‹ Étude sur les ex-dono et dédicaces autographes (volume 2)Chapitre 4 sur 6 · EN RUSSIE · texte numérisé non relu

EN RUSSIE

Bibliothèque de

r Maurice Tourneux

mean (Paris, Poulet-Malassis, 1862), un volume rencontré en bouquinant sur les quais en compagnie du possesseur :

« Témoignage d'amitié à Aglaiïs Bouvenne.

Ch. Asselineau.

i5 mai 187 1. »

« In bouquinando quai Malaquais, Delescluze et Raoul Rigault Cossus. »

La collection d1 Asselineau était riche en volumes dédiés \ voici encore une ligne amicale de Th. Gautier, elle est écrite sur un Albertus (Paris, Paulin, 1 833) :

« A Charles Asselineau, au dernier des romantiques, l'un des plus anciens et premiers romantiques.

Théophile Gautier.

Ce Ier juillet 1869. »

Sur une traduction des tragédies de Shakespeare Macbeth et Roméo et Juliette (Paris, Comptoir des imprimeurs, 1844), d'Emile Deschamps, est écrit ce quatrain :

« A Charles Asselineau, si digne De son talent par sa bonté, Ce livre un jour fut présenté Par son confrère-ami qui signe :

Emile Deschamps. »

En 1841, le même Emile Deschamps dédiait à E. Turquety son recueil de Poésies édité par Dilloye

avec cette ligne autographe dont le quatrain précédent semble être la paraphrase :

« Au poëte qu'on aime et qu'on admire.'

Emile Deschamps. »

Sur un Macbeth, drame en cinq actes, en vers, représenté en 1848, et offert à mademoiselle Rachel, Emile Deschamps écrivait encore :

« Depuis trois ans, ô vous! l'idéal du poëte! Je n'osais pour mon œuvre ayant l'âme inquiète, Déposer en vos mains ce Shakespeare français, Aujourd'hui que Macbeth, même à travers mon voile, Dans le ciel de votre art fait passer son étoile; Souffrez que j'ose mettre à vos pieds... un succès.

Emile Deschamps. »

Comme parallèle aux vers de Deschamps, voici ceux d'un autre poëte, tracés sur un volume intitulé les Deux Saisons :

« Pour mes rhythmes, ami, ne soyez pas sévère; Jugez le goût du vin, non la forme du verre; Vous tenez en vos mains et ma chair et mon sang; C'est de moi tout entier que je vous fais présent. •

Philoxène Boyer. »

Il serait regrettable, tandis que nous citons des vers, de ne point rappeler ceux-ci de Théodore de Banville, écrits sur la garde des Stalactites (Paris, 1 846) :

Charles Monselel

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GALAItTERIES

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« Que les temps sont changés, mon cher Asselineau, Pour moi l'enfant Amour allumait son fourneau, Lorsqu'en des lieux charmants, remplis de clématites, Je rêvais ce recueil nommé les Stalactites, Tout jeune encore, ainsi que Damète ou Tircis. Hélas! c'était en mil huit cent quarante-six, Époque où j'étais cher à la grâce indécente, Et j'écris ces dix vers en mil huit cent soixante, N'ayant presque plus d'or et d'argent sur le front, Vieux lyrique fourbu, dont les jeunes riront.

Th. de Banville. »

La glane est abondante dans les livres offerts à Ch. Monselet, je vais citer quelques dédicaces curieuses que le catalogue de sa vente a reproduites.

Sur un volume des Athéniennes (Paris, Lemerre, sans date), sont tracées ces lignes toutes pleines de l'esprit et de la manière de Fauteur de la Bougie Rose :

« A Charles Monselet. Je recommande cet enfant maudit dès son berceau, le père, Charles Joliet. »

Ne croirait-on pas entendre parler Philoxène Boyer, voir ses mains se tordre et son visage se convulsionner, quand on lit cette longue dédicace écrite sur un exemplaire des Deux Saisons (Lemerre, 1867)?

« Au joyeux Monselet, ce volume qui ne rit guères,

mais qui aura soin de ne s'ouvrir pour lui qu'à ses

pages les moins [moroses, là où je puis être lu pendant

quelques minutes, par le plus franc des critiques, par

le plus affectueux des amis.

Philoxène Boyer.

ier juillet 1867. »

Combien je préfère cette simple ligne de Pierre Dupont sur un volume intitulé Muse juvénile (Garnier, 1859) :

« A Charles Monselet, vieil et nouveau souvenir.

Pierre Dupont. »

Où celle-ci : — sur un Assassin de Jules Claretie :

« A Charles Monselet, ce roman qui est aussi un portrait après décès.

De cœur.

Jules Claretie. »

Après ces envois à Monselet, copions ces lignes de lui sur la première page d'un volume intitulé : Les Galanteries du dix-huitième siècle (Paris, Lévy, 1862) :

« A Monsieur Sainte-Beuve, au critique souriant.

