‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 10 sur 132 · LE TEXTE · texte numérisé non relu

LE TEXTE

ainsi que le souvenir de r exploit na pas encore sombré dans Vouhli. {La chose pourrait arriver), bien que tout mar'tyr apporte l'illustration à chaque endroit^ à chaque ville qui le

venlion d'Ionocenfc est de beaucoup postérieure aux événements [post longum temporis tractum],\\s,e peut que le Gratus dont il parle soit différent du Gratus qui apparaît en 451 au concile de Milan. Quoi qu'il en soit de l'inscription, et de sa date, le plus simple serait donc d'admettre qu'il y eut, vers 650, un autre Gratus évêque d'Aoste. — On ne peut rien dire de précis quant à Domitien ; le catalogue copié par Booivard [Chroniques de Genève, i, 68] n'a pas de valeur jDuchesue, Fastes^ i, 221]. — Mais on sait quelque chose d'Innocentius : les deux meilleurs mss. du férial hiéronymien lo rangent parmi les martyrs d'Agaune, parmi les cinq compagnons de jVfaurice. Gomme tous nos mss. procèdent d'une copie faite à Auxerre à la fin du vi® siècle, on doit croire que l'invention d'Innocentius est antérieure à 600 ; elle a eu lieu sans doute au cours du vi® siècle. Or, nous connaissons au vie siècle, quatre évêques de Martigny-Sion ; Constantin? (517), Rufns (541-549), Agricola (565), Heliodorus (585) [Duchesne, Fastes, i, 238-239] et deux évêques d'Aoste : Jocundus (501-502), Gallus (529-546) [Duchesne, op. laud., i, 241]. Nous ne sommes pas mieux documentés sur Genève. Il n'est donc pas impossible qu'il y ait eu, au vi» siècle, un Domitien de Genève, un Gratus d'Aoste, un Protasins de Martigny, et que ces trois évêques inconnus aient procédé à la translation des reliques d'Innocentius. — Mais je me demande si tout cela n'est pas une fable : Tinterpolateur aurait voulu associer un martyr Innocentius mal connu à Maurice et à ses compagnons et, pour rehausser ses mérites, il aurait imaginé une invention miraculeuse et une translation solennelle. Qui sait si Domitien, Gratus et Protasins ont jamais existé? Cf. infra, ce que je dis de Victor et Ursus.

L'organisation de la prière acêmèteh. Agaune est attestée dès le début du vi^ siècle. Mais la passion du roi-martyr Sigismond date sans doute de la première moitié du vui^ siècle [Krusch, S. R. M., ii, 333] [Contra cf. Jahn Gesch. Burg., ii, 387, sq.]. La troisième interpolation date peut-être de ce temps.

Le long résumé que donne Adon [22 septembre, P. L., 123, 361-364] dérive d'une version interpolée de A, du même type que le Parisinus 11748 : il ne souffle mot des Bagaudes, il mentionne la découverte du corps d'Innocentius.

La bibliographie du sujet est innombrable ; je ne vois que les gestes de Félicité dont l'insignifiance et la célébrité puissent se comparer à la célébrité et à l'insignifiance de la passion de Maurice. — Je rappelle simplement que le texte A a été découvert et publié par Chifflet \Paulinus illustratus. — Dijon, 1662, 86-92] : l'autbenticité de l'histoire, défendue par Tillemont [iv, 421-695] et Rivaz [Eclaircissements sur la région thébaine, Paris, 1779] contre les centuriateurs de Magdebourg et contre Armand du Bourdieu 11696], a été récemment soutenue par AUard [iv, 26 34 et v, 335], par Stolle [1891, loco citato] et par l'anonyme qui écrivit en 1898 dans le Museon. — Noter toutefois qu'on parle désormais, non plus d'une légion mais d'une cohorte. Cf. encore Rettberg, Kirchengeschichte Deutschlands , i, 94-111 , Hauck, K. G. D., i, 9; Egli : K. G. der Schweiz bis au f Karl dem Grossen ; Gelpke, K. G. der Schioeiz., i,81, et Ruinartî[1859, p. 313] ; Smith, Dict. of christ, biogr., ii, 257 et m, 642; Ducis, Haint Maurice et la légion thébêenne [Annecy, 1887[ ; et de Montmélian, Saint Maurice et In légion thébêenne [Paris, 1888] ; Bourbant, Saint-Maurice d'Agaune \Nuovo Bul., 1898, 194, 1899.71] ; Schmid, Der h. Mauritius und seine Genossen oder das Martyrium der ihebaïschen Legion...,L\iZQVu., 1893. — Pour plus de;détails, voir Hirschmann, Die neueste LUeratur uber das Martyrium derjhebdïschen Légion [Historiches lahrbuch, xiii (1892), 783-798J et la Bibliographie d'Ulysse Chevalier.

possède: et cette illustration est méritée, puisqu'ils donnent leurs âmes pour Dieu. Quel ne doit donc pas être notre respect pour le lieu sacré d'Agaune ou tant de milliers de martyrs se sont fait tuer pour le Christ.

Sous Maximien qui, avec son collègue Dioclètien^ gouvernait Vètat, il y eut dans presque toutes les provinces une foule de martyrs déchirés et tués. Maximien était aussi impie que vicieux et voulait éteindre le nom chrétien ; tous les fidèles du vrai Dieu allaient à la mort ou au supplice. Or., il y avait à ce moment dans l'armée une légion de soldats qu'on appelait les Thébéens ; une légion comprenait 6,600 hommes. C^étaientdes soldats auxiliaires venus de V Orient, très braves, mais plus chrétiens que braves : même sous les armes^ ils obéissaient aux préceptes de l'Evangile et rendaient à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César, Donc, quand on leur ordonne., à eux comme aux autres, d^ arrêter les chrétiens, ils refusent d'obéir. Maximien qui se repose à Octodorus [^Martigny^ apprend la révolte et entre en fureur.

Mais, avant de poursuivre, il faut dire la situation d*Agaune. Agaune est à 60 milles environ de Genève et à 14f milles de la tête du lac Léman, du point oii il reçoit le Rhône. C'est une vallée des Alpes, difficile d'accès, mais assez large. Là campait la légion sainte. Donc, lorsque Maximien a reçu la nouvelle, il ordonne de tuer un homme sur dix et de contraindre les autres à persécuter les chrétiens. Quand les Thébéens apprennent cet ordre, ils s échauffent et déclarent que jamais ils nen viendront à faire un aussi sacrilège mélier : ils sont chrétiens ; mieux vaut la mort que l'apostasie. Maximien ordonne qu'on les décime une seconde fois : ce qui est fait. Mais les autres s'encouragent à persister.

Le plus grand réconfort leur vient alors ^ â ce qu'on raconte [sicut traditur]^ de saint Maurice, primicier de la légion, (TExupère, campidoctor, et de Candidus, sénateur des soldats [militum senator] : ils les encouragent, leur rappellent les exemples des martyrs, les exhortent à souffrir la mort pour respecter le serment qui les lie au Christ [pro sacramento Chi'isti]. Ne respirant plus que le martyre, les soldats envoient à Maximien une déclaration aussi pieuse que courageuse :

« Nous sommes vos soldats *..., mais nous sommes aussi ser-

1 Nous empruntons tout ce passage à Tillemont, iv, 425,

Page 1