‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 230 sur 250 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

aux civilisations moderne.s; ils en ont avancé l'heure. Elles ne sont pas exemptes d'erreurs; mais ce ne sont plus celles d'un passé où la superstition faisait couler le sang.

Il y a quelques années que ic passay par les terres d'un prince souverain, lequel eu ma faveur, et pour rabbaltre mon incrédulité, me feit cette gfrace de me faire veoir eu sa présence, en lieu particulier, dix ou douze prisonniers de ce {jenre, et une vieille entre aultres, vrayement bien sorcière en laideur et deformité, tresfameuse de longue main en cette profession. le veis et preuves et libres confessions, et le ne sçais quelle marque insensible sur cette misérable vieille; et m'enquis, et parlay tout mon saoul, y apportant la plus saine attention que ie peusse; et ne suis pas homme qui me laisse gueres garotler le iugement par préoccupation. Enfin, et en conscience, ie leur eusse plustost ordonné de l'ellébore que de la ciguë : la iustice a ses propres corrections pour telles maladies. Quant aux oppositions et arguments que des honnestes hommes m'ont faict, et là, et souvent ailleurs, ie n'en ay point senty qui m'attachent, et qui ne souffrent solution tousiours plus vraysemblable que leurs conclusions. Bien est vray que les preuves et raisons qui se fondent sur l'expérience et sur le faict, celles là, ie ne les desnoue point; aussi n'ont elles point de bout : ie les trenche souvent comme Alexandre son nœud. Aprez tout, c'est mettre ses coniectures à bien hault prix, que d'en faire cuire un homme tout vif.

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