‹ Étude sur les ex-dono et dédicaces autographes (volume 2)Chapitre 2 sur 6 · IO · texte numérisé non relu

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serviteur ; » elle est écrite sur la garde d'une édition infolio de la Pucelle (Paris, Courbé, i656).

« Pour Son Altesse Sérme Monseigneur le conte de Soissons, par son très humble et très obéissant serviteur.

Chapelain. »

Ne quittons pas le dix-septième siècle sans rappeler cet Ex-dono de Poisson écrit sur une Phèdre de Racine (Jean Ribou, 1667, avec figure de Séb. Leclerc), nous rencontrons ici pour la première fois la forme fantaisiste qui deux cents ans plus tard deviendra très-fréquente dans V Ex-dono. Ces vers sont tracés au verso de la figure.

« A Monseigneur le Marquis de Louvois. »

Si donnant Phèdre. On va dire aujourd'huy

Que je donne le bien d'autruy.

Ce on pourrait bien se méprendre, Il en serait aisément convaincu,

Car Ribou vient de me la vendre ;

Elle me couste un bon écu.

Poisson. »

Au commencement du dix-huitième siècle, je retrouve la formule qui va envahir Y Ex-dono : « Pour M... son très-humble serviteur ; » la partie anecdotique rompra heureusement la monotonie de ces répétitions forcées.

Sur un exemplaire in- 12 de V Histoire du Marquis

de C ternes et du chevalier de Périanes (1716), on lit au verso du titre :

« Pour Madame la Duchesse de Brancas, de la part de son très-humble et très-obéissant serviteur.

De Sacy (i). »

Nous retrouvons identiquement la même formule dans YEx-dono de l'abbé Nadal, écrit sur sa tragédie âCAntiochus pour le cardinal de Rohan. La même encore, toujours la même sur une tragédie de Piron : Callisthène (1730), offerte à M. Dubrème.

Au revers de la garde d'un livre intitulé : Institutions de Physique (Prault, 1740, sans nom d'auteur) sont tracées ces deux lignes :

« Pour monseigneur le Chancelier,

De la part de Madame la marquise du Chastellet. »

Le livre était mis à l'index ; il est assez piquant d'en trouver un exemplaire offert par l'auteur au magistrat chargé de le poursuivre.

Voltaire a fréquemment employé la forme banale du très-humble serviteur, mais souvent aussi il n'écrivait pas ses Ex-dono; en 1747, quand fut imprimé le Poème de Fontenqy, il envoya son secrétaire à Lille, chez Panckoucke où se faisait le travail typographique, avec une liste des personnages auxquels il voulait adresser un

(1) Ce de Sacy est le fils de l'académicien qui occupa le 38* fauteuil, de 1701 à 1728.

exemplaire de son œuvre \ là, de sa plus belle écriture le secrétaire traça ces mots au verso de la garde :

« De la part de votre très humble et très obéissant serviteur. Voltaire. »

Au bas était le nom du destinataire. L'exemplaire qui m'a été communiqué par mon obligeant ami M. Poulet- Malassis était adressé au duc de Péquigny (i).

Mais Voltaire n'agissait pas toujours avec un pareil

sans-facon.

En 1745, il adressait à l'impératrice de Russie, Elisabeth, un exemplaire de la Henr i ad e (in- 40, Londres, 1 741), avec ces vers écrits de sa main et signés sur la garde :

« Sémiramis du Nord, Auguste impératrice Et digne fille de Ninus, Le ciel me destinait à peindre tes vertus, Et je dois rendre grâce à sa bonté propice, Il permet que je vive en ces temps glorieux Qui t'ont vu commencer ta carrière immortelle, Au trône de Russie il plaça mon modèle, C'est là que j'élève mes yeux.

Voltaire, 20 juin 1745. »

Ce volume a été adjugé au prix de i5i francs, à la vente du marquis de Coislin en 1847 ? ^ est Permis de

(1) Le duc de Péquigny, qui paraît vraiment être destiné à fournir des notes, est cité dans la note t du poème; il paraît qu'à Fontenoy, il commandait les chevau-légers.

penser que l'autographe, plus que le mérite des vers, a tenté l'amateur.

En 1 762, l'abbé de Voisenon écrivait, sur un exemplaire de son Discours de Réception à V Académie française, ces deux lignes plus dignes et moins serviles que tout ce que j'ai cité jusqu'ici ; il est vrai que la destinataire était son amie, madame Favart :

a Madame Favart, de la part de son très humble, et très obéissant serviteur et intime ami, l'abbé de Voisenon. »

Cette plaquette in-8°, encore enveloppée de sa couverture du temps, un papier rose capricieusement gaufré d'ornements dorés, appartient maintenant à la collection de M. Ph. Burty.

