‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 49 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

viiido et sans contrepoids, elle se baisse plus facilement soubs la cbar;;c de la piemiere persuasion : vovlà poiiiquoy les eni'anls, le vnl{;aiie, les femmes et les malades sont plus subiects à eslre menez par les aiiieilles. ^lais aussi, de l'anltrc; part, c'est une sotte presuinptioii daller desdaignant et condamnant pour t'aulx ce qui ne nous semble pas vraysemblable : qui est un vice ordinaire de ceulx qui pensent avoir quelque suffisance oullre la commune La raison m'a instruict que, de condamner

ainsi résolument une cliose pour faulse et impossible, c'est se donner l'advanlage d'avoir dans la teste les bornes et limites de la volonté de Dieu et de la puissance de nostre mère nature; et qu'il n'y a point de plus notable folie au monde, que de les ramener à la mesure de nostre

capacité et suffisance Considérons au travers de quels

nuages, et comme à tastons, on nous mené à la cognoissancede la pluspart des cboses qui nous sont entre mains : certes nous trouverons que c'est plustot accoutumance que science qui nous en oste l'estrangelé, et que ces cboses là, si elles nous estoyent présentées de nouveau, nous les trouverions autant ou plus incrovaljles qu'aulcuiics aultres

Si Ton entendoit bien la différence qu'il y a entie

l'impossible et l'inusité, et entre ce qui est contre l'ordre de la nature et contre la commune opinion des hommes , en ne croyant pas témérairement, ny aussi ne descrovant pas facilement, on observeroit la règle de Pûen trop, commandée par Cbilon

C'est une hardiesse dangereuse et de conséquence,

oultre l'absurde témérité qu'elle traisne quand et soy, de mespriser ce que nous ne concevons pas : car aprcz que , selon vostre bel entendement, vous avez establv les limites

9i) ETUDE SUR LES ESSAIS DE MONTAIGNE.

de la verilé et de l.i mensonge, et qu'il se treuve que vous avez necessaiicinent à croii'e des choses où il y a encoies plus (l"esfran(;elé qu\n ce que vous niez, vous vous

estes desia obligé de les abandonner

. Que ne nous souvient il combien nous sentons de

contradiction en nostre iiigement mesme! Combien de choses nous servoient hier d'articles de foy, qui nous sont fables auiourd'hni! La gloiie et la curiosité sont les fléaux de nostre ajiie : celte cy nous conduict à mettre le nez jiartout; et celle là nons deffeud de rien laisser irrésolu et indécis.

En quel lion langage est laite cette réponse aux opinions tranchées, an septicisme méprisant de certains de nos philosophes rpii croient souvent, sans s'en raudre coïi\[)le et fiar accoustuDif/nce , comme dit ^lontaigne, à des choses plus invraisemblables et plus étranges que celles qu'ils nient! Et en effet, l'inconnu, l'infini nous débordent. Oui oserait hxer certainement les limites de l'erreur et de la vérité?

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