VAL^.RIËN DE CIMIEZ
La lecture de ces homélies apprend que Valérien aimait à proposer à ses ouailles l'exemple des martyrs et à leur représenter leurs combats * ; elle nous apprend surtout un fait fort curieux. Valérien jugeait que la dévotion de ses ouailles à l'endroit des martyrs était beaucoup trop froide, et il travaillait à la réchauffer. Il fait bon, leur dit-il, avoir dans la maison du Maître, des amis qui intercèdent pour nous. Et il ajoute, d'un ton de reproche : plus heureux que beaucoup^ vous avez ici, chez vous, un martyr qui est votre concitoyen, qui a arrosé cette terre de son sang-, et que les étrangers viennent vénérer, et qui peut vous protéger ; priez-le donc ^ ! 11 ajoute enfin qu'il a un texte écrit ^ où est contée Thistoire de ce martyr, leur concitoyen.
duites dans Migne, P. L.,52, 681. — On a rompu des lances pour et contre le semi-pélagianisme de Valérien [GhichoQ et Raynaud] ; mais, sauf Schack [De Valeriano sœculi V homileta christiano. Hauuiee, 1814, in-8], nul, depuis Tillemont [xv, 124-126], n'a étudié le personnage.
1 Hom. X. « Ponamus nobis aute oculos illas pugnas martyrum, etintueamur admirabilium exempla virtutum... [P. L., 52, 724] ; — Hom. XVJII, « multa quidem spe, dileclissimi, ad seteruam salutem animus accenditur, si quando siagulorum martyrum facta recoluatur [col. 746]; — cf. surtout les Homélies XY, XVI, XVII, de bono martyrii ; Hom. XVI, « satis necessaria fuit, dilectissimi, huic mundo, quantum res docet, ad excitandam virtutum gloriam vicloriaR tam prsBclarae cogaitio » [col. 741], cf. Hom. XVI, S 5 [c. 743-74iJ.
2 Hom. XV. « Si cogitaremus, dilectissimi, quantum nobis civis martyris virtus praestitit, a laudibus Dei nostri numquam linguse studium, numquam cris cessaret ofticium. Kespicite ad illorum studia quiperegrinas aquas bibunt et fontes longe positos sitientes inquirunt, et vidctis quantum gratiae habeat suis aquis iuundata possessio. ^Estimari autem non potest quantum patrimonio utilitatis accreacat, si quando quod alibi ambitiose quaeritur in propria possessione nascatur. Vobis ecce Dominus virtutum de quo quotidie praesumeritis, dédit fontem vivum habere... Imitemur primo loco sancti martyris fidem in confessione... » [c. 740]; — Hom. XVI, « nec enim longe nobis quaerendus quem sequamur. Eoce aute ocuios nostros est, qui quotidie exemplis salutaribus provocat, et paterna affeclione ad consortium sanctitatis invitât... Respicite, dilectissimi, ad aliarum regionum studia, quae videmus in amore sanctorum peregriuis iatius florere commerciis ; et intelligetis quantum nobis Dominus praestiterit, vel quaatum circa nos sollicitudinis aut amoris impenderit, qui inter ceeteras nationes quas salvandi studio respexit, etiam loca nostra martyrii cruore perfudit... Facile ergo agnoscitis quam specialis circa vicem martyrum ofûciorum cura nos maneat, cum videatis hue etiam extraueas rationes devotae mentis amore concurrere, et, prout causa exigit, sancti martyris solatia postulare. Habetis plane quod peculiarius gratulari. Nam ex vestro fonte oritur quidquid religionis ubique bibitur, et ex vobis nascitur quidquid alibi sitientibus ministratur... » [col. 741]. Cf. Homélie XVII, ^ 3 [col. 745] le même développement.
3 Hom. XVI, § 2. « Ecce, iiout lectio docet, victorem possessio regni cœlestit» excipit. Tanti est plane sustinuisse carnificem, cui parit pœna mercedem... Quare autem ille flammas non securus aspiciat, aut quare tortoris UDgulas expavescat, quem tam pretiosa gratia remunerationis exspectat. »
Il est très remarquable que Valérien ne prononce jamais le nom de ce martjT de Cimiez, que jamais il ne parle avec quelque détail et quelque précision des tortures qu'il a supportées : c'est à peine s'il indique qu'il a subi le supplice du feu et la morsure des ongles de fer. — Bien que ce dernier trait ne soit pas mentionné dans nos gestes, il n'y a pas de doute qu'il s'agisse ici de Pontius. On ne connaît aucun autre martyr de Cimiez ; Pontius a été exposé aux flammes. Nous n'avons pas d'édition critique de notre texte ; et peut-être, comme il arrive^ la description des supplices s'est-elle chargée et transformée peu à peu.
Reste que^ selon toutes les probabilités, notre texte est antérieur à Valérien, qui le cite. Or, Valérien était évéque au milieu du v^ siècle ; on est conduit par là à chercher la date et l'origine de Pontius à l'époque et dans le milieu où s'élaboraient Gervais'Protais et Nazaire-Celse : Cimiez est précisément sur la limite de la Gaule Cisalpine et des Gaules d'audelà les Alpes. Quel est l'inconnu qui s'est intéressé au martyr de cette ville obscure ?
Je me demande si ce ne serait pas son évêque, Valérien luimême, ou l'un de ses amis. Il regrettait la froideur et le scepticisme de ses ouailles : quel meilleur moyen d'en venir à bout que de leur raconter par le menu la merveilleuse histoire de leur saint?
Ponamus nohis ante oculos illas pugnas martyrum, et intueamur admirahilium exempla virtutum... Si cogitaremuSj dilectissimi, quantum nobis civis martyris virtus prsestitit, a laudibus Dei nostri numquam... cris cessaret officium...
Il leur vantait la puissance de ce civis marty?- : ne devait-il pas leur faire connaître les titres de son pouvoir religieux? 11 y a coïncidence entre le parti que Valérien veut tirer de l'histoire et du culte de Pontius, et l'intérêt que les gestes de ce martyr offrent à cet égard pour lui.
Voici qui est plus important. L'évêché de Nice fut réuni à l'évéché de Cimiez par saint Léon au temps même où Valérien était évêque de Cimiez \ Cette réunion, qui comblait les dé-
1 Thiel : Epp. Rom. Pont., i, 154. — Jatfé, 562. — Duchesne : Fastes, i, 286 et 287, et Méoioires de la Société des Antiquaires de France, xuii, p. 37 gt, geq. — TillemoQt, xv, 319. — Babut : Conoile de Turin, 286, sq. — Et noter que saint Léon veut aussi réchauffer la piété des Romains à l'endroit de