Voulez-vous un Ex-dono dont le laconisme un peu brutal peigne bien une époque et reflète bien un caractère, lisez celui-ci sur les Essais en vers (Didot, 1 796) :

« Au citoyen Cailleau.

Rouget de Lisle. »

Nous allons maintenant entrer dans les temps modernes et je vais prouver que Y Ex-dono, en se multipliant, en prenant une allure plus indépendante et plus personnelle, a pu souvent, dans sa forme concise, résumer toute la manière d'un écrivain, condenser la quintessence de son esprit, donner une idée exacte de la nature de l'homme. Le style c'est l'homme, a-t-on dit; jamais cet axiome

ne saurait s'appliquer plus exactement qu'à ces phrases toutes primesautières , écrites à la hâte, sur demande, loin du coin aimé où le poëte travaille entouré de tout ce qui rend le « chez soi » cher et précieux. A tous ces titres, on le comprend, YEx-dono devient d'un puissant intérêt pour l'histoire littéraire.

Avant de s'engager dans le vaste champ des citations, il peut être curieux de suivre dans sa forme, dans son attitude, dans la place qu'il se choisit, YEx-dono qui, malgré les rares exemples du passé, reste chose toute moderne.

Nous le voyons d'abord, sous le premier empire et sous la Restauration, s'inscrire timide et minuscule sur la couverture du livre, couverture en ce temps-là vouée à une prompte destruction, — l'usage n'étant pas encore de relier sur brochure ; — ainsi placé, il est la plupart du temps signé seulement d'initiales et conserve, à de rares exceptions près, cette contexture banale : « Hommage de V auteur. »

Sur un exemplaire de Y Ode sur la naissance du duc de Bordeaux (in-8°, Pélicier et Ponthieu, 1820), par Victor- Marie Hugo, je relève cette ligne écrite au verso du faux titre, et signée de trois initiales entourées d'un paraphe qu'on retrouve rarement plus tard dans les signatures du

poëte.

« A mon bon et cher oncle, le colonel Louis Hugo.

En 1822, Victor Hugo offrait à Raynouard un exemplaire des Odes et poésies diverses (in- 18, Pélicier), et ne

signait pas son Ex-dono ; même réserve sur un Bug- Jargal donné en 1826 à Jules Lefèvre ; — celui-là qui, guéri du romantisme « par un mariage riche et un aimable intérieur, s1 aperçut, dit Fauteur de Victor Hugo, raconté 'par un témoin de sa vie, qu'il était un brave homme. »

Le temps a marché, l'usage de la dédicace autographe s'est répandu, et voici, en 1828, Emile Deschamps dédiant à Alfred de Vigny ses Etudes françaises et étrangères par cette ligne pleine d'admirative affection :

« A mon cher et grand Alfred.

Emile. »

En cette même année, Casimir Delavigne écrivait, sur un exemplaire de la Princesse Aurélie, cette phrase dont il serait curieux de connaître l'inspirateur, mais qui semble singulièrement placée sur le faux titre d'une comédie :

« Au flambeau des électeurs de tous les temps,

Un électeur de 1828. »

A côté de cet énigmatique envoi qui, on le remarquera, est bien dans la manière de l'auteur de Y École des Vieillards, plaçons celui-ci qui n'est pas moins, vu sa forme ferme et concise, dans la manière du poè'te des ïambes.

Il est écrit sur un exemplaire de F édition originale (Urbain Canel, i832) :

« A monsieur Valette,

Hommage et respect.

Auguste Barbier. »

Revenons à Victor Hugo : on ne sera pas surpris de voir rayonner sur cette étude un nom qui a rempli tout un siècle de sa splendeur.

En 1844, un exemplaire de Ruy Blas est offert avec cette dédicace au grand comédien qui a créé le principal rôle de l'œuvre :

« A Frederick, si bien nommé, le Maître.

Victor Hugo. »

En 1845, sur sa Réponse au discours de Sainte- Beuve à l'Académie, le poëte écrivait ce simple mot et le signait :

« Hommage.

Victor Hugo. »

M. Aglaùs Bouvenne, Fauteur du seul livre que nous possédions sur les Monogrammes historiques, l'artiste qui a dessiné et gravé Yex-libris du maître : une Notre- Dame de Paris traversée par l'éclat lumineux d'un coup de foudre, possède dans sa collection un exemplaire des Châtiments , superbement habillé de maroquin

— i7 ~ brun, le faux titre est couvert de la magistrale écriture du poëte :

« A monsieur Aglalis Bouvenne, avec mon plus cordial serrement de main.