Charles Monselet. »

Puis, plus bas, au-dessous du faux titre :

« P. S. Que vous vous êtes montré impitoyable pour Rétif de la Bretonne à propos de Chénier! Et pourtant les deux premiers volumes de Monsieur Nicolas!...

Citons maintenant, un peu au hasard, quelques dédicaces curieuses par les noms des donateurs, ceux des destinataires ou simplement même par leur rédaction.

Voici un Ex-dono d'Alexandre Dumas père, qui dans

Honoré de Balzac

Bibliothèque de Mr Philippe Burty

quelque deux cents ans d'ici aura la même saveur que le mot de Corneille précédemment cité : il est écrit sur les Aventures de John Davjs (Paris, 1840) :

« A ma bonne voisine Julienne.

Alex. Dumas. »

Balzac, qui a dédié tous ses livres, a été peu prodigue tfEx-dono, néanmoins je relève celui-ci sur un exemplaire des Ressources de Qiiinola (Paris, Souverain, 1 842) :

« A ma chère mère, son fils qui l'aime.

Hon : B. »

On sait, par la Correspondance de Balzac, que, lors de l'apparition de ses livres, une de ses premières préoccupations était d'en faire parvenir un exemplaire à sa mère.

Le marquis de Custine, auteur d'une Béatrix Cenci, tragédie représentée en i833 à la Porte Saint-Martin, a possédé le Livre Mystique, curieuse édition de Werdet datée du i5 janvier 1 836, avec cette dédicace :

« A Monsieur le Mis de Custine, en témoignage de l'amitié de l'auteur.

De Balzac. »

J'ignore à quel astronome ou à quel habitant d'un sixième étage étaient adressés ces vers d'Alfred de Mus-

set, sur un Spectacle dans un fauteuil (Renduel, i832):

« En souvenir d'un beau coup d'œil Dont j'ai joui dimanche à votre observatoire, Mon cher hôte, acceptez l'offre dédicatoire

Du Spectacle dans un fauteuil (i). »

Sur un exemplaire de la Ciguë (Paris, 1 844) on lit :

« A monseigneur le duc de Montpensier, Hommage de dévouement.

Emile Augier. »

Un volume de Gérard de Nerval : Petits châteaux de Bohême (Paris, Didier, 1 853), est offert avec cette dédicace :

« A Philarète Chasles,

Le poète de la Fiancée de Bénarès.

Gérard de Nerval. »

Sur la Loterie du Mariage, comédie en deux actes en vers (Paris, 1 868), Jules Barbier écrit :

« A mon cousin Aug. Barbier : Proximus huic, sed Ion go proximus intervallo.

Jules Barbier. »

Le beau Léandre, comédie en un acte en vers, est

(1) Cet Ex-dono est cité par M. Poulet-Malassis, dans V Appendice à la seconde édition de la Bibliographie romantique de Charles Asselineau (Paris, Rouquette, 1874).

J. Autran

BiMiotkêque de Mr Alexandre Dumas

offert à mademoiselle Léontine Bertin avec ces lignes tracées sur la première page :

« A Mademoiselle Léontine Bertin, que le grand Watteau eût choisie, d'une beauté si délicate et si pure, pour le modèle de Colombine, notre adorée.

Théodore de Banville. »

Ces lignes écrites sur une comédie m'amènent à transcrire cet Ex-dono tout plein de la joie de Fauteur et de sa reconnaissance pour l'interprète au lendemain de son succès ; il est écrit sur un exemplaire du Perroquet gris :

« A Mademoiselle Defodon, la jolie et sympathique Honorine.

Remerciements de l'auteur.

Adrien Lelioux. »

Hélas ! la jolie et sympathique Honorine a fait peu de cas du don du poëte ; j'ai acheté le livre, non coupé encore, chez un étalagiste de la rue Soufflot.

Plein d'amicale simplicité est cet Ex-dono d'Alexandre Dumas fils sur VAmi des femmes, offert à Théophile Gautier :

« A mon cher Théo, son vieil ami.

Alex. Dumas. »

Sainte-Beuve inspirait souvent de pompeuses dédi-

caces; en voici d'abord une de madame Desbordes Valmore sur Bouquets et Prières (Paris, Dumont, 1 843) :

« Au cœur du poëte, Un cœur de femme.

Marceline Valmore. »

Puis, un de George Sand sur Monsieur Sylvestre

(Lévy, 1866):

« A mon ami Sainte-Beuve, chère et précieuse lumière dans ma vie.

George Sand. >>

Sur un exemplaire de Daniel (1859) :

« A Sainte-Beuve,

A vous, mon cher maître, qui avez bien voulu assister à la naissance de cet enfant de mon esprit. — Avec les plus chaleureuses expressions de reconnaissance de votre obligé. E. Feydeau. »

Peu de jours avant sa mort Sainte-Beuve recevait un exemplaire de la Comtesse de Chalis avec ces mots :

« Mon cher Sainte-Beuve, je ne croirai pas avoir perdu mon temps, si la lecture de ce livre peut vous faire oublier vos souffrances. Ernest Feydeau. »

Les hommes supérieurs laissent après eux un héritage précieux entre tous, celui des affections qu'ils ont ressenties ; les hommes qu'ils ont aimés deviennent promptement chers à ceux qui les regrettent.

