je Ji'hésite pas, sur cette question, à préférer l'opinion de Mojitaifjne à celle de Cicéron. On ne peut se croire déga{>é , n'ini])orte envers (pii , de la foi jurée. Vous avez promis, vou,> devez tenir et ne faire avec votre conscience aucune composition, même acceptable aux yeux du monde. J'admets, toutefois, l'exception que Montaigne applique à toute promesse faite de chose injuste et méchante; car le droirt de la vertu doiht prévaloir le droict de nostre ohlifjatiim. Gomme dans cette dernière phrase la pensée est bien exprimée, d'une manière simple et grande à la fois !
Vers les dernières pages de ce chapitre, Montaigne défend la cause des sentiments du cœur et de la famille, si horriblement sacrifiés dans les guerres civiles , où il arrive que , combattant pour un parti , on a en face de soi, dans le parti ennemi, un hôte, im ami, un frère. Mais rien n'arrête dans ses fureurs le fanatisme politique ou religieux, même quand il n'estj qu'un prétexte qui recouvre de vils intérêts personnels, des haines, une criminelle aud)ition.
L'histoire de tous les temps et de tous les peuples nous offre mille exem})les de ces luttes barbares où la voix de la nature et des lois cesse d'être entendue. Les paroles les plus sa^jes resteront impuissantes pour préserver à jamais l'avenir de ces maux affreux ; celles que je vais citer sont éloquentes et d'un beau mouvement :
l'ay aultrefois logé Epamiiiondas au premier rang des hommes excellents, et ne m'en tlesdis pas. lusqnes où montoit il la considération de son particnlior debvoir? qui ne tua iaiviais homme qu'il enst vaincu; qui, pour ce bien inestima])k' de rendre la liberté à sou pais, faisoit conscience de tuer un tyran, ou ses complices, sans les formes de la inslice; et qui ingeoit mescbant honnne, (piel([ne bon citoyen «[n'il feust, celny qui, entre les ennemis et en la baltaille, n'espargnoit son ami et son hoste. Vovlà une ame de riche eonqoosition : il marioit aux plus rudes et violentes actions humaines la bonté et l'humanité, voire mesme la plus délicate qui se treuve en l'eschole de la philoso|>liie. Ce courage si gros, enflé, et obstiné contre la douleur, la mort, la pauvreté, estoit ce nature, on art, qui Feust attendry iusqucs au poinct (lune si extrême doniceur et debonnaireté de complexion'î* Horrible de Fer et do san;;, il va fracassant et rompant une nation invincible contic tout aultre que contie Iny seul; et gauchit, au milieu d'une telle meslee, au rencontre de son hoste et de son amy. Vravuient celuy là proprement commandoit bien à la guerre, qui luy faisoit souffrir le mors de la bénignité, sur le poinct de sa plus forte chaleur, ainsin euHammee qu'elle estoit, et toute