LOUVAIN BUREAUX DE LA REVUE
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I, ou vain. — Imprim.-Lithogr. Chaki.rs PEETERS. rue da Namur. %J
Depuis plusieurs siècles les problèmes que soulève l'étude critique des Fausses Décrétâtes ont donné lieu aux plus ardentes controverses. De ces querelles, il en est plusieurs qui peuvent être de nos jours considérées comme éteintes, ou tout au moins comme assoupies. En revanche, trois questions ont, au cours de ces dernières années, provoqué les plus vifs débats. On s'est profondément divisé quand il s'est agi de déterminer la date et la patrie des Fausses Décrétâtes, en même temps que la conduite observée par le Siège Apostolique lors de l'apparition de la célèbre compilation. Ce sont ces questions que %
je voudrais reprendre dans la présente étude (1); elles me paraissent
(1) Je ne me crois pas obligé de combattre des erreurs dont la critique a fait depuis longtemps justice, par exemple l'opinion qui plaçait à Rome le berceau des Fausses Décret aies. — Je considère comme démontrée la parenté étroite qui existe entre les Faux Capitulaires, les Capitula Angilramni, YHispana dite d'Autun et les Fausses Décrétales : au surplus, je m'abstiens d étudier particulièrement les Faux Capitulaires, attendant le résultat des recherches minutieuses que M. Skcrel a entreprises sur cette compilation (Neues Archiv der Gesellschaft fur altère deutsche Geschichtskunde, t. XXVI (1900), pp. 37-72, t. XXIX (1903), pp. 277-331 et tome XXXI (1905); pp. 59-139 ; Studien zur Benediktus Levita). Je m'abstiens aussi de rechercher de nouveau quelle est, des formes mentionnées par Hinschius sous la désignation de A 1 et de A 2 , la forme primitive des Fausses Décrétales. M. Maasskn a en effet démontré que YHispana d'Autun a été faite dans l'atelier du faux Isidore (Pseudo-Isidor Studien, II, dans les Sitzungsberichte de l'Académie Impériale
de Vienne, classe de philos, et d'hist., CIX (1885), p. 851), et que cette His- i
pana d'Autun, si elle se présente en un état antérieur à celui de YHispana qui forme le noyau du recueil d'Isidore, porte la trace d'interpolations apocryphes, non seulement dans la partie des décrétales, mais aussi dans celle des canons conciliaires. Il en résulte que, dès ses premiers travaux, Isidore s'est attaqué, à la fois, aux décrétales et aux canons; par conséquent la jj
forme A 1 , qui comprend les décrétales et les canons, a bien des chances d'être \
la forme primitive de l'œuvre d'Isidore. En tout cas il n'y a aucune raison de ij
voir cette forme primitive dans la forme A* parce qu'elle ne contient que des 1
décrétales. (En ce sens, E. Secrel, dans le résumé substantiel qu'il donne, au ^
mot Pseudoisidor t ôan8 le tome XVI de la 3 e édition de la Realencyklopâdie 1
fur protestantische Kirche, p. 270, Leipzig, 1905.) — Enfin, en ce qui cou- J 3
cerne le surnom fameux de Mercator qu'a pris le faussaire, je m'en tiens à i
en effet, à l'heure présente, susceptibles de recevoir des solutions qui s'appuient sur de très graves arguments.
Mais, avant d'en aborder l'examen, il me parait indispensable d'interroger directement le recueil d'Isidore, afin de dégager nettement le but principal que s'est proposé le célèbre faussaire. CVst en effet quand nous connaîtrons bien ce but qu'il nous sera permis de discerner l'époque et le pays où Isidore a accompli son œuvre, inspirée, comme la plupart des œuvres humaines, par des considérations de temps et de lieu.
C'est pourquoi je traiterai successivement dans le présent mémoire des sujets suivants :
But des Fausses Décrétâtes (chap. I) ;
Date des Fausses Décrétâtes (chap. II);
Patrie des Fausses Décrétâtes (chap. III et IV) ;
Les Fausses Décrétâtes et le Saint-Siège (chap. V).
l'hypothèse d'Hinschius, d'après laquelle ce surnom viendrait de l'utilisation faite par Isidore de deux passages de Marius Mercator, notamment d'une formule initiale placée en tête de ses Sermones Nestorii (Voir PL, XLVHI, col. 753 C, et l'article d'HiNScmus, dans la Zeitschrift fur Kirchenrecht, t. VI (1866), pp. 148 et s.;, Dans une étude récente (Marius Mercator und Pseudo-Isidor, dans les Sitzungsberichte de l'Académie Impériale de Vienne, classe de philos, et d'hist. t. CXLVII, (1903), mémoire VII), M. de Schulte présente de ce fait une explication qui lui semble plus satisfaisante. Le manuscrit 473 de la Bibliothèque publique de Grenoble, sur lequel M. de Schulte a le premier attiré l'attention dans son Iter Gallicum (Sitzungsberichte de Vienne, t. LIX (1868), pp. 369 et s,) se distingue par certaines particularités; notamment il contient de longs textes relatifs au concile d'Ephèse, que M. de Schultk croit empruntés pour une large part à Marius Mercator II estime que ce manuscrit n'est que la reproduction d'un manuscrit plus ancien, et semble en induire qu'une forme primitive d'Isidore contenait de nombreux éléments tirés de Marius Mercator. Malheureusement, la conclusion de M. de Schulte repose sur une observation erronée. Sans doute le manuscrit de Grenoble n'est que la reproduction d'un archétype, qui d'ailleurs se distingue de tous les manuscrits d'Isidore par des caractères spéciaux. Mais, d'une part, il n'est pas vraisemblable que cet archétype représente une forme primitive d'Isidore. D'autre part, les passages que M. de Schulte croit tirés de Marius Mercator ne proviennent pas de cet écrivain, mais d'une ancienne version latine des textes relatifs au concile d'Ephèse (Mansi, Concilia, V, col. 477 et ss.). Ce qui a pu tromper M. de Schulte, c'est que les incipit de cette version sont souvent à peu près semblables aux incipit de Marius; mais la comparaison des textes démontre qu'il s'agit de deux versions différentes. Je me permets de renvoyer le lecteur à la description sommaire que j'ai donnée du manuscrit de Grenoble sous ce titre : Une forme particulière des Fausses Décrétâtes d'après un manuscrit de la Grande Chartreuse T dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, XL1X (1888), pp. 325-349.