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Étude sur les ex-dono et dédicaces autographes

A côté de la dédicace officielle, imprimée en tête de l'œuvre, qui fut souvent pour les écrivains du temps passé un moyen de tirer quelque profit de leurs travaux, il existe un usage intime et charmant : la dédicace autographe: YEx-dono.

Offrir un livre à un ami est une joie que tous ceux qui ont fait gémir les presses connaissent ; le donner à un indifférent qui n'en fait nul cas est une obligation à laquelle l'écrivain ne peut parfois se soustraire.

Mais, ami ou indifférent manifestent tous deux la même exigence : « Quelques mots et une signature sur la première page. »

L'auteur satisfait à ce désir, non sans soupirer parfois, et le livre emporte sur son faux titre la constatation de la gracieuseté faite ; quelques mois plus tard on retrouvera peut-être l'œuvre offerte chez le bouquiniste, les feuillets vierges de tout contact avec le couteau à papier, ou, ce qui est plus douloureux, séparés en dents de scie par un doigt négligent.... Qu'importe, le demandeur a eu son : Hommage de V auteur.

Témoignage de reconnaissance pour un protecteur,

souvenir d'amitié pour un vieux camarade, hameçon jeté à la vanité d'un critique en échange de quelques lignes d'approbation banale, hommage admiratif pour un maître vénéré, YEx-dono est tout cela, et néanmoins devient souvent et très-vite une simple curiosité pour un bibliophile.

Les échos de la salle Sylvestre et de l'hôtel Drouot savent à quels prix s'adjugent parfois les livres agrémentés d'une dédicace autographe.

Le succès récent de la vente J. Janin est dû en partie au grand nombre d'exemplaires ornés d'envois d'auteur que contenait sa bibliothèque.

On connaît l'histoire d'un homme de lettres, qui, pour donner une robe d'été à sa femme, vend, à la fin de chaque printemps et en bloc, tous les volumes qui lui ont été offerts et dédiés pendant l'année écoulée.

D'autres, plus scrupuleux à leur sens, croient faire preuve de pudeur et dissimuler leur petite ingratitude en biffant grossièrement leur nom sur YEx-dono ou en déchirant un coin de la feuille sur laquelle il est écrit : — mutilations aussi ridicules qu'inutiles et maladroites et dont le moindre tort — tort impardonnable à mes yeux — est d' abîmer un livre (i).

(i) Voyez le Catalogue de la vente des i3, 14, i5 et 16 mars 1872 : N° 70 : Les Fourberies de {Nérine, de Th. de Banville, ire édition, exemplaire avec envoi autographe, signé de l'auteur, le nom du destinataire a été rayé.

Même mutilation sur un exemplaire de VHistoire de la Société française pendant le Directoire ,des frères de Goncourt. (Catalogue Détaille, n° 34, 1874.)

Il serait superflu d'ajouter que je pourrais multiplier ces exemples à l'infini.

Je ne veux point, en signalant ces faits, m'élever contre l'usage, fort répandu maintenant, de YEx-dono, mais seulement constater qu'on le détourne de son but en le prodiguant.

Il faut, selon moi, que VEx-dono ait, comme toute chose, sa raison d'être. Je n'admets pas que l'éditeur de l'œuvre d'unpoëte ait la fatuité d'écrire sur un exemplaire qu'il a fonction de vendre deux francs :

« A Monsieur ***,

Hommage de l'éditeur,

J'ai cette dédicace autographe sur un volume trèssimplement édité en 1847 \ sl Je remplace par *** le nom fort connu du premier possesseur et par X le nom de l'éditeur donataire, c'est que ma critique toute générale se refuse à descendre aux personnalités.

Au temps passé on était fort peu prodigue de la dédicace autographe, et je crois qu'on chercherait vainement trace d'un véritable Ex-dono sur les livres qui ont paru avant le dix-septième siècle.

La formule n'était pas inconnue pourtant ; sur le plat d'un volume imprimé par les Estiennes en 1 599 et qui passa récemment en vente, on lisait cette légende autour des armes du premier possesseur :

« Ex dono Claudii Tisserand prioris S. Pétri Cabiloni, 1622. »

Ceci ne me paraît point être un Ex-dono proprement dit, mais simplement une indication de provenance qu'il faudrait traduire ainsi :

« D'envoi de Claude Tisserand, prieur de Saint-Pierre de Chalon-sur-Saône. »

Cette hypothèse est d'autant plus admissible à mon sens que l'ouvrage (un Pline) n'est pas du prieur Claude Tisserand.

On ne saurait faire la même observation à propos des Poèmes de Claude Expilly (Grenoble, 1624), un volume sur la reliure duquel on lit :

« Pour la Reine. »

Ici nous sommes bien certainement en présence d'une gracieuseté de poëte, d'un luxueux envoi d'auteur, d'un Ex-dono.

La dédicace autographe la plus ancienne que je connaisse est écrite par Malherbe , sur un volume donné à son fils. M. Alphonse Pages l'a citée dans son remarquable ouvrage intitulé les Grands Poètes fran-

çais.

« Emit filio suo, Marco Antonio, Franciscus Malherbe. Parisiis, 161 9. »

« Delectarem Domino, et dabit tibi certationes cordis tui.

Fr. Malherbe. »

Delectarem, etc., était, on le sait, la devise du poëte.

En 1637, sur Didon, tragédie de Scudéry, nous rencontrons un envoi autographe.

« A Mademoiselle de Paulet. »

Sur le Cid, tragi-comédie, Paris, F. Targa, in-40, 1637 (une des premières éditions de l'œuvre, publiée sans nom d'auteur), sont tracés, de la main du grand Corneille, ces mots pleins aujourd'hui d'un mystérieux et doux parfum :

« A Anne, Un amy. »

Relevons, afin de constater le développement de l'usage et aussi la naissance de la formule : « Pour monsieur » que nous rencontrerons fréquemment jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, un envoi signé de Du Ryer sur sa tragédie Alcionée (1640) :

« Pour mon cher amy monsieur Colletet. »

Un envoi de Balzac à madame la marquise de Montausier sur le Barbon (1648) ;

La dédicace écrite sur la garde des Coups de V Amour et de la Fortune, tragi-comédie de Quinault :

« Pour Monsieur de Corneille,

Quinault. »

Et enfin celle-ci qui inaugure la série du : « très-humble

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