LES GESTES DE GENSURINUS
d'Arles ' ; le rédacteur de Censurlnus peut très bien y avoir reçu sa formation théologique ou en avoir subi rinfluence par des livres : dans cette hypothèse, il faut croire qu'il écrivait au temps de Césaire environ, dans la première moitié du vi** siècle.
Voici qui mérite attention. Dans le résumé qu'il fait de l'œuvre de Dieu et de Jésus^ le rédacteur insiste sur ce fait que, de toute l'humanité, Jésus est le seul qui n'ait pas hérité du péché d'Adam : la dette des premiers parents, dit-il, lie tous leurs enfants.
Hoc solo excepto in quem mater nullam successionem ma' culœ hujus transfudit^ quia sacer eius parius penitus erat immi<Ms ah omni délectations carnali, propter quam cum originali peccato nascimtur omnes qui ex utriusque sexus copula creantU7\ pro quitus hac ratio7ie effusus est sanguis Christi nullum peccatum habentis [§ 4].
Cette longue incidente, qui explique les raisons de l'immunité du Christ, semble déceler une préoccupation du rédacteur : on peut croire que ce privilège èidÂi parfois étendu à d'autres qu'au Christ.
Or, je lis dans le sermon 244 de saint Césaire [§ 1] : Natum ex Maria virgine quœ virgo ante partum et virgo post partum semper fuit et absque contagione vel macula semper perduravit ^.
Les derniers mots peuvent faire croire que, dans la pensée de Césaire, la Vierge Marie est exempte du péché originel^ : ahsque contagione vel macula^ dit-il, semper perduravit \ or, cette exemption absolue ne peut pas dériver de sa virginité corporelle, car nul n'a jamais prétendu que c'est la consommation du mariage qui introduit la souillure dans une personne adulte.
Je soupçonne que l'auteur de Censuriniis combat Césaire et ses tendances : il rappelle que Jésus seul, parce que né surnaturellement, n'a pas hérité du crime d'Adam, au lieu que Césaire pensait étendre cette exemption à des personnalités éminemment pureSf nées d'ailleurs comme tous les hommes. D'où
1 Lejay, R. H. L. R., x (1905), 237-238 sq.
s Le plus souvent, macula désigne la tache originelle. — Le texte a été signalé par M. Lejay qui ajoute : « il serait un peu hasardeux de les presser (les derniers mots) à défaut d'énoncés plus explicites. » (D. T. C, ii, 2172. — R. H. L. R., 1905, 160J.
le soin que met Censurinus à rappeler la parthénogenèse de Jésus : c'est son titre à l'exemption de la faute commune ; Marie n'a pas celui-là ; elle est donc sujette à celle-ci. Gésaire tendait, plus ou moins consciemment, à séparer l'idée de l'immaculée conception d'un être — c'est-à-dire son immunité parfaite à l'égard de l'héritage d'Adam — des circonstances de sa conception corporelle ^ L'augustinien qui rédige
1 Cf. à ce sujet : Fulgence, De fide ad Petrum, 15-15. P. L., 60, 758, et la lettre de Ferrand au diacre romain Anatole, § 4, P. L., 67, 892. Retenir la phrase : « caro Christi non erat in iniquitatibus concepta : propter quid ergo conditionem mortis videtur experta ? Manifeste scimus non necessitate sed voluntata pro nobis mortuum fuisse Filium Dei. » — Cf. surtout une curieuse page de Pierre Diacre : Liber de Incarnalione... § 6, qui se termine par ces
mots : FaLLDNTUR ergo OMNIMODO qui DIGUNT MORTEM SOLAM, non F.TIAM PECCÀtUM
TRA^siissE IN GKNUs HUMANUM [P. Z,, 62, 83, DJ. Le mouvemeut ascétique, dont le pélagianisme et le semipélagianisme sont l'expression intellectuelle tendait naturellement à conférer le privilège de l'immaculée conception aux plus purs d'entre les hommes.
Césaire continuait une tradition antérieure. Au temps de saint Augustin la piété de cey^ tains fidèles, et peut-être lapensée de certains théologiens, allait à exempter du péché originel saint Jean- Baptiste, et, conséquemment, à séparer l'idée d'immaculée conception de l'idée de parthénogenèse (on n'a jamais prétendu que la mère du Précurseur fût demeurée vierge). La fête de la Conception de Jean-Baptiste est en rapport avec ce mouvement d'idées : elle est attestée par le caleudrier de Calcasendi, celui de Naples, celui de Silos, la liturgie Mozarabe et Bède [Kellner : trad. Mercati : YAnno Ecclesiasiico... (1906), 195|. — Voici le texte de saint Augustin relatif à cette croyance:
« Et Joannes de quo loquebaris, cum peccato natus est ? Invenisti plane praeter peccatum natum quem invenis praeter Adam natum. Non avellis hanc sententiam de manibus fidelium : per unum hominem mors et per unum resurrectio mortuorum. Sicutin Adam omnesmoriuntur, sic et in Christo omnes vivificabuntur. Per unum hominem peccatum intravit in mundum et per peccatum mors, et ita in omnes homines pertransiit. Si verba mea haec essent, posset a me haec sententia dici expressius ?.... lam tu excipe Johannem : si separaveris ab hominibus, si separaveris ab illo tramite humanœ propaginis, si separaveris a complexu niasculi et feminœ, etiam ab ista sententia separabis. Nam ille qui voluit ab ea esse separatus, per virginem est venire dignatus. Utquid me cogis discutere mérita Johannis ? In utero Dominum salutavit... ; non quaeiit tuam perniciosissiraam defensionem. Venienti Domino ad baptismum suum, conscius communis infirmitatis ait : ego a te debeo baptizari... Quid pluribus ? Cesset deinceps, si fieri potest, contrarius disputator : quia et praeconem suum liberuvit ipse Salvator ». [Sermon 223 — P. L., 38-39, 1335. — Cf. Enchiridion, x, 34. — L'origine de cette croyance est l'exaltation de la dévotion envers le Précurseur ; elle dérive de l'adoration toujours croissante de la personne de Jésus. Voici deux textes qui témoignent de cette dévotion ardente qui s'adressait à saint Jean Baptiste: Joannes itaque omnium praecedentium proximus Christi annuatiator fuit... ; amplius quam propheta dictus est et in uatis mulierum non habuisse majorem... [Contra litteras Petiliani, ii, 36, 87. — P. L., 43, 288-289] ; — « quo (Johanne) major non fuit inter natos mulierum, parentibus suis melior est. Non enim solum ho* miuibus sed et angelis testimonio Domini comparatur ;[S. Jérôme adv. Pe* lagianos, i, 16. - P. L., 23, 511, A). [Cf. Lejay : R. H. L. R. X, 457-467J.