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souvenir d'amitié pour un vieux camarade, hamecon jeté à la vanité d’un critique en échange de quelques lignes d'approbation banale, hommage admiratif pour un maître vénéré, l’'Ex-dono est tout cela, et néanmoins devient souvent et très-vite une simple curiosité pour un bibliophile.
Les échos de la salle Sylvestre et de l'hôtel Drouot savent à quels prix s’adjugent parfois les livres agrémentés d’une dédicace autographe.
Le succès récent de la vente J. Janin est dû en partie au grand nombre d'exemplaires ornés d'envois d'auteur que contenait sa bibliothèque.
On connaît l’histoire d’un homme de lettres, qui, pour donner une robe d’été à sa femme, vend, à la fin de chaque printemps et en bloc, tous les volumes qui lui ont été offerts et dédiés pendant l’année écoulée.
D'autres, plus scrupuleux à leur sens, croient faire preuve de pudeur et dissimuler leur petite ingratitude en biffant grossièrement leur nom sur l’'Ex-dono ou en déchirant un coin de la feuille sur laquelle il est écrit : — mutilations aussi ridicules qu’inutiles et maladroites et dont le moindre tort — tort impardonnable à mes yeux— est d’abimer un livre (1).
(1) Voyez le Catalogue de la vente des 13, 14, 15 et 16 mars 1872 : N° 70 : Les Fourberies de {Nérine, de Th. de Banville, r'° édition, exemplaire avec envoi autographe, signé de l’auteur, le nom du destinataire a été rayé.
Même mutilation sur un exemplaire de l'Histoire de la Société française pendant le Directoire,des frères de Goncourt. (Catalogue Detaille, n° 34, 1874.)
I serait superflu d'ajouter que je pourrais Hétioner ces exemples à Pinfini.
Pr a
Je ne veux point, en signalant ces faits, m'élever contre l'usage, fort répandu maintenant, de l'Ex-dono, mais seulement constater qu’on le détourne de son but en le prodiguant.
Il faut, selon moi, que l'Ex-dono ait, comme toute chose, sa raison d’être. Je n’admets pas que l'éditeur de l'œuvre d’un poëte ait la fatuité d'écrire sur un exemplaire qu'il a fonction de vendre deux francs :
« À Monsieur ***,
Hommage de l'éditeur,
J'ai cette dédicace autographe sur un volume frèssimplement édité en 1847 ; si je remplace par ** le nom fort connu du premier possesseur et par X le nom de l'éditeur donataire, c’est que ma critique toute générale se refuse à descendre aux personnalités.
Au temps passé on était fort peu prodigue de la dédicace autographe, et je crois qu’on chercherait vainement trace d’un véritable Ex-dono sur les livres qui ont paru avant le dix-septième siècle.
La formule n'était pas inconnue pourtant ; sur le plat d’un volume imprimé par les Estiennes en 1599 et qui passa récemment en vente, on lisait cette légende autour des armes du premier possesseur :
« Ex dono Claudii Tisserand prioris S. Petri Cabiloni, 1622. »
CAC TE
Ceci ne me paraît point être un Ex-dono proprement dit, mais simplement une indication de provenance qu’il faudrait traduire ainsi :
« D’envoi de Claude Tisserand, prieur de Saint-Pierre de Chälon-sur-Saône. »
Cette hypothèse est d'autant plus admissible à mon sens que l'ouvrage (un Pline) n’est pas du prieur Claude Tisserand.
On ne saurait faire la même observation à propos des Poëmes de Claude Expilly (Grenoble, 1624), un volume sur la reliure duquel on lit :
« Pour la Reine. »
Ici nous sommes bien certainement en présence d’une gracieuseté de poëte, d’un luxueux envoi d'auteur, d’un Ex-dono.
La dédicace autographe la plus ancienne que je connaisse est écrite par Malherbe, sur un volume donné à son fils. M. Alphonse Pagès l’a citée dans son remarquable ouvrage intitulé les Grands Poëtes fran- Çais.
| « Emit filio suo, Marco Antonio, Franciscus Malherbe. Parisiis, 1619. »
« Delectarem Domino, et dabit tibi certationes cordis tui.
Fr. MALHERBE. »
Delectarem, etc., était, on le sait, la devise du poëte.
En 1637, sur Didon, tragédie de Scudéry, nous rencontrons un envoi autographe.
« À Mademoiselle de Paulet, »
Sur le Cid, tragi-comédie, Paris, F. Targa, in-4°, 1637 (une des premières éditions de l’œuvre, publiée sans nom d'auteur), sont tracés, de la main du grand Corneille, ces mots pleins aujourd’hui d’un mystérieux et doux parfum :
« À Anne, Un amy. »
Relevons, afin de constater le développement de l'usage et aussi la naissance de la formule : « Pour monsieur » que nous rencontrerons fréquemment jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, un envoi signé de Du Ryer sur sa tragédie Alcionée (1640) :
« Pour mon cher amy monsieur Colletet. »
Un envoi de Balzac à madame la marquise de Montausier sur le Barbon (1648) ;
La dédicace écrite sur la garde des Coups de l'Amour et de la Fortune, tragi-comédie de Quinault :
« Pour Monsieur de Corneille,