Victor Hugo.

H. H. Juillet 1870. »

Sur un exemplaire de Napoléon le Petit (in- 16, 1 853, imprimé en France à vingt-deux exemplaires seulement) , appartenant à M. Ph. Burty, on trouve, en guise âCExdono, ces trois vers de la pièce III du livre V des Châtiments ; on remarquera qu'ils contiennent une légère variante :

« Sur cette pourpre il faut qu'on mette Non les abeilles de l'Hymète, Mais l'essaim noir de Montfaucon!

Victor Hugo. »

Jules Janin avait reçu, pour ses étrennes de 1860, La Légende des Siècles (Paris, Lévy, 1859), avec cette dédicace :

« A celui qui, comme poëte et comme ami, est inépuisable.

« A la plume vaillante et ailée.

« Au noble cœur qui comprend et qui célèbre la victoire

des vaincus.

« A l'homme qui, depuis trente ans, est un des éblouissements

de Paris.

« A Jules Janin !

Victor Hugo.

H. H., Ie' janvier 1860. »

A la vente J. Janin, ce livre a été adjugé au prix de 635 francs.

Citons encore cet Ex-dono d'une grandeur et d'une simplicité charmantes; il est écrit sur un exemplaire des Châtiments ; édition analogue à celle de Napoléon le Petit, dont nous parlons plus haut :

« Exilium vita est. »

« A M. Ph. Burty, son ami,

Victor Hugo. »

Et celui-ci sur les Chansons des Rues et des Bois :

« A Gh. Baudelaire.

« Jungamus dextras. »

On connaît de Théophile Gautier cette ravissante phrase, écrite sur un Albertus offert à une amie :

« Aimez-moi comme je vous aime. »

Et celle-ci, souvenir de la société Baudelaire, sur un exemplairee du Voyage en Russie, offert à Sainte- Beuve :

« A l'oncle Beuve, son dévoué neveu.

Th. Gautier. »

Voici un Ex-dono que j'ai trouvé sur la traduction d'Horace de Jules Janin, appartenant à M. Francis

Petit, l'expert érudit que tout le Paris artistique connaît ; tracé au crayon sur le faux titre, il affecte de conserver la forme surannée du dix-huitième siècle :

« Pour M. Francis Petit, le grand juge des vivants et des morts.

Son tout dévoué. Jules Janin. »

Comme pendant, citons cet Ex-dono de Charles Blanc sur une Grammaire des arts du dessin (Paris, 1867) :

« A Paul de Saint- Victor, maître en l'art d'écrire et d'écrire sur Part. Charles Blanc. »

Je ne suis pas encore assez loin de J. Janin pour ne point raconter une histoire iïEx-dono dont il est le héros.

Un célèbre relieur appelé par Janin qui voulait lui confier quelques travaux, eut l'attention délicate de choisir, pour échantillon de son savoir-faire, un exemplaire de cette même traduction d'Horace.

Le volume relié sur brochure était habillé de maroquin plein, non rogné, doré en tête, orné d'encadrements sur des plats, de dentelles aux bords intérieurs, de nervures, de petits fers, etc., etc., tout ce que le bon goût autorise, tout ce que le luxe peut se permettre.

Janin fut flatté de voir son oeuvre si richement enveloppée et, sans s'informer du nom du propriétaire de ce beau livre, il écrivit sur le faux titre :

« Ami inconnu, je te salue. J. J. »

C'est encore Janin qui mettait sur : Petits Romans d'hier et d'aujourd'hui (in- 12; Paris, 1870), ces deux vers mystérieusement intimes :

« Maxime, entre nous deux, le pari suspendu, Quel bonheur, cher ami, c'est moi qui l'ai perdu! Janvier 1870. J. Janin. »

Puis sur la Poésie et VEloquence à Rome au temps des Césars (Paris, 1864).

« A mon maître, à mon ami, M. Sainte-Beuve.

J. Janin. »

Et sur une autre traduction àH Horace offerte à Edouard Fournier :

« Grand chercheur, habile inventeur, As-tu découvert mieux qu'Horace ?

Fais-m'en part — et soudain je passe De mon poëte à ton auteur.

Jules Janin. »

Si Janin savait offrir gracieusement ses livres, il en recevait qui lui étaient présentés d'une façon ravissante, témoin cet envoi de Frédéric Mistral sur Mireio, pouemo provencau (Avignon, 1859):

a A Jules Janin, un poutoun de Mireio.

Fr. Mistral. »

« Un baiser » de l'héroïne de son poëme ! Que pouvait offrir de mieux à Janin le poëte provençal?

Jules Jan'in

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