LEOPARDUS ET SES AMIS DO
de Gervais et Protais et les gestes d'Agnès émanent, sinon de Léopard ou de ses amis, du moins de leur groupe, — et donc qu'ils datent du temps d'Innocent I [+ 417] \ du premier quart du v* siècle environ. C'est sans doute Leopardus qui a intéressé Vestina aux saints découverts à Milan — , si même ce n'est pas lui qui les lui a fait connaître. — Il avait des amis à Milan, où le pape l'avait envoyé traiter une importante affaire : il était chargé^ à Rome, de l'entretien et de la réparation des églises -, ce qui le mettait en relations avec tout le clergé local ; il avait spéciale mission d'administrer et l'église de Gervais-Protais et la basilique cémitériale d* Agnès. Si ce n'est lui, c'est quelqu'un de son entourage, peut-être Ursicinus, peut-être Paulinus\ qui a rédigé les deux légendes illustrant les deux églises. Rien d'étonnant qu'il connaisse Ravenne et lui soit favorable : le pseudonyme que prennent, les affaires que traitent ces clercs montrent en eux des Cisalpins autant que des Romains : entre Rome et Ravenne, devenue capitale, les rapports sont incessants, et c'est sur Ravenne que s'appuie Rome pour paralyser l'essor ecclésiastique
1 II n'est pas sûr que les deux textes aient été rédigés par la même personne: Gervais Prolais est beaucoup plus sec qu'Agnès. — Cela s'explique, peut-être, parce que la légende de celle-ci, plus ancienne, avait eu le temps de s'enrichir et de s'étoffer. Qui sait aussi s'il n'y a pas eu deux versions d'Agnès? li semble bien qu'il y ait eu deux versions de Jean-Paul,
Mais je ne me hasarderai pas, à la suite de Mazocchi [Comment, in Kal. neap. 3, p. 924] et de Franchi d. C. [S. Agnese, 63-67], à déterminer dès maintenant le rapport de l'une h l'autre. Si l'homélie de Maxime de Turin ignore ce qui suit la mort d'Agnès, c'est que la fin de la légende présente pour lui moins d'intérêt. Nos éditions sont trop complètement dénuées de valeur pour qu'on puisse raisonner sur les mots Agnem-Agnetem, populus-turba, et sur les différences de style du début et de la fin du texte. Ce qui me frappe surtout, c'est la différente physionomie que présentent les récits et les discours: les récits sont assez nets, et rapides ; les discours sont d'une invraisemblable longueur et d'une allure assez bizarre [cf. le discours d'Agnès à son prétendant ; ils rappellent les discours de Nérée-Achillée]. Sans doute no/re version d'Agnès date-t-elle vraiment,comme je l'ai dit [G. M. R., i, 313-318] du même temps que Nérée; de cette réédition de l'époque gothique viendraient, et les discours, et la doxologie in unitate.
Peut-être la forme pseudo-ambrosienne de la version du v* siècle a-t-elle été plaquée, si je puis ainsi dire, sur un récit antérieur, contemporain d'Ambroise et de Prudence. — Le plus sûr est d'attendre qu'on ait dépouillé tous les manuscrits qui subsistent. Mais je ne le pense pas.
2 Cf. les inscriptions de S. Pudentienne [de Rossi, Bul. 1867, 52, sq, et Musaici], de S. Laurent [de Rossi: îns. Chr., ii, 155]. et du cimetière de Ba- Billa [id., II, 30]. — Duchesne, L. P., i, 223 note 5 et 198 note 84.
3 Y a-t-il un rapport entre Paulinus et l'auteur de la vie d'Ambroise? Sur celui-ci, cf., Schanz, iv. 1, 386.
de Milan. Notre hypothèse explique tous les faits constatés ; elle ne se heurte à aucun K
Mais il existe, on le sait % de très étroits rapports entre Agnès et Jean-Paul.
Je remarque, d'autre part, d'indéniables points de contact entre Gervais-Protais et jean-Paul : 1. Ici et là, les martyrs principaux sont enterrés dans une maison particulière ; — 2. L'expédition contre les Marcomans de Gervais- Protais rappelle l'expédition contre les Scythes que mentionne Jean- Paul ; — 3, L'occasion de la persécution est, ici et là, toute pareille : si tu veux être vainqueur, disent les prêtres à Astasius et à Gallican, contrains les chrétiens au sacrifice ; — 4. L'anonyme veut, de la même manière, authentiquer son œuvre : pseudo-Philippe rappelle pseudo-Terentianus. La question se pose de savoir si la même date doit être attribuée à Jean-Paul qu'à Gervais-Protais et à Agnes.
Il semble hien, comme je l'ai montré % que la version de
* Je ne fais pas usage, od le voit, d'une homélie attribuée à Maxime de Turin, et qui offre avec Agnès de nombreux points de contact. L'authenticité de ces homélies, jusqu'à nouvel ordre, est très suspecte [Cf. Tillemont, v, 723-724. — Bruni, apud Migne : P. L., 57, 642-643 et Mazocchi : Kal. Neap. 3, 922] ; quoiqu'on en juge, du reste, notre conclusion subsiste. Voici quelques passages parallèles.
Sermon attribué à Maxime de Turin Agnes [P. L,, 17].
« Turbalurjuvenis apuella cootem- « Juvenis... omnem lapidem pretio-
platus, et a se muneribus complacere sum secum defert et gloriam ; et... existimans, aurum, gemmas congé- cœpit aures virginis appellare, diviminans, vestes, prsedia pretiosa con- lias, domos, possessiones, familias... vectat. Sed... virgo sacratissima in repromittere... Ad haec beata Agnes suo gradu... permansit » [644. B]. taie ferturjuveni dédisse responsum.»
« Etiam lupanar turpitudinis locus [735-737]. efficitur orationis » [645, A]. «Ingressa... turpitudinis locum [738.
« Exspoliata virgo crinibus tegitur, G. |. .. lupanarefficitur locus orationis » et nudata ab hominibus malis, vestie- [739, A].
balur ab angelis bonis» [645, B]. «Ut spoliata... est, taotam densita-
tem capillis eius divina gratia concessit, ut melius videretur fimbriis eorum quam vestibus tecta [738, G.J... (Deus) misit angelum suum et induit me »
Quel que puisse être l'auteur de l'homélie, il semble bien qu'elle soit postérieure au texte pseudo-ambrosien.
2 G. M. R.. I, 217 et 145, 148-149,