LIVRE TREMIEl
nos romans disent ordinairement, adestrer, pour acvouipa'ujner. Us appelloient aussi desiillorlos equos, des chevaux qui estoient dressez de façon que, courants de toute leur roideur, accouplez cosle à coste l'un de l'aultre, sans bride, sans selle, les gentilshouimes romains, voire touls armez, au milieu de la course se iectoicnt et reieetoient de l'un à l'aultre. Les Numides gendarmes menoient en main un second cheval, pour changer au plus chauld de la meslee
Je transcris une note de l'excellente édition que nue j'ai sous les yeux : « Le mot dextrarios, dont on » a fait destriers , est un mot du moyen îx^a. Nous » remarquerons, à propos de ce mot, que la distinc- » tion profonde qui séparait les hommes en deux » classes s'étendait jusqu'aux animaux. Il y avait des » chevaux nobles et des chevaux roturiers. Les pre- I) miers, qui servaient à la guerre, à la chasse et aux » tournois, occupations exclusives des seij^neurs , se ') trouvaient, par cet exercice même, anoblis comme » eux. On les nommait destriers, palefrois, hcuitienées. » Les seconds, qui portaient le jjùt et tiraient Kt )i charrue, se nommaient des sommiers ou des ro)i- » .v//;.s. Leur assimilation aux serfs était si complète , « qu'ils devaient comme eux le service féodal, le » service à ronsin. »
1 i 0 ]•: T U D E su li LES ESSAI S 1 ) 1-: M () N T A I( ; N E.
Il s'apit encore dans ce cliapitre de guerre, de comliats, et du nohie rôle (|ue le cheval y joue :
Il se freuve plusieurs chevaux dressez à secourir leur rnaistre, courir sus à qui leur pri;scn(e luie espee nue, se iecler, des pieds et des dents, siu' ceulx (|ui les attaquent et affrontent
On lit en eflet dans l'histoire de France cpi'à la halaille de l'^oinoue le cheval de Charles VIII dc'Iendit des pieds et des dents son maître entouré d'ennemis de tous côtés.
Au collège, nous apprenions par cœur la helle description de Buflon :
" Aussi intrépide (|ne son maître, le cheval voit le » j)éril cl l'allronte; il se lait au hiuit des armes, )' il l'aime, il le cherche, il s'anime d(; la même » ardeur ';
Il était impossihle qu'à projios de la ])lus nohie conquête de l'homme, comme dit encore Bullon , Montaigne ouhliàt Bucéphale, le cheval tl'Alexandre, mais je crois qu'il lui altrihue à toil une tète rcliranl à relie d'iiii tt/iiremi. Bucéphale devait être un très-heau cheval; on ne se le figure })as autrement, et cette tête de taureau aurait singulièrement nui à sa heauté. On a dit avec plus de vraisemhlauce qu'il avait une petite tête de hoMil jjiavée sur la cuisse. Cela était assez en usage chez les (îrecs.
IJVRE PREMIElt. Ul
Ou tlicl de G.esar, et aussi du grand Pouipeius, que parmy leurs aultres excellentes qualitez, ils estoient fort bons hommes de cheval ; et de Cœsar, qu'en sa ieuncsse, monté à dos sur un cheval, et sans bride, il luy faisoit prendre carrière, les mains tournées derrière le dos.
Sans se comparer tout à fait à César, Montaigne nous dit qu'il est bon cavalier :
le ne desmonte pas volontiers quand ie suis à cheval ; car c'est l'assiette en laquelle ie me treuve le mieulx, et sain, et malade. Platon la recommcnde pour la santé; aussi dict Pline qu'elle est salutaire à l'estomach et aux ioiuctures.
On lit en Xenophon la loy deffendant de voyager à pied à homme qui eust cheval.
Cette loi était en vigueur environ cinq cents ans avant notre ère, et ne peut s'appliquer qu'à une haute antiquité, vu les changements notables (|ui ont eu lieu depuis.
Trogns etiustinus disent que les Parthes avoient accoustumé de faire à cheval, non seulement la guerre, mais aussi touts leurs affaires publicques et privez, marchander, parlenioulcr, s'entretenir et se promener; et que la plus notatable différence des libres et des serfs, parmy eulx, c'est que les uns vont à cheval, les aultres à pied : institution née du rov Gvrus.
142 ETUDE SUP LES ESSAIS DE MOiN'TAIGNE.
Le orand Seigneur ne pcnnet auiourd'huy, ny à un chieslien, ny à un iiiif, d'avoir clicnal à soy, soubs son enip i re .
Lo Grand Seigneur est devenu })lus accommodant; il permet maintenant In rl'ovnl et même la voiture.
Plus loin ^lontaifîne dit qu'il espère qu'on renon-
jn 11 espère qi
cera à l'usage des armes à feu , ])arce (ju'elles sont de trop peu d'effet :
le conseillerois de choisir les armes les plus courles,
et celles de quoy nous nous pouvons le mieulx respondre. Il est bien plus apparent de s'asseuier d'une espee que nous tenons au poing, que du boulet qui escliappe de noslre pistole, (Ml Jaqiu'lle il y a plusieurs pièces, la poiddre, la pierre, le rouel, desquelles la moindre qui vienne à faillir vous fera faillir vostre fortune. On assené peu seurement le coup qn(,' fair \ous conduict :
E(, (iiKj leire vclint, permittere viiliieia vciiiis : Ensis lialjet vires : et gens quaccnmque viioriini est, liella iH-i'it gladiis 1.
ÏMais quant à celle arme là, i'cii p.ti leray plus amplement, ou ie feray comparaison des armes anciennes aux nostres; et, sauf l'eslonm'ment des aureilles, à quoy désormais chascun est apprivoisé, ie crois que c'est une arme de fort peu d'effect, et espère que nous eu (juitterous un iour l'usage.
' .... Loiscju'on s'en rapporte aux vents du soin de porter les toMi)S auliasaid; l'épée est puissante, et toutes les nations valeureuses combattent avec le {jiaive. Ligain.