LE TEXTE
viteurs de Dieu : c'est ce que nous avouons, et avec joie. Nous vous devons îios armes, et à Dieu un cœur innocent. Nous avons reçu de vous la solde de la milice et de Dieu le commencement de la vie. Nous devons donc vous suivre, mais non contre celui qui est notre créateur, et qui est aussi le vôtre, quand même vous ne voudriez pas le reconnaître. Nous sommes prêts de vous obéir, comme nous avons fait jusqiià cette heure ; mais non pas quand vous nous commanderez des crimes. Que sHl faut nécessairement désobéir à Dieu ou à un homme, nous obéirons à celui que nous craignons le plus... Après tout, comment vous assurerez- vous de notre fidélité si nous ne la gardons pas à notre Dieu ? Le serment que nous vous avons prêté est-il plus auguste que celui que nous lui avons fait auparavant ? Si vous cherchez à faire mourir des chrétiens, nous le sommes tous, prêts à recevoir avec patience le coup de la mort. Nous le recevrons avec la même joie que nous l'avons déjà reçu en la personne de nos frères. Car les chrétiens savent souffrir, non se révolter. Le danger oit nous nous vogons ne nous parait pas une nécessité de nous défendre. Quelque terribles que soient les efforts de ceux qu'on réduit dans le désespoir..., nous avons des armes et nous ne nous en servirons point. Nous aimons beaucoup mieux souffrir la mort que la donner, et sortir de ce monde innocents que d'g demeurer souillés d'un crime. Emp logez donc contre nous les tourments, le fer et le feu ; nous sommes prêts à tout souffrir, mais non pas à cesser d'être chrétiens. »
Maximien les condamne tous à périr. Des soldats les entourent. Par amour de la vie, les Thébéens ne refusent pas la mort : ils déposent leurs armes et tendent la gorge; ils ne luttent pas, car ils se souviennent de Celui qui, sans réclamer, a été conduit à la tnort, muet comme un agneau ; le troupeau du Seigneur se laisse ainsi dévorer par les loups. La terre est couverte de cadavres, arrosée de ruisseaux de sang... Ainsi mourut cette vraie légion d'anges ; nul doutt qu*avec les autres légions d'anges elle loue à jamais dans les deux le Seigneur Dieu Sabaoth !
Victor n était pas de cette légion, il n'était même plus soldat : c était un vétéran sorti du service [emeritse iam militiae veteranus]. Il vogageait. Comme il passe par là, il tombe sur les persécuteurs attablés, tout heureux des dépouilles qu'ils recueillent. Il refuse de s'associer à eux, on
Vinterroge, et, parce qu'il se dit chrétien^ on le tue. — De toute cette foule de martyrs^ voilà les seuls noms que nous ayons pu découvrir, Maurice, Exupere, Candide et Victor ; mais les autres sont inscrits sur le livre de vie, si nous les ignorons. On dit aussi [dicuntur] qu'Ursus et Victor, les martyrs de Salodorus selon le bruit populaire [fama confirmât], appartenaient à cette même légion. Salodorus [Soleure^ est un castrum au-dessus de l'Arula, et près du Rhin.
Je tiens à ajouter comment mourut ce cruel tyran qu'était Maximien. Comme il voulait tuer son gendre Constantin, il fut découvert, arrêté à Èlarseille et étranglé. Longtemps après, à ce quon rapporte [traduntur], les corps des bienheureux martyrs d Agaune ont été révélés à saint Théodore ^ évêque du lieu, qui construisit en leur honneur une vaste basilique. Il arriva alors le miracle que voici : un ouvrier païen qui, seul, y travaillait le dimanche, vit les saints lui apparaître en plein jour ; en même temps il est étendu sur le chevalet et fouetté pour n être pas en ce moment à V église, ou pour travailler, lui païen., à un ouvrage aussi sacré. Il se convertit aussitôt. Voici encore un autre miracle, bien connu de tous. La mère du noble Quintus, qui était paralytique, fut guérie lorsqu'elle se fut fait transporter à la basilique des saints. Ils en ont, du reste, opéré bien d'autres, soit en chassant les démons, soit en guérissant les malades.
— A mon seigneur, saint et bienheureux dans le Christ, Silvius évêque, Eucher, [salut /] T envoie à ta béatitude le texte de la passion des saints martyrs : je Vai écrit par crainte que les gestes de ce glorieux martyre fussent ensevelis dans V oubli. Xai cherché la vérité auprès deshommes capables de me renseigner [ab idoneis auctoribus rei ipsius] , auprès de ceux qui prétendent [adfîrmabant] avoir entendu raconter le fait à V évêque de Genève saint 1 s aac, tel que je Vai conté en commençant. Je crois [credo] qu'Isaac te tenait du bienheureux évêque Théodore, qui vivait avant lui. Aussi, puisqu'on envoie des divers pays et provinces de très riches cadeaux en l'honneur des saints, nous leur offrons cet écrit en nous appuyant sur vos suffrages ; 7ious comptons sur cet appui pour effacer nos péchés passés et pour obtenir dans l'avenir la protection [praesidium] de ces saints qui seront toujours mes patrons. Souvenez-vous aussi de nous en présence du Seigneur, vous attachant toujours à servir les saints, seigneur sainte frère justement heureux !