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cette excellente police de Lycurgue clans laquelle les sciences et les arts n'avaient pas la plus petite place :
Ou alloit, dici on, aux aultres villes de la Grèce
chercher i\ci rhetoriciens, des peintres et des musiciens: mais en Laccdemone, des leg;islatcius , des majjistrals vi empereurs d'armée : à Athènes, on apprenoit à bien dire; et icv à bien faire : là, à se desmesler d'un argument sophistique, et à rabattre l'imposture des mots captieusement entrelacez; icy à se desmesler des appasts de la volupté, et à rabattre, d'un grand courage, les menaces de la fortune et de la mort; ceulx là s'embesoingnoient aprez les paroles; ceulx cy aprez les choses : là, c'estoit une continuelle exercitation de la langue; icy, une continuelle cxercitation de l'ame
Quand Agcsilaus convie Xenophon d'envover noiuiir ses enfants à Sparte, ce n'est pas pour y apprendre la rhétorique et la dialectique; mais « pour apprendje (ce dict il) la plus belle science qui soit, à sçavoir la science d'obéir et de commander n
Il est tresplaisant de veoir Socrates, à sa mode, se mocquant de Ilippias, qui luy recite comment il a gaigné, spécialement en certaines petites villettes de la Sicile, bonne sonnue d'argent à régenter; et qu'à Sparte, il n'a pas gagné un sol; que ce sont gens idiots, qui ne sçavent nv mesurer, ny compter, ne font estât ny de grammaire, ny de rhvthme, s'amusant seulement à sçavoir la suitte des roys, establissemenls et décadences des estats, et tel fatras de contes; et au bout de ct'la, Socrates luv faisant advouer par le menu l'excellence de leur forme de gouvernement public, l'heur et vertu de leur vie privée, luy laisse deviner la conclusion de l'inutilité des arts
J. J. Rousseau, dans son discours à l'Académie de Dijon, a fait plusieurs emprunts à Montaigne ; mais en voulant l'imiter il le (K'-passe et se fait plus paradoxal (pie lui : « Il est de la dernière évidence, dit-il, qu'il » y a plus d'erreurs dans l'Académie des sciences » que dans tout un peuple de Hurons. » Il faut convenir que les imitateurs sont des amis dangereux; ])ar exemple, quand ils imitent nos défauts et les font mieux voir en les exagérant.
Sparte et son législateur Lycurgue occupent une helle place dans le passé. On n'en parle j)lus guère maintenant qu'au collège. Une fois nos classes terminées, nous les oublions vite. Remarquons même que nos orateurs politiques, toujours à la recherche de l'effet, ont depuis longtemps renoncé à Sparte et à Lycurgue et craindraient, en les citant, d'être ridicules, .l'en demaiule pai'don à Montaigne; mais les institutions de Sparte ne me semblent guère meilleures que son brouet noir {jus nigrum) dont Denys le Tyran ne put manger, bien qu'en gourmet qui ne regarde pas à la dépense, il eût fait venir de Lacédémone un cuisiniei- pour le préparer. Et en effet, qu'est-ce que la défense de s'adonner à la culture des lettres et des arts, de représenter des pièces de théâtre, de posséder de l'or ou de l'argent? On ne pouvait avoir que de la monnaie de fer dans sa
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poche. Ou Cst-ce que les peines édictées contre les célibataires et même contre ceux qui se mariaient trr)]) tard pour avoir des enfants? Oiiant aux maris (|ui n'en avaient pas, il leur était permis de prêter leurs femmes à des jeunes gens. Aujoiud'lmi ce n'est pas permis, même aux vieux maris. INIais les femmes n'y perdent rien. Ou'est-ce que les lepas pris en couimun? Un brouet monstre! Et les enfants n'appartenant pas à leurs parents et fustigés chaque année devant l'autel de Diane avec tant de violence que quelques-uns mouraient sous les coups? Il est vrai que l'enfant qui mourait sans exprimer une plainte dans cette cruelle épreuve était honoré d'une statue.
Les institutions de Lycurgue ont été l'objet d'autant de blâme que d'éloge. Platon, Aristole, Thucydide les ont blâmées. Plutarque les adniire, et Montaigne, qui accepte tout de Plutarque, même ce qu'il raconte de plus invraisemblable, ne pouvait manquer de les admirer. Les temjjs modernes n'ont pas un seul emprunt à faire à ces lois établies uniquement pour la guérie et le développement des forces physiques. En les vantant avec une sorte d'enthousiasme, Montaigne, pour l'amour du grec, a été trop loin.
Citons la dernière page de ce vingt-quatrième cha-
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j)ilre. C'est toujours la même peusée, et je me permets de ne pas la trouver tout à fait juste
Los exemples nous apprennent que Teslucle des sciences amollit et efféminé les courayes plus qu'il ne les fermit et
aguerrit le trouve Rome plus vaillante avant qu'elle
foust sçavanle. Les plus lielliqiieuses nations, en nos iours, sont les pins grossières et ignoraules : les Scvtlies, los Parllîos, Tamburlau, nous servent à cette |ircuve. Qu.ind les Gots ravageront la Grec<', co qui sauva toutes librairies d'ostre passées au feu, ce fout un d'entre eulx qui sema cette opinion, f[u'il falloit laisser co meuble entier aux ennemis, propre à los destournor do l'exercice militaire, et amuser à dos occupations sodontaiios et oysifves. Ou. nul iiostro lov Chailos liuictiemo, (piasi sans tirer Fespoe du fourreau, se voit maistro du rovauiue de Naples et d'une bonne partie de la Toscane, les seigneurs do sa suitte attribueront cette iiu'speroo facilité de conqueste, à ce que les princes et la noblesse d'Italie s'amusoient plus à se lendre ingcnieux et scavants, que vigoieux et gnorriois.
Est-il vi'ai <pie les nations soient nécessairement amollies par la culturt; des arts et le pro(jrès des sciences? Je ne le crois pas. Sous ces influences bienfaisantes et civilisatrices, deviennent-elles moins {juerrières? IMallieiireusement non, et depuis la lin du dernier siècle, l'Emope prescpie entière, nous a donné de terrildes exemples du contraire. Les guerres de l'J'^mpire, maynifiipie épopée, je le veux bien.