DES NOMS
Je passe la première moitié tle ce chapitre, cpii cependant mérite d'être lue, mais je ne puis tout citer, et je m'arrête à la quatrième page, où Montaigne fait la critique d'un ridicule qui existe encore r ij nird'liui.
C'est un vilain usage, et de tresmaiivaise conséquence en nostre France, d'appeler chascun par le nom de sa terre et seigneurie, et la chose du monde qui faict plus niesler et inescognoistre les races. Un' cadet de bonne maison, ayant eu pour son appanage une terre, sous le nom de laquelle il a esté cogneu et honnoré, ne peult honnestement l'abandonner : dix ans aprez sa mort, la terre s'en va à un estrangier qui en faict de mesiue; devinez où
nous sommes de la cognoissance de ces hommes 11 y a
tant de liberté en ces mutations, que de mon temps ie n'ay veu personne, eslevé par la fortune à quelque grandeur extraordinaire, à qui on n'ayt attaché incontinent des tiltres généalogiques nouveaux et ignorez à son père, et qu'on n'ayt enté en quelque illustre tige : et, de bonne Fortune, les plus obscures familles sont plus idoines à falsification. Combien avons nous de gentilshommes eu France qui sont de royale race selon leurs comptes? plus,
ce crois ie, que d'aul très Contentons nous, de par Dieu!
de ce de quoy nos pères se sont contentez, et de ce que nous
i-lG ÉTUDK SUR I.ES ESSAIS DE MONTAIGNE.
sommes; nous sommes assez, si nous le sçavons bien maintenir; ne (lesatl vouons pas la fortune et condition de nos aveuls, et ostons ces soltes imaginations, qui ne peuvent faillir ù quicor)(]ue a l'impudence de les alléguer.
Cette vive criti(|iie , ces rudes coups poi tes ù la vanité humaine , qui reçoit mille blessures sans jamais mourir, me font penser à Michel Cervantes et à ^lolière. J'entends, dans l'immortel l>on Quichotte, Sancho causant avec le cure :
Le hic, donc, le véritable hic, c'est de bâcler au plus tôt le mariage de monseigneur de la Triste-l'igure avec madame madame madame que voilà. Si je ne dis pas
son nom, excusez-moi; c'est que je ne sais pas encore comment elle s'appelle.
LE CUHÉ.
IMadame la princesse Micomicone, du nom de son rovaumi', mon ami.
SANCUO.
Eh! pardi! c'est \rai, je n'y pensais plus, moi; tant de {;ens (pii n'ont pas de nom, ou (]ui se dégoûtent de celui ([u'ils ont hérité de leur père, se permettent de prendre celui de leur village, (pi'an moins les reines ont bien le dioit de prcMidre celui de leur royaume.
l'I dans la première scène du premier acte de l'Ecole des /('inities :
CIlinSALDK.
Je me réjouis fort, seigneur Arnolplie
II VI', F. PIîKMI i:r,. 1;î7