ACTES DES MARTYRS D AFRIQUE
La constatation qu'on vient de faire suggère une double réflexion. Rien de moins surprenant, d'abord, que ces rapports étroits entre les églises d'Espagne et les églises d'Afrique : on les observe encore en d'autres circonstances \ et la géographie les explique sans peine. Il est intéressant de noter,
ictus latera cruentis vulneribus invenerunt. Advolabant truces manus jussis velocibus leviores, secretaque pectoris, disruptiscutibus, visceribusque divulsis, nefaadis adspectibus profaDorum adnexa crudelitale pandebant. Inter haec martyiis mens immobilis perstat, et licet membra rumpaotur, divellautur viscera, latera dissipentur » (§ 7)...
« Videres quasi in pabulum vulnerum famé rabida saevire carnifices, apertisque visceribus ad horrorem videntium, inter ruborem sanguinis ossa nudata pallere » (§ 18).
tc Videres per hiantium vulnerum sulcos de lateribus nati... » (§ 14).
cœpit et in tortores... amplius desâevire... tandem... defatigata lictorum manus.., victa defecit. Expalluit lorquentium vultus, fortium robur emarcuit, sndorum rivis liquescentia membra tabuerunