‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 54 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tinent americaii) et qui sont destinées à disparaître, comme ces races d'animaux antédiluviens dont on ne retrouve plus que quelques ossements, il suffirait de montrer dans leur éclat jjlorieux et bienftiisant les découvertes modernes de la science pour gagner, s'il en était besoin, la cause de la civilisation. Et puis c'est, il me semble, méconnaître Dieu, que de prétendre qu'il nous a donné une intelligence dont nous n'avons que faire de nous servir. Gomment! tout ce que l'esprit bumain a su accomplir au profit de la civilisation, toutes les merveilles qu'il a réalisées ne seraient, en quelque sorte, que des pièges tendus, des moyens perfidement fournis à l'bomme par le Créateur pour l'empécber d'être beureux? Allons donc, cela n'est pas sérieux; mais cela n'empêche pas ce trentième cbapitre d'être fort amusant à lire. Montaigne y parle d'un homme qui avait demeuré dix ou douze ans au Brésil , ou Villegaignon prit terre en 1557 :

Cet homuie que i'avois, estoit homme simple et grossier; qui est une condition propre à rendre véritable tesmoiynage; car les fines g^ents remarquent bien plus curieusement et plus de choses, mais ils les glosent; et, pour faire valoir leur interprétation, et la persuader, ils ne se peuvent eaider d'altérer un peu l'histoire; ils ne vous représentent iamais les choses pures, ils les inclinent et masquent selon le visage qu'ils leur ont veu ; et,

'.)S KTfTDE SUR LES ESSAIS DE MO?s^TAIGINE.

pour doiiacr crcdil à leur iufjenienl et vous y attirer, prestent volontiers de ce costé là à la matière, rallon(jent et l'aui pli fient

Quelle fine esquisse du conteur qui, si vous n'y prenez parde, même quand il est de bonne loi , vous eu lera bien un peu accroire!

Et maintenant écoutez ce que Montaigne dit du Brésil vers 1580, et l'éloge nia(jiiifi(pie qu'il en lait. Il faut convenir (pie Montai^jnc a singulièrement ainplifié ce qu'un liomme qu'il nous dc'signe comme simple et grossier a pu lui raconter. C'est un récit glosé; ce que Montaigne à la page précédente re])rocluiit aux autres de faire, il le lait ici. llien n'est |)lus naturel, et cela nous arrive à tous sans (pie nous MOUS en apercevions.

Les loix natiu'eJles counu.iiident encore à celle

nalion, fort peu abbastardies par les noslres; mais c'est en lelle piueté, qu'il me prend (juebjuefois desplaisir (!e (juoy la cognoissance n'en soit venue plus tost, du temps cpi'il y a\oit des honnues qui eu eussent sceu mieulx iujjer que nous : il me despbiist que L\curjjus et Platon ne bayent eue; car il me semble (jiie ce que nous voyons par expérience en ces nations là surpasse non seulement toutes les peinctures, de <[uoy la poésie a end)ell\- l'aajje doré, et toutes ses inventions à feindre nue hciu'euse condition d'hommes, mais encore la conception et le désir mesme delà |)l)il()sopliie.... C'est nue nalion, diroy ie à Platon, en laquelle il n'\ a aulcune espèce de Irafi-

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