‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 177 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

pais et en une division publicque, ie ne le trouve ny I^eau nv honneste

Puis il ajoute cette vérité, applicable à tous les temps :

Mais il ne fault pas appel 1er debvoir, comme nous faisons touts les iours, une aigreur et une intestine aspreté qui nalst de l'interest et passion privée; ny couragje, une conduicte traistrcsse et malicieuse : ils nomment zele, leur propension vers la malignité et violence; ce n'est pas la cause qui les eschauffe, c'est leur interest; ils attisent la guerre, non parce qu'elle est iuste, mais parce que c'est guerre.

Je passe de nombreux exemples de trahisons punies, tout en les recommandant comme autant de récits très-remarquables.

Certaines cifez s'estoient rachetées à prix d'argent,

et remises en liberté, avecques l'ordonnance et permission du sénat, des mains de L. Sylla : la chose estant tumbee en nouveau iugement, le sénat les condamna à astre taillables comme auparavant, et que l'argent qu'elles avoient employé pour se racheter demeureroit perdu pour elles. Les guerres civiles produisent souvent ces vilains exemples : Que nous punissons les privez, de ce qu'ils nous ont creu quand nous estions aultres; et un mesme magistrat faict porter la peine de son changement à qui n'en peult mais; le maistre fouette son disciple de docilité, et la guide son aveugle : horrible image de iustice !

Il y a lies reyles en la philosophie et faulses et molles. L'exemple qu'on nous propose, pour faire prévaloir l'utilité privée à la foy donnée, ne recooit pas assez de poids par la ciiconstance qu'ils y meslent : Des voleurs vous ont prins, ils vous ont remis en liberté, ayant tiré de vous serment du payement de certaine somme. On a tort de dire qiTun homme de bien sera quitte de sa loy, sans payer, estant hors de leurs mains. 11 n'en est rien : ce (jue la crainte m'a laict une fois \ouloir, ie suis tenu de le vouloir encores, sans crainte; et, quand elle n'aura forcé que ma langue sans la volonté, encores suis ie tenu de faire la inaille bonne de ma parole. Pour moy, quand par fois ell' a inconsidezement devancé ma pensée, i'ay faict conscience de la desadvouer pourtant : aultrement, de degré en degré, nous viendrons à abolir tout le droict qu'un tiers prend de nos promesses et serments. En cecy seulement a loy l'intercst piivé de nous cxcuseï' et faillir à nostre promesse, si nons avons ])romis chose meschante et inique de soy; car le droict de la verln doibt prévaloir le di'oict de nostre obligation.

Jo trouve la note suivante dans une très-bonne édition de Lelevre (1834): « La décision de Mon- " taipne sur ce cas de conscience est plus sévère que » celle de Cicéron, que l'on n'a jamais cependant " accusé de relâchement dans sa morale : — Un » pirate, dit-il {De of'fu-., III, 20), n'est pas pour " vous un ennemi légitime, wn ennemi pour lequel on » reconnaisse un droit des [;eus; c'est l'ennemi de » tontes les nations. Il ne peut y avoir entre vous et

Page 1