On trouve la trace de ce sentiment dans cet Ex-dono de G. Flaubert, adressé à M. Jules Troubat, un ami de Sainte-Beuve, peu de temps après la mort de celui-ci. Il est écrit sur un volume de Fédition originale de Y Éducation sentimentale (Paris, Lévy, 1870) :

« A mon ami Troubat, pour lui et en souvenir de l'autre.

G. Flaubert (i). »

Le même sentiment inspire ces mots écrits sur les Œuvres de Jules Lacroix, théâtre (Lévy, 1874) :

« A monsieur Jules Troubat, l'ami dévoué de notre cher et illustre Sainte-Beuve.

Jules Lacroix. »

Dans cette même note mélancolique, relevons encore cette ligne touchante écrite par J. Sandeau sur un exemplaire de Catherine offert à J. Janin :

« Donné à mon ami J. Janin, au chevet de Ghaudesaignes, mort. »

Ghaudesaignes est Fauteur oublié d'un volume de vers intitulé le Bord de la Coupe; il mourut en 1846, jeune et pauvre \ la sollicitude de Janin adoucit ses derniers moments.

Ici viendront parfaitement quelques mots écrits par

(1) Sainte-Beuve est mort le i3 octobre 1869. Ce livre, bien que daté de 1870, a paru dans les derniers mois de 1869.

Ed. de Goncourt, sur un Gavarni, offert à Arsène et à Henry Houssaye :

« Aux deux Houssaye, ce qui reste des deux de Goncourt.

Ed. de Goncourt. »

Sur les Exilés (Paris, Lemerre, 1867), offerts à Sainte-Beuve, Th. de Banville écrivait :

« Au grand et glorieux poëte de Joseph Delorme, des Consolations, des Pensées d'Août,

Son très-humble et très-fidèle admirateur,

Th. de Banville. »

Je me permets de préférer cet Ex-dono, inspiré par une moins imposante personnalité, il reste plus près du sentiment humain : il est tracé sur un exemplaire des Camées parisiens :

« A Ch. Asselineau, son vieux, ancien et fidèle ami. Th. de Banville. »

Ou celui-ci encore qui remonte à la belle période romantique et que je retrouve sur un Yseult Raimbaud, drame en quatre actes en vers (i83o) :

« A mon frère d'Art et de Cœur, Alex. Dumas, Souvenir du jour de l'an.

P. Foucher. »

Nous avons transcrit ci-dessus plusieurs lignes adres-

sées à Sainte-Beuve, rappelons celles-ci écrites par lui en 1 869 sur Joseph Delorme (édition belge) :

« Amico de Chantelauze. Hase Juvenilia Senex, nec tamen pœnitens.

Sainte-Beuve. »

Et cet Ex-dono écrit pour Champfkury sur un exemplaire de Volupté qui, mis à la poste, ne parvint pas au destinataire :

« A l'auteur des Chats, L'auteur de Volupté.

Sainte-Beuve. »

On a déjà pu remarquer, par les citations qui précèdent, le caractère des Ex-dono d"' Ernest Feydeau; en voici un adressé à Fauteur du Demi-Monde, qui ne le cède en rien à ceux que nous avons cités.

Il est écrit sur une luxueuse édition de Fannr, tirée à cent exemplaires numérotés à la presse. (Paris, Amyot, i858.)

L'exemplaire appartenant à M. Alexandre Dumas porte le n° 2.

« A toi, mon cher Dumas, cet exemplaire de choix de

ma première Étude que tu as si bien comprise et si

bien défendue. Je le voudrais splendide pour te mieux

témoigner ma gratitude ! Accepte-le tel qu'il est,

comme un hommage que je suis heureux de rendre

à ton talent et comme un souvenir de ton bon

camarade.

Ernest Feydeau. »

Il existait depuis longtemps entre George Sand et M. Alexandre Dumas fils une douce habitude intime dont je livre avec joie la révélation aux futurs biographes.

George Sand appelait M. Alexandre Dumas : son fils; celui-ci appelait George Sand : maman. Aussi trouvonsnous ces mots sur un exemplaire du Marquis de Villemer (Paris, Lévy, 1864) :

« A mon cher fils

Alexandre Dumas f. Sa maman

George Sand. »

Ne quittons pas la collection précieuse de M. Alexandre Dumas, sans glaner encore ce quatrain de Joseph Autran. Il est tracé sur le Cyclope d'après Euripide, (Paris, Lévy, i863.)

a A mon cher Dumas fils.

Il faut, certes, beaucoup de candeur intrépide Pour oser à toi, Maître, envoyer ce fragment ;

J'en aurais le droit seulement

Si j'étais moi-même Euripide.

J. Autran. »

Sur un exemplaire du Lion Amoureux (Paris, 1869), je copie cette ligne qui n'est que la constatation d'une affection :

« A mon cher ami A. Dumas fils.

F. Ponsard. »

Georges S and

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