TEXTES DE SAINT AUGUSTIN
la mer *; il semble connaître le miracle du corbeau -; il fait une allusion très nette aux grimaces furieuses de Dacien vaincu ^ ; peut-être fait-il une allusion au passage des gestes, où Vincent rappelle la scélératesse de « l'antique ennemi * ».
Je n'oserai pas assurer, pourtant, que le texte connu de saint Augustin soit le texte même qu'a imprimé Ruinart, ainsi que le prétend celui-ci.
Deux faits nous mettent en méfiance. Au sermon 274, saint Augustin semble attribuer à saint Vincent une parole du psalmiste qui est absente des gestes ;
Martyrum voce cantammus {dixerat enim ista Vincentius in orationibus suis) : Judica me, Deus, et discerne causam meam
D'autre part, dans les quatre sermons, je ne trouve aucun trait qui rappelle le gril ; au début du sermon 274, saint Augustin se contente de dire vicit exustus ignibus ^ tandis qu'il
tas proferebatur in voce, tantaque pœnaram asperitas sœviebat in membris, et tanta securitas sooabat in verbis [1255-1256]. — Cf. 277, 8 (1261).
1 276, 4. «Mortuus maria traosQatavit. Sed ipse inter undas guberoavit cadaver... Non mersit aqua maris corpus eius » [1257].
2 277, 1. « Sic Eliam sanctum Deus per avem pascebat». — Cf. gestes, § 10. « Qui ante Ëliae... cibos detulerat.»
^ S. Augustin
275 (1265). « Voces...huiu8hominis, oculi,vultus et lurbulentus totius corporis motus, indicabant quam graviora tormenta sentiretinterius quam erant quae martyri infligebat exterius.
276, 3...« Per furiosas Daciani voces, per truces oculos et minaces vultus et totius corporis motus lUe habitalor eius interior monstrabatur ».
* 275. «Eratvidere invictam martyris auimam coûtra iusidias aotiqui hostis... Si enim diabolicus et seductor spiritus plerumque implet vel fallaces vates, vel falsos martyres BU09 » (1254).
6 Au sermon 276, 3 (1257j, Augustin parle du supplice du feu qu'a enduré Vincent. Aucunede ses expressioQs n'entraîne ni n'exclut nécessairement l'hypothèse du gril, ou l'hypothèse du clibanus. Cf. notamment : « Putares quod eum duraret flamma, non ureret ; et, tamquam ûguli fornax lutum molle suscipiens, duram redderet testam... lam non urit ignis tuus... Probatus atque decoctus illo igné Vincentius... Ipse (Dacianus) facibus furoris accensus, ta^nquam clibanus intus ardebat... Cf. infra, § 4. Non flexit ûamma tortoris cor eius. Decoctus est il une allusion au gril?
Gestes
5. Clamare Dacianus cœpit... Dum Dei martyrem lacérât, se potius ipse laniare... Exsanguis ei ipse Dacianus, pectore trementi, torvis et minacibus oculis clamare militibus cœpit : Quid agitis ? Non enim agnosco manus vestras... 6. At nimia praeses fervens insania, totaque facie humanitatis eversa...»
4. « Ille enim venenatissimus ser" pens et insatiabilis homicida christianam innoceotiam tormentis... vos cogit appetere... Ipse malignitatis astu idola pro Deo coli instituit. »
parle explicitement du miracle de la mer et des ongles de fer *. Or nous connaissons des versions ^ des gestes où l'histoire du gril est passée sous silence. Qui sait si son texte ne l'ignorait pas aussi ? — L'omission du gril est d'autant plus surprenante que saint Augustin connaissait, je crois % l'hymne de Prudence, — et que Prudence insiste sur le gril. Si Augustin n'en a pas plus précisément parlé et tiré quelque trait frappant, n'est-ce pas que l'épisode était absent du texte que le peuple venait d'entendre?
Or, deux faits indiquent que le texte prohabile satis est, sans doute, postérieur à saint Augustin. C'est d'abord cette phrase oii l'on insiste plus que d'ordinaire sur la prescience de Dieu : a pueritia studiis litterarum traditus, superna providente clementia quœ sihi eum prœvidehat vas electionis futurum... Le rédacteur ne vivait-il pas en un temps où l'idée de la prédestination, telle que l'entendait Augustin, était désormais victorieuse ?
C'est ensuite ce détail qui caractérise Tévèque Valère : il confie à saint Vincent le ministère de la prédication, parce qu'il a une difficulté de parole. — Or, nous savons que Yévêque d'Hippone, au temps où saint Augustin fonde le monastère de Tagaste, s'appelle Valère ; c'est ce Valère qui ordonne prêtre saint Augustin (début de 391), et qui lui confie le minislère de la prédication \ — Si le Valère de saint Vincent n'est pas un double légendaire du Valère de saint Augustin
1 276, 4 (1257). « Sed ipse inter undaa gubernavit cadavor exstinctum, qui ioter ungulas animum donavit invictum. »
2 Cf. infra, p. 144.
3 Voici les points de contact que j'ai notés :
Prudence