LIVRE TROISIEME
remasclie ces {jramls noms entre les dénis, et les fois retentir à mes aureilles : erjo illos veneror, et tantis noininlbtis semper assurgo '. Des choses qui sont en quelque partie grandes et admirables, i'en admire les parties mesmes communes : ie les veisse volontiers deviser, promener, et souper. Ce seroit ingratitude de niespriser les reliques et images de tant d'honnestes hommes et si valeureux, lesquels i'ay veu vivre et mourir, et qui nous donnent tant de bonnes instructions par leur exemple, si nous les sçavions suyvre.
Ce langage, où respirent le grand et le beau, me reporte h mes meilleurs souvenirs. L'entrée dans Rome, par la place du Peuple, est majestueuse. Saisi par cet aspect grandiose, livré aux souvenirs qui se pressent dans la pensée , on n'entre pas sans émotion dans cette ville qui tant de fois a rempli l'univei^s de son nom.
Montaigne donne ici le texte d'une bulle qui le fit citoyen romain et lui fut octroyée pendant son séjour à Rome , bidle pompeuse en sceaux et lettres dorées : « N'estant, dit-il, bourgeois d'aulcune ville, » ie suis bien ayse de l'estre de la plus noble qui » faut et qui sera oncques.
' J'honore ces grands hommes, et ne prononce jamais leurs noms qu'avec respect. SÉnÈque.
426 ETUDE SUR LES ESSAIS DE MO^'TAIGiNE.
A lu dernière page de cecluipitre, nous retrouvons enfin son titre, De la vunite. Il se termine ainsi :
Si les aiillrcs ,se lej'jaidoient atteutifvement, connue
ic lois, ils se troiiveroient, connue ie fois, pleins d'inanité cl de fadeze. De m'en desfaire, ie ne puis, sans me desfaire mov mesme. ?vons en sommes tont confits, tant l(^s lins que les aulires : mais ceulx qni ne le sentent en ont un peu meilleur compte; encores ne sçais ie.
Cette opinion et usance conunnne, de regarder ailleurs qu'à nous, a l>ien |)oni\en à nostie affaire; c est un obiect plein de mescontentement ; nous n'v veoyons que misei'e et vanité : pour ne nous desconfoiler, nature a reiecté bien à propos Taclion de nostre veue, au dehors. ?\oas allons en a\ain à \an Tean; mais de rebrousser vers nous nostre course, c'est un mouvement pénible : la mer se brouille et s'eiripescbe ainsi, quand elle est lepoulsee à sov. Regardez, dict cliascnn, les bransles du ciel; re- {jardez au public, à la querelle de cettuy là, au pouls d'un tel, au testament île cet aultre; somme, re{;ardez tonsiours, bault on bas, ou à costé, ou devant, ou derrière vous. C'estoit un connnandement paradoxe, que nous faisoit anciennement ce tlieu à ])el[)hes, Rejjavdez dans vous; recognoissez \ous; tenez \ous à vous : voslre esprit et vostre vûbjnté (|ui se consomme ailleurs, ramenez la en sov : vous ^ons escoulez, vous vous respandez, ap[)ilez vous, soubstenez vous : on vous trahit, on \ous dissipe, on vous desrobbe à vous. Yeois tu pas que ce monde tient toutes ses vues contrainctes au dedans, et ses veidx ouverts à se contempler sov mesme? C'est tousiours vanité pour tov, dedans et dehors : mais elle est moins vanité, quand elle est moins estendue. Sauf toy, ô homme, disoit