‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 228 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

sur vin^t lui suffisent. Puis il so met à nous parlci* de plusieurs petits miracles accomplis de son temps, auxquels il ne croit pas, et des sorciers , (]ui ne lui inspirent non plus qu'une très-médiocre confiance.

l'ay ven la naissance de plusieurs miracles de mon temps : encores qu'ils s'estouffent en naissant, nous ne laissons pas de preveoir le train qu'ils eussent prirhs, s'ils eussent vescu leur aaye; car il n'est que de trouver lo bout du fil, on en desvide tant qu'on veult; et y a plus loing de rien à la plus petite chose du monde, qu'il n'y a de celle là iiisques à la plus grande. Or, les premiers qui sont abbruvez de ce commencement d'cstrangeté, venants à semer leur histoire, sentent, par les oppositions qu'on leur faict, où \o{^e la difficullé de la persuasion, et vont calfeutrant cet endroict de (pielque pièce faulse : oultre ce, que, ùisita hominibns llbidinc alendi de industria minores*, nous faisons naturellement conscience de rendre ce qu'on nous a preste, sans quelque usure et accession de nostre creu. L'erreur particulière faict premièrement l'erreur publicque, et, à sou tour aprez, l'erreur publicque faict l'erreur particulière. Ainsi va tout c-e bastiment, s'estoffant et formant de main en main; de manière que le plus esloin(;né tesmoinç en est mieulx instruict que le plus voysin; et le dernier informé, mieulx persuadé que le premier. C'est un progrez naturel : car quiconque croit quelque chose, estime que c'est ouvra(;e de charité de la persuader à un aultre; et, pour ce faire, ne craind point d'adiouster, de son invention, autant qu'il

• Par la passion qui porte naturellement les hommes à donner cours à des bruits incertains. Tite Lue.

veoid estre nécessaire en son conte, pour suppléer à la résistance et au defanlt qu'il pense estre en la conception tFaulfruy. ^loy uiesnie, qui fois sinj^juliere conscience de mentir, et qui ne me soulcie {jueres de donner créance et auctorité à ce que ie dis, ui'apperceois loutesfois, aux piopos que i'ay en main, ([n'estant eschauffé, ou par la résistance d'un aultre, ou par la propie chaleur de ma narration, ie grossis et enfle mon snijiect par voix, mouvements, vigueur et force de paroles, et encores par extension et amplification, non sans interest de la vérité naïfve; mais ie le fois en condition pourtant qu'au premier qui me ramené, et qui demande la vérité nue et crue, ie quite soubdain mon effort, et la liiy donne sans exagération, sans emphase et remplissage. La parole naïfve et bruyante, comme est la mienne ordinaire, s'emporte volontiers à l'hvperbole

Il y a du malluiu d\ii estre là, que la meilleure

touche de la vérité ce soit la nuiltitude des croyants, en une presse ou les fols surpassent de tant les sages en nombre. SfOiitalLs patrocinhim est, insanienlhtin tiirha '. C'est chose difficile de resouldre son iugement contre les opinions communes : la première persuasion, piinse du subiect mesme, saisit les simples; de là elle s'espand aux habiles soubs l'auctorité du nombre et antiijuité des tesmoiguages. Pour nioy, de ce que ie n'en croirois pas un, ie n'en croirois jias cent uns; et ne ingc pas les opinions par les ans.

lusques à cette heuie, louts ces uiiracles et e\ene-

1 Une multitude de Ions sert de garant à la sagesse. Sain'T Ar-

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