‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 33 sur 132 · RAVENNE CONTRE MILAN · texte numérisé non relu

RAVENNE CONTRE MILAN

raie, la première moitié du v^ siècle qu'elles déterminent certainement.

Mais alors, comment concevoir les rapports de ces légendes? Si Vitalis-Valeria porte la trace des mêmes préoccupations que Nazaire-Celse, si Vitalis-Valeria et Nazaire-Celse sont parents de Gervais-Protais et l'utilisent, comment se peut-il faire que ces gestes se contredisent parfois? Nazaire-Celse ne connaît qu'Anulinus, Gervais-Protais que Paulinus et Astasius ; si Nazaire devient le père de Gervais et de Protais, que devient la paternité de Vitalis?

Cette dernière contradiction a moins de gravité que la première : elle ne se rencontre que dans une seule version des gestes ; il est possible que son auteur ait ignoré la légende Vitalis-Valeria. 11 est plus malaisé de rendre compte du premier point oii les légendes sont en conflit. Si, au point de vue paléographique, une confusion PAVLINVS-ANVLINVS est aisément concevable, on hésite pourtant à l'admettre, parce que tous les mss. semblent uniformément écrire, ici Anulinus, là Paulinus. Si Paulinus parait attaché à Ravenne, que dire d'Astasius et de l'absence d' Anulinus? 11 faut donc croire que les rédacteurs, songeant peut-être que l'histoire de nos saints s'étendait sur plusieurs années, n'auront pas craint de les mettre en rapport avec plusieurs magistrats. Et puis, les contradictions les ofîusquaient-elles beaucoup ?

J'attire enfin l'attention sur ceci : parce que Ravenne visait à égaler Milan, on a imaginé à Ravenne et à Rome de faire de Gervais et de Protais les enfants de saints ravennates. Mais, pour admettre cette fiction, les Milanais n'avaient pas les raisons des Ravennates. Il y eut donc deux formes de la légende des inventions milanaises, quelque peu opposées et comme hostiles Vune à l'autre : une forme ravennate, qui nous est accessible dans les gestes de Gervais-Protais, écrits par le pseudo- Ambroise * ; une forme milanaise que nous atteignons dans les gestes de Nazaire et Celse, toujours plus ou moins étroitement associés à Gervais et à Protais, et toujours absolument séparés de Vitalis et de Valeria. La contradiction Paulinus- Anulinus n'est sans doute pas sans rapport avec ce fait général.

De ces deux cycles, qui dira celui qui est antérieur à

^ Sans doute l'auteur inconnu a-t-il pris le masque d'Ambroise afin de préparer meilleur accueil à son œuvre dans les milieux milanais : il en pressentait l'hostilité. Noter que les deux légendes rivales sont également favorablés à Rome.

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l'autre ? On ne voit pas sur quel archét3^pe tous deux se seraient également modelés ; et l'on voit bien que tous deux présentent parfois les mêmes traits particuliers : 1° l'intervalle de dix ans (prédication italienne de Nazaire, retraite de Gervais et Protais) ; 2° le récit du certamen, rédigé ici par Philippe, là par Ceratius, est placé à la tète des martyrs ; 3° les martyrs sont enterrés à l'intérieur d'une maison privée ; 4° Nazaire et Gervais-Protais ont distribué tous leurs biens aux pauvres ; 5° allusion, ici (Valeria) et là (Nazaire) à Tinterdiction de manger la viande des sacriQces '.

Rien de plus curieux, rien de plus mystérieux au premier abord que la topographie des gestes de Nazaire et de Celse. Le rédacteur part de Rome, traverse toute l'Italie, arrive à Plaisance, passe à Milan, à Cimiez, à Trêves (à Embrun selon certaines versions), à Rome, à Porto, à Gênes, à Milan à Rome, et revient à Milan où il laisse son lecteur. Saint Nazaire est milanais, soit ; son activité ne s'est guère dépensée à Milan.

Dès la mort de Maxime [388] et les invasions commençantes [407-411], Trêves est déchu de sa splendeur. Mais le souvenir en est encore assez récent pour expliquer qu'un apôtre des Gaules y soit envoyé par la légende, d'autant que, à la fin du IV* et au début du v^ siècle. Trêves et Milan ont été en rapports assez suivis : le conflit des évèques gaulois qui, les uns acceptent, les autres refusent la communion de l'évoque de Trêves Félix, est porté au tribunal de l'évèque de Milan, peut-être du vivant d'Ambroise ^

Le cas de Gimiez est plus curieux. Cimiez, à deux kilomètres de Nice, — qui était son port — était une civitas de la

1 Cf. la lettre de saint Léon à Nicelas, évêque d'Aquilée, 21 mars 458[ Jaffé, 536J : a immolaticios cibos qui ex necessitate ederint captivi, iis pœaiteutiam non negaudam ».

2 Duchesne, Culu, 33. Tillemoat, x 687.

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