ET LES SAINTS JEAN ET PAUL
Jean et Paul qui nous est aujourd'hui connue date de 500-530 environ. Au temps du pape Innocent, l'église du Gselius s'appelle titulus Byzantiy ainsi qu'en témoigne l'inscription de Proclinus et Ursus,
PRAESBB
ÏITVLI BYZANTI TEMPORIBVS SANCTI
INiNOGENÏl EPISGOPI*.
Le terme titulus Pammachi est attesté d'autre part au concile romain de 499 ^ Entre 499 et 530, l'église prend le yo- Q>dih\QàQ Jean Qi Paul ^ : changement qui reflète l'extension du culte à ce moment ; et c'est ce nom de Jean et Paul que semble indiquer notre texte. — En outre, Jean-Paul ne se présente pas comme un écrit de saint Ambroise. — Il est donc très probable que notre version de Jean-Paul n'a pas même date et même origine que Gervais- Protais et Agnès.
Mais il est possible qu'il y ait eu une version de la lëgendcy aujourd'hui perdue, datant de ce temps et provenant de ce groupe, L'Itinéraire de Salzbourg, le plus ancien texte qui donne les noms de Jean et Paul, a été rédigé sous Sixte II (432-440) * ; Sixte II est à peu près contemporain d'Innocent I (+ 417). Les fresques que j'ai publiées semblent remonter au début du V® siècle. Il y eut, selon toutes les vraisemblances, vers 415-430, une invention de deux corps de martyrs dans la maison de Pammachius, tout à fait analogue à celles de Maurice et de Candide, de Gervais et de Protais, de Vitalis et d'Agricola. Le même groupe de clercs rédigea à ce moment Agnès, Gervais-Protais et Jean-Paul. Les rapports de Jean-Paul et de Gervais-Protais s'expliquent donc sans peine : ils étaient sans doute encore plus apparents dans la version primitive de Jean-Paul^.
1 Bull., 1877, pi. III, IV. — L'iDscription est conserrée au musée de Latran.
2 De Rossi: Ins. Chr., ii, 150. —26 juin, 160, § 6. «TuacJoviDiaaus...rogavit ad se Vizantium senatorein, cui sic dixit... rogo ut diligenter requiras corpora sanctorum Johannis et Pauli. Etcum... eos iuveaisset Vizantius cum filio 8U0 Pammachio..., renuntiavit Joviniano,(qui)...ita praecepit dicens... fac tieri ecclesiam in domo sanctorum... » — Ces mots semblentindiquer que, au temps du rédacteur, l'église s'appelait titulus {sanctorum) Johannis et Pauli.
3 L. P., 1, notice de Symmaque, p. 261.. * G. M. R., I, 22.
' S. E. le Cardinal Rampolla a bien voulu me faire part de la découverte qu'il avait faite d'un texte inédit sur Jean et Paul : S. E. le date du début du V* siècle. C'est peut-être le texte que je vise ici.
J'ai indiqué comment s'était formée la légende des martyrs de Julien l'Apostat; je puis préciser aujourd'hui mon hypothèse * : si Maurice d' A gaune a été modelé sur un saint grec, Maurice d'Apamée, Jean et Paul de Rome ont été modelés pareillement sur deux saints grecs, Juventinus et Maximinus d'Antioche. Ce sont deux gardes du corps de Julien l'Apostat : pour avoir vivement critiqué la politique anti-chrétienne de l'empereur, ils sont emprisonnés et, comme ils refusent de renier leur foi, ils sont conduits in\ xô ^àpaôpov, au milieu de la nuit, (JL£(Tiov v'jxTôJv, et décapités. Julien répand le bruit qu'ils ont été mis à mort, non à raison de leur foi, mais parce qu'ils l'ont insulté ^. — Ici et là, les saints sont représentés comme des officiers de la cour, — qui blâment l'irréligion de Julien, — ' qui sont tués au milieu de la nuit, — non comme chrétiens, mais tamquam hostes piihlici. Ces coïncidences ne peuvent être un efTet du hasard : il est très vraisemblable que l'histoire des martyrs d'Antioche a influencé la légende romaine ^
Trois conclusions générales se dégagent de ces enquêtes, mais elles posent un difficile problème.
1. A la fin du iv* et au début du v' siècle, il y a eu, semblet-il, toute une série à'inventions *, qui ont donn^ l'essor à toute une famille de légendes.