‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 34 sur 132 · LA LÉGENDE DE GIMIEZ · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE GIMIEZ

province des Alpes-Maritimes. C'est dans les Alpes-Maritimes que se trouvait également Embrun, signalé, on se le rappelle, par les textes B et C. — On croit que la fondation de l'évôcbé d'Embrun est en rapport avec la résurrection de la cité, laquelle se rattache sans doute à divers remaniements opérés au temps de Valentinien ; le premier évêque d'Embrun que nous connaissions est Marcellinus, qu'ordonna Eusèbe de Verceil ^ Tout cela ne nous rapproche pas beaucoup de saint Nazaire.

La légende locale de Cimiez nous y ramènera.

Gestes de Moi, compagnon indigne du martyr de Dieu Poniius, je certifie devant Dieu et ses anges tout ce que je vais dire de lui. Ses parents, un sénateur de Rome, Marc, et Julia, sa femmCj ne Vobtinrent du ciel qu après vingt-deux ans d^un mariage jusque-là stérile. Comme un prêtre du grand temple de Jupiter leur avait prédit que Venfant détruirait le temple, Julia voulut le tuer. Mais elle se maîtrisa; Venfant naquit, il s'instruisit dans les sciences et devint très savant. Une fois, il entendit les chrétiens chantant au cours d'une vigile nocturne le psaume (113) : Deus noster in ccelo... le pape Pontien était à leur tête. A ces paroles^ le vénérable enfant s'arrête^ il fond en larmes, et, levant les mains au ciel, c( Dieu, dit-il, fais-toi connaître à moi ». Et il laisse ses pé-

1 Cf. Mgr Duchesne, Fastes, î, 280 et 285. S'y référer pour plus de détails. Cf. aussi Babut : Concile de Turin, 286; et infra. — On a des signatures de Valérien. Cf. infra.

s B. H. L., 6896 [14 mai 274]. Vincent de Beauvais donne en deux endroits Ixi, 34-35 et 78-79, — éd. Duaci, 1624, p. 424-43S, Spéculum historiole\ un remaniement de ce texte : il est, pour nous, sans intérêt. Peu après, Bernard Gui raconte à son tour l'histoire de notre saint : il parle des ruines de Chimela dont on voit usque in présentent diem « vestigia et indicia manifesta. Platea quoque amphitheatri in qua erat areuarium, adhuc lata et circumsepta murorum veterum ambitu ruinoso patet ibidem, fuitque reedificata civitas... in loco eminenti prope mare, que nune Nicia civitas... nominatur. Processu vero temporis, non longe a loco in quo civitas Ghimela fuerat, et prope saxum in quo sanctus Poncins extitit decollatus, edifîcatum est monasterium monachorum ordinis sci Benedicti, ubi repositum fuit corpus s. Poncii decenter, in tumulo preparato sub cripta que subtus est in capite ecclesie, quam confessionem vocant, ubi fideliter veneratur. Gaput autera eius dicuut monachi non esse ibidem... » Notices et Extraits des Mss. de la B. N. tome XXVIl, 2, p. 288.

Adon ne souffle mot de Pontius, non plus que le calendrier populaire. Usuard le cite au 14 mai ; Flodoard versifie son histoire, en passant tout ce qui ne concerne pas Philippe [iv, 13. — P. L., 135, 665j.

dagogues dans la rue, il prend avec lui un seul compagnon, Valerius, il frappe à la porte; les chrétiens ouvrent. Pontius parle à Pontien : il comprend que les statues de pierre ne sont pas vraiment les dieux ! Et Pontien admire sa sagesse, et veut le faire asseoir à côté de lui ; et Pontius et Valerius so7it heuveux d^ avoir trouvé le salut de leurs âmes. Pontius convertit son père Marc, qui brise ses idoles et reçoit le baptême ainsi que toute sa maison. Lorsqu'il meurt, Pontius, alors âgé de vingt ans, va trouver Pontien et lui raconte toute son histoire ; mais il refuse la place de son père au sénat, oîi les soldats Vont conduit de force. La divine Providence suscita ces événements, parce que Pontius devait convertir au Christ, non seu^ lement le peuple, tuais encore les princes eux-mêmes. Du 7'este, Dieu donna une telle grâce à Pontius quil fut aimé de tous, à la curie et au palais. — Sur ces entrefaites meurt Pontien : son successeur Anteros ne dirige pas l"* église plus d'un mois ; puis Fabien est élu, qui aime Pontius comme son enfant, et Pontius lui domine toutes ses richesses : elles sont distribuées aux pauvres, surtout aux pauvres chrétiens (domesticos fidei). Cest le temps où, l'empereur Philippe partage V empire avec son fils Philippe ; la troisième année de leur règne, ils veulent célébrer le millénaire de la fondation de Rome, mais Pontius les détowme d'immoler aux dieux. Car Pontius est leur ami; ety comme il est très savant, il leur démontre dans un discours le néant des idoles : « Ces histoires de Saturne, roi de Crète puis d'Italie, détrôné par Jupiter son fils, sont des imaginations de poètes ; il n'g a ciu'un Dieu, qui a créé le monde ; comme, par la chute, l'homme a perdu l'immortalité et que le diable l'a asservi, Dieu a envoyé son Verbe qui s'est incarné dans le sein de la Vierge et s'est fait homme pour reformer l'homme déchu ; livré par les Juifs à Ponce Pilate, il est mort, il est ressuscité : sa mort a tué la mort, » IjBS empereurs se convertissent et reçoivent le baptême; le grand temple {de Jupiter) est renversé, on installe des églises dans les temples des idoles. Mais les Philippe, tués par Dèce, sont remplacés par Gallus et Volusianus son fils, — qui régnent 4 ans et 4 mois, — puis par Valérien et Gallien qui persécutent les chrétiens. Alors Pontius se cache; bientôt même il fuity obéissant à l'ordre du Seigneur qui a dit : « S'ils vous persécutent dans une cité, fuyez dans une autre » {Mt. 23"\; il gagne une ville au pied des Alpes, qui

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