VICTOR DE MARSEILLE ET SEBASTIEN
écrit-il quelque part* pour annoncer son dessein, qui.,, conantur adserere non propter vitœ prœsentis utilitatenhy sed propter eam quai post mortem futura est, colendos deos.
Le rédacteur de A, d'autre part, semble bien être marseillais: l'éloge de Marseille qui constitue son exorde l'indique suffisamment :
Massilia^ civitas ampla^.,. pulchritudine gloriosa,,,, in ca* pite Galliarum sitay.,. unde et romande potentiœ meruit esse in occiduis partibus qusedam propria sedes [§ 1]..
Qu'un texte marseillais trahisse l'influence augustinienne, c'est la preuve qu'il ne peut être antérieur à la fin du V® siècle. Et c'est l'explication naturelle du double fait que voici.
A mentionne le massacre de la légion thébéenne. Eucher a écrit son récit à la fin de la première moitié du v® siècle ; l'ami d'Eucher, Salvien, lut toute sa vie un grand personnage à Marseille ; il contribua certainement à répandre autour de lui la légende de saint Maurice.
A est étroitement apparenté à Sébastien. Sébastien et Victor réconfortent les âmes vacillantes ; ils méprisent les jouissances de cette vie passagère ; ils croient à l'efticacité des prières sur les destinées de Tétat ; ils insistent sur l'immoralité des dieux païens et sur l'œuvre de Jésus dont la mort a tué la mort. — Sébastien est par nous rattaché à Salvien^ donc à Marseille, milieu ou seconde moitié du v" siècle ; c'est à cette date et à cette ville que nous rapportons de même la rédaction de A.
Fait intéressant, B est également apparenté à Sébastien, Ici et là apparaît le personnage du parrain ^ ; ici et là, les auteurs inconnus s'intéressent à la question de la licéité du mensonge ^; ils appuient ici et là, comme Valérien de Cimiez dans Pontius, sur la punition des persécuteurs et sur le caractère local du martyr envisagé comme patron *. — Comme B, d'autre part,
i Hoffmann, i, 58 ; i, 36.
2 «iQuibus miiitibus... Victor in gratia baptismi pater extitit» [Analectat ii. 318, § 9]. Cf. Sébastien^ § 36 : « igitur omnes isti LXVIII a 8. Polycarpo baptizati et a s. Sebastiano suscepti sunt ; feminarum autem matres factae sunt Beatrix et Lucina. »
3 Je déduis cela de la version qui est citée par Tillemonb, iv, 756 : « J'ay peine à comprendre ce que luy disent les Préfets, qu'ils les auroit trompez s'ils n'eussent sceu qu'il avoit esté matelot de sa profession, nauta ».
* J'ai cité le texte dans l'analyse que j'ai donnée de B, p. 108.
est écrit plus simplement que A, on peut croire que V auteur de A connaissait B et qu'il a voulu le récrire et l'orner des grâces de son style. L'auteur de B est sans doute ante'rieur à la fm du v« siècle, comme il est, probablement, marseillais : il distingue soigneusement le forum superius au. forum inferius. Puisqu'il s'intéresse à la question du mensonge, il subit l'influence de Gassien ; il lui est donc postérieur. J'imagine qu'il écrivait vers le milieu du v« siècle, et qu'il se rattache, comme son brillant émule, au groupe lérinien \
I Grégoire de Tours atteste la popularité de Victor : il coûte un ùiiracle survenu à son tombeau \Gl. M., 76 (77). — P. Z., 71, 773], — D'autres miracles soQt racontés dans un texte publié par les BoUaudistes [21 juillet, 148], — Le calendrier populaire [Massiliae, Victoris Martyris, — P. L., 123, 163] et Adon [P. L., 123, 305] attestent aussi sa gloire. Le férial hiéronymien [xii, Kal. aug., p. 94, E. In masil victoris (coron»)] témoigne qu'elle est ancienne.
II faut, sans doute, rattacher encore à ce groupe de textes les gestes de Victor Maurus de Milan [8 mai 285. — Tillemont, v. 268-290] : ils prétendent être l'œuvre d'un certain Maximianus, notaire de l'empereur Maximien, qui, témoin oculaire [cf. Pontius %iNazairri] du martyre de Victor le Maure, aurait juré, PER PAGANisMUM EORUM, de m pas en rédiger le récit, et pourtant l'aurait écrit de mémoire [8 mai, 285, § 8]. Victor le Maure est un vétéran qui est arrêté, emprisonné, privé de nourriture, torturé sur l'ordre de Maximien et d'Aoullinus ; il s'enfuit, se cache dans Técurie, devant le théâtre,'mai8 est repris et décapité ad silvulam...ad ulmos; les bêtes protègent son cadavre. Ces gestes ont été rédigés d'après ceux de Nabor et de Félix (auxquels ils ajoutent encore un mystérieux détail : Maximien ne sera enterré qu'après qu'on lui aura brisé les jambes) : ils y font une claire allusion [§ 5, me non segregasti a sanctis tuis concivibus Nabore et Felice\. Ils parlent an?, martyres concives, comme fait Valérien dans Pontius. Us meotionnent un hippodromus circi f§ 1] qui rappelle l'hippodrome dont il est question dans Sébastien [G. M. R., I, 137 et note3J. Mais si la légende est parente de Sébastien, Pontius, Nazaire et de tout ce groupe de textes, j'imagine que notre version a subi des retouches. Le serment que fait Maximiaous per paganismuni éveille les soupçons, et nous éloigne du milieu du v® siècle. La fuite de Victor qui se fait reprendre, l'ange qui accourt refroidir le plomb fondu, surtout la mention de l'évêque de Milan saint Materne, tout cela nous conduit au vi« et au vii^ siècle, nous rapproche d'Alexandre de Bergame [cf. infra, p. 164] et même de Faustin-Jovite. — [Notker a connu un texte que nous n'avons pas: P. I/., 131, 1080 ; il sait que Victor est a primœva xlate ohristianus, et que ses concitoyens Nabor et Félix ont été transportés à Milan cum Januario et Marina].
Les gestes de Nabor et de Félix — dans les deux versions, presque identiques * que nous en avons — rappellent également Sébastien : 1. Origine mi-
* 12 juillet 277 et 279. La seconde ajoute à la première la mention de la porta Ticinensis [§ 2], et de la voix céleste au moment du baptême du Christ i§ 6], le nom de la religiosa feniina qui ensevelit les saints [§ 10, Savina, comparable à sainte Anne]. Nabor et Félix sont deux soldats (comme Victor de Marseille) notissimi imperatori. Maximieo les fait comparaître in hippodromo circi, puis à Lodi ; il essaye à plusieurs reprises de les faire apostasier , il les décapite à la fin.
Victor, Nabor et Félix sont, d'après s. Ambroise [in Lucam. 7 : Epist.^ 54]