TEXTES DE ROME ET DE PARTS
(le férial hiéronymien nous empêche de le croire), il est sûr, à tout le moins, que l'histoire du Valèrn de saint Vincent est modelée sur Thistoire du Valère de saint Augustin. — La version de Ruinart est donc un remaniement postérieur à saint Augustin des gestes antérieurs à saint Augustin.
En résumé, il est certain que les gestes de saint Vincent étaient rédigés avant 400 ; il est certain qu'il en existait dès lors plusieurs versions, deux au moins ; il est certain que le texte probabile satis imprimé par Ruinart reproduit en les remaniant les gestes de la fin du iv® siècle.
Or, les manuscrits nous ont conservé deux versions des gestes de saint Vincent qui diffèrent quelque peu du texte probabile satis
Le texte des Codices Vaticani 1196 et 5696 * commence par les mots : Beatus Vincentius extitit pâtre.., civitatis episcopo. Ce texte retranche à la version probabile satis de Ruinart : 1. le prologue probabile satis \ 2. l'épisode du gril; .3. la plus grande partie des discours. — Il y ajoute : 1. feinte de Dacien qui, bien qu'effrayé lui-même, veut intimider l'évêque ; ainsi, il aura plus facilement raison des autres clercs. Or, Dacien a été humilié, et vaincu par un diacre : combien plus éclatante encore eût été sa défaite, s'il avait eu devant lui l'évêque, caput sacerdotii ; 2. avant d'être enfermé dans la prison ténébreuse, Vincent est à demi déchiré entre les branches d'un arbre ; 3. on somme Vincent de nier la divinité du Christ : nega Christum deum esse ; 4. Vincent gourmande Valère qui parle trop modérément à Dacien ; 5. le culte de Vincent est célèbre dans toutes les Espagnes.
Le texte reproduit les deux passages de la version pro^ babile satis qui dénoncent une époque post-augustinienne. La phrase nega Christum deum esse K 9J s'expliquerait assez
* Analecta, i, 262
SATNT VINCENT
bien, si l'on admettait qu'elle a été écrite au temps où les Wisigoths ariens occupaient les Espagnes. Comme la version de Ruinart, la version Vaticane est donc un remaniement des gestes du iv* siècle, fait en Espagne sur un texte parent de celui que connaissait Augustin (absence du gril), différent de celui que lisait Prudence (absence du gril ; rien sur les livres sacrés). Elle est sans doute antérieure à la version de Ruinart : celle-ci supprime — comme inconvenants — les reproches du diacre à l'évèque.
Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, que semble avoir connu Ruinart *, rappelle parfois les deux versions précédentes mais s'en écarte parfois aussi : c'est, sans doute, notre plus ancien texte des gestes de saint Vincent ^ J'y remarque, en effet, l'absence des deux passages qui dénoncent une influence augustinienne ; y manque également la phrase nega Chris tum deum esse ; y manque encore le passage qui met en relief la noblesse de Vincent et nous fait connaître Euticius, Agressus, Enola ; y manque enfin l'épisode du gril ; Vincent nous apparaît comme un vieillard. Le court prolooue probabile satis le rapproche du texte Ruinart, la mention du supplice de l'arbre ^ le rapproche de la version Vaticane. C'est sans doute le texte que lisait saint Augustin.
Restent trois autres versions des gestes^ moins importantes que celles dont on a parlé déjà. L'une est un sermon *, prononcé par un prêtre espagnol ^ : il suit fidèlement Prudence ^;
1 Ed. 1859, p. 400, note 1. ■ Haec (a sed quoniam usque ad Cum igitur) in 1 \n». Golb. non habentur ».
2 Codex Paris, 5301 [x« s.]. Cf. Cod. NA. 2179, 10870, 5274. Ce texte m'a été signalé par mon ami M. Cirot : il a bleo voulu me communiquer la copie qu'il en avait prise. L'tiypothèse que je présente à ce propos m'est personnelle.
3 « Divaricate praetereadistenium robore » (je comprends : arbore) « corpus, quousque discerpi pœna artus possint. »
^ P. L., 39, 2095. « Cunctorum licet, dilectissimi, gloriosas martyrum passiones...>
° P. i., 54, 500. Cunctorum licet... gloriosas martyrum passiones... § 1. « Hune ergo amplius propria venereutur, quem etlam peregrinamirautur.» — — Cf. TillemoDt, v, 215. — Quesuel a montré [S. Leonis Opéra, i, 384] que le texte n'est pas de saint Léon.
6 Rien sur Valère ; un seul gardien de la prison ; l'épisode du gril. L'auteur joue [§ 4] sur les mots Vincentius-Vincens, mais ne souftie mot d'Eumorphius, ni des livres sacrés : il parlait sans doute devant un évoque [§ 3, Sanctitas vestra\.