‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 49 sur 132 · CRITIQUE DE LA CRITIQUE TOPOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA CRITIQUE TOPOGRAPHIQUE

Voici donc à quelle conclusion aboutit notre enquête : comme nul ne fut plus intimement uni à Eucher de Lyon que Salvien de Marseille — c'est à Salvien qu'Eucher a confié ses enfants — il faut dire encore que les gestes de saint Sébastien et les gestes de saint Maurice sont sortis d'un seul et même groupe, à qui l'on doit également les légendes de Victor^ de Pontius et de ISazoire ; et que ces hagiographeSy inconnus jusqu'ici, appartiennent à V école de Lérins ^.

L'esquisse de Thagiographe lérinien que j'ébauchais en tête de ce chapitre s'adapte exactement à ce que l'on peut entrevoir de la physionomie de Salvien : car c'est aussi à Lérins qu'on l'aperçoit, au lendemain de l'invasion qui l'a chassé de Trêves. Rhéteur, Salvien l'est à coup sur plus qu'Eucher luimême ; les tableaux qu'il trace de la désolation de la Gaule ou de la décadence des mœurs sont fameux par leur vigueur et leur coloris ; il est fâcheux seulement que la monotone prolixité de son style en gâte la force et l'éclat. Mais une conviction chaleureuse transfigure cette rhétorique ; elle témoigne très haut de Tamour qui enflammait Salvien pour les âmes ; cet amour anime tous ses livres, nul doute qu'il ait dominé toute sa vie. Si rien ne nous dit, enfm^ qu'il ait joué un rôle dans les querelles de ce temps, rappelons-nous le petit nombre des textes qui nous parlent de lui ; rappelons-nous les amis qui l'entourent, l'affection qu'il leur porte, la fougue qu'il met en toutes choses : son âme n'est pas une âme d'indifférent ; il y a tout lieu de croire qu'il ne s'est pas désintéressé des questions ecclésiastiques qui occupaient son entourage, no-

lanaise d'un saint célébré par Ambroise ; 2. Les débauches de Jupiter ; 3, La sanctification par le baptême ; 4. Unité d'âme et de foi des deux frères ; mais le récit est sec, exempt de toute rhétorique. Gomme dans Maurice, on y relève le vaoiinater familias [§ 8]. Ce sont textes de même famille, non pas de même auteur : noter qu'Us introduisent Anullinus, et insistent sur la virginité de Marie, ante, jposi'partum, et in partu. Peut-être sont-ils contemporains de Gervais-Protais |Gf. Tillemont, v, 267, 691 j.

1 Gennadius ne dit rien qui puisse le faire soupçonner; à propos même d'Eucher, il ne souffle mot de la passion de saint Maurice. Il dit, au contraire, quels écrits les Solitaires d'Orient ont inspirés à Pétrone, à Cassien, à Honorât [P. i., 58, 1082, 1096, 1119. — §§ 41, 61, 99]. Comment s'explique ce silence ?

et le férial [ii, id., mai ; nu, id. int.], vénérés à Milan ; peut-être sont-ils vraiment africains d'origine : une inscription trouvée près de Sétif [C. L L., Yui, 20,573j écrit Félix Na ; il faut lire sans doute Nabor, L'histoire de Victorin et d'Augustin, l'importance politique de Milan, attestent et expliquent la présence de soldats africains dans cette ville, et l'attraction qu'elle exerce sur les Africains. Cf. Monceau.

tamment ses anciens élèves. Lorsqu'on adjoint Salvien *■ à leur groupe, la physionomie des hagiographes lériniens se précise et s'accuse "^

J'ajoute un dernier mot. L'exactitude topographique d'un texte ne prouve pas qu'on en doive chercher l'auteur parmi les compatriotes du saint que ce texte célèbre : pas besoin d^ètre romain de Rome pour ne pas cacher le cimetière de Calliste aux alentours de la voie Flaminia, pour ne pas dresser vis-à-vis du Latran la basilique de saint Pierre. On voyageait beaucoup aux v® et vi® siècles, pour pèlerinage et pour affaires. Et les moines, — les moines de Lérins entre autres ^ — n'étaient pas les moins infatigables.

1 Une lecture, même rapide de Sébastien, fait aisément voir comment s'y allient la rhétorique la plus banale et la plus ardente charité. Noter aussi que le pape est explicitement appelé episcopus episcoporum [§ 67 ;j le trait est emprunté, soit à Tertullien : de pudicia 21, soit plutôt au Roman clémentin [Epistola démentis. P. G. 2, 32-33]. Sur les rapports de Sebastien avec le Roman clem,entin, cf. G. M. R., tome V.

Nous connaissons si mal la vie de Salvien, comme la vie de Valérien, que l'on ne peut pas décider si les textes ont pour auteur, soit Salvien ^Valérien), soit un de ses disciples ou de ses amis. On ne peut pas non plus préciser exactement les rapports de Sébastien, de Nazaire et de Pontius.

'^ Il semble qu'ils aient pris pour devise cette pensée de Salvien : scriptor ille abscondi ac latitare omnibus modis uoluit, ne scripta, quse in se habent plurimum salubritatis , minora forsitan fièrent per nomen auctoris [ep. ix — Pauly, 221-222].

3 Cf. la vie de saint Hilaire d'Arles.

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