PAR DIVERS MOYENS ON ARRIVE A PAREILLE FIN
Montai(;iic ne s'est proposé ni plan ni inéthotle jjonr son livi'e des Essais. Il l'a écrit an )onr le jonr, sans savoii' ou il s'arrêterait, ni quelle en seiait l'étendue. Ce n'est pas ainsi que se font les chefsd'œuvre, et cependant c'est un chef-d'œuvre, et c'est hien ainsi qu'il a ét(' fait. Montaifjne le dit luimême : " Je n'ciy point (V auJtre seiujent de bande à ranger mes pièces que la fortune. » De plus, l'idée qui lui venait en écrivant ou (jue développaient les hasards de la plume, n'est pas toujours d'accord
G ETUDE SUR LES ESSAIS DE MO>TAirTNE.
avec le titre des chapitres. Alors ce titre cesse d'avoir iiiie signification prekise. Cette remarque peut s'appliquer au premier cliapitro.
La modération, qui est l'un des traits dominants du caractère de ]Montai(jne, se lait voir dès les premières pajjcs de son livre :
l'av, dil-il, ime merveilleuse Insclieté vers la miséricorde e( la mausuetiule
Puis, j)lus loin, il commence à nous faire conuailre l'opisnoii médiocre rju'il a de l'Iiomme, et comment, pour l'étudier, nous nous heurtons à chaque pas contre le doute et la contradiction.
Certes c'est lui sidtiect morveilleiiscment vain, divers et ondovaiit , que l'Iioiiniic : il est malavsé d'v fonder iiiyement constant et uiiilorme
Ce premier chapitre finit par la narration de la prise de Thèhes par Alexandre. C(,'!a n'a aucun rapport avec le titre, mais c'est un tahleau saisissant et fait d(; main de maître :
On vit cruellement mctlrr' an fil de Tcspee de
vaillants hommes perdus et n'avaiils plus moyen de deFfense puhlicque; car il en feut tué bien six mille, desquels nul ne feut veu nv fuyant, ny demandant mcrcy; au