LIVRE PREMrElî. hl
{>ayes : la vciio tles angoisses d'aultinv m'angoisse» immIcrielieinent, et a mon senfimonl s()ii\ent usnrpé le sciitiiiKMil criiii ticis; un loiissiMir coiiliimel irrite mon poiilmou et mon gosier; je visite plus nul volontiers les malades ausqnels le dehvoir m'intéresse, que cenlx ansquels ie nTatteuds moins el ([ne; ie considère moins : ie saisi-; le mal qiuî i'estudie, el le (ouclie en moy. le ne treu\e pas estiange qu'elle donne et les fiebvres el la mort à ceulx qui la laissent faire et qui luy applaudissent
Gai lus Vibius banda si bien son ame à couipiendre l'esseuce et les mouvements de la folie (pi'il emporta son ingénient bors de son siège, si qu'onc(iues puis il ne l'y peut remettre, et se pouvoit vanter destre devenu loi par sagesse. Il y en a «pii de frayeur anticipent la main du bourreau; et celuv qu'on desbandoit pour luy lire sa grâce, se trouve roide mort sur l'escbaffaud, du seul coup de son imagination. Nous tressuons, nous tremblons, nous paslissons et rougissons, aux secousses d(; nos imaginations
Il est vraysemblable que le principal crédit des visions, des encbantements et de tels effects extraordinaires, vienne de la puissance de l'imagination, agissant principalement contre les âmes vulgaires, plus molles; on leiu- a si fort saisi la créance, qu'ils pensent veoir ce qu'ils ne veoyent pas
Voilà la meilleure explication que l'on puisse donner des miracles ; je ne parie que des miracles d'où la bonne foi n'est pas exclue. L'ima^jination est saisie, et l'on croit voir ce qu'on ne voit pas.
/iS ETUDE SUR LES ESSAIS DE IVIONTAIONE.
Ici Montai{|ne m'embarrasse un peu avec sa franchise tonte gauloise et rend les citations difficiles : à propos de la force de l'imagination et de certains phénomènes physiologiques qu'elle produit, il raconte des effets singuliers, mais dëplorablement vrais, et ne se gêne pas pour appeler les choses par leur nom. On sait que la délicatesse du langage n'était nullement de rigueur au tenips de Montaigne.
Aniasis, roi d'Ae^yptc, espousa Laodicc, trosbello fdie grecque : et luv, qui se uionstrolt gentil compagnon partout ailleurs, se ti'OU\a court à iouïr d'elle, et uuMiaca de la tuer, estimant que ce feust quelque sorcière. Comme ez choses qui consistent en fantasie, elle le reiecla à la dévotion : et ayant faict ses voeus et promesses à Venus, il se trouva divinement remis dez In première nuici, cPaprez ses oblations et sacrifices. Or elles ont tort de nous recueillir de ces contenances mineuses, querelleuses et fuyardes , qui nous esteignent en nous allumant. La liru lie Pythagoras dlsoit que la femme qui se couche avecques un homme, doibt, avecques sa cotte, laisser quand et quand la honte, et la reprendre avecques sa cotte. L'aine de l'assaillant, troujjlee de plusieurs diverses alarmes, se perd ayseement; et à qui l'imagination a faict une fois souffrir cette honte (et elle ne la faict souffrir (ju'aux premières accointances, d'autant qu'elles sont plus ardentes et aspres, et aussi qu'en cette première cognoissance qu'on donne de soy, on craint beaucoup plus de faillir), ayant mal conniiencé, il entre en fiebvre et d<'spit de cet accident, qui luy dure aux occasions suivaiUes,