‹ Étude sur les ex-dono et dédicaces autographesChapitre 3 sur 29 · A RS · texte numérisé non relu

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exemplaire de son œuvre ; là, de sa plus belle écriture le secrétaire traça ces mots au verso de la garde :

« De la part de votre très humble et très obéissant serviteur. VOLTAIRE. »

Au bas était le nom du destinataire. L’exemplaire qui m'a été communiqué par mon obligeant ami M. Poulet- Malassis était adressé au duc de Péquigny (1).

Mais Voltaire n’agissait pas toujours avec un pareil sans-facon.

En 1745, il adressait à l’impératrice de Russie, Elisabeth, un exemplaire de la enriade(in-4°, Londres, 1741), avec ces vers écrits de sa main et signés sur la garde :

« Sémiramis du Nord, Auguste impératrice Et digne fille de Ninus, Le ciel me destinait à peindre tes vertus, Et je dois rendre grâce à sa bonté propice, Il permet que je vive en ces temps glorieux Qui t'ont vu commencer ta carrière immortelle, Au trône de Russie il plaça mon modèle, C’est là que j'élève mes yeux.

VOLTAIRE, 20 Juin 1745. »

Ce volume a été adjugé au prix de 151 francs, à la vente du marquis de Coislin en 1847 ; il est permis de

(1) Le duc de Péquigny, qui paraît vraiment être destiné à fournir des notes, est cité dans la note # du poëme; il paraît qu’à Fontenoy, il commandait les chevau-légers.

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penser que l’autographe, plus que le mérite des vers, a tenté l'amateur.

En 1762, l'abbé de Voisenon écrivait, sur un exemplaire de son Discours de Réception à l'Académie française, ces deux lignes plus dignes et moins serviles que tout ce que j'ai cité jusqu'ici ; il est vrai que la destinataire était son amie, madame Favart :

« Madame Favart, de la part de son très humble, et très obéissant serviteur et intime ami, l'abbé de Voisenon. »

Cette plaquette in-8°, encore enveloppée de sa couverture du temps, un papier rose capricieusement gaufré d’ornements dorés, appartient maintenant à la collection de M. Ph. Burty.

Voulez-vous un ÆEx-dono dont le laconisme un peu brutal peigne bien une époque et reflète bien un caractère, lisez celui-ci sur les Essats en vers (Didot, 17006) :

« Au citoyen Cailleau.

RouUGET DE LISLE. »

Nous allons maintenant entrer dans les temps modernes et je vais prouver que l'Ex-dono, en se multipliant, en prenant une allure plus indépendante et plus personnelle, a pu souvent, dans sa forme concise, résumer toute la manière d’un écrivain, condenser la quintessence de son esprit, donnerune idée exacte de la nature de l’homme. Le style c’est l’homme, a-t-on dit; jamais cet axiome

ne saurait s'appliquer plus exactement qu’à ces phrases toutes primesautières, écrites à la hâte, sur demande, loin du coin aimé où le poëte travaille entouré de tout ce qui rend le « chez soi » cher et précieux. À tous ces titres, on le comprend, l'Ex-dono devient d'un puissant intérêt pour l’histoire littéraire.

Avant de s'engager dans le vaste champ des citations, il peut être curieux de suivre dans sa forme, dans son attitude, dans la place qu'il se choisit, l'Ex-dono qui, malgré les rares exemples du passé, reste chose toute moderne.

Nous le voyons d’abord, sous le premier empire et sous la Restauration, s'inscrire timide et minuscule sur la couverture du livre, couverture en ce temps-là vouée à une : prompte destruction, — l'usage n'étant pas encore de relier sur brochure ; — ainsi placé, il est la plupart du temps signé seulement d'initiales et conserve, à de rares exceptions près, cette contexture banale : « Hommage de l’auteur. »

Sur un exemplaire de l'Ode sur la naissance du duc de Bordeaux (in-8°, Pélicier et Ponthieu, 1820), par Victor- Marie Hugo, je relève cette ligne écrite au verso du faux titre, et signée de trois initiales entourées d’un paraphe qu’on retrouve rarement plus tard dans les signatures du poëte.

« À mon bon et cher oncle, le colonel Louis Hugo.

En 1822, Victor Hugo offrait à Raynouard un exemplaire des Odes et poésies diverses (in-18, Pélicier), et ne

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signait pas son Ex-dono ; même réserve sur un Bug-- Jargal donné en 1826 à Jules Lefèvre ; — celui-là qui, guéri du romantisme « par un mariage riche et un aimable intérieur, s’apercut, dit l’auteur de Victor Hugo, raconté par un témoin de sa vie, qu'il était un brave homme. »

Le temps a marché, l’usage de la dédicace autographe s’est répandu, et voici, en 1828, Emile Deschamps dédiant à Alfred de Vigny ses Etudes françaises et étrangères par cette ligne pleine d’admirative affection :

« À mon cher et grand Alfred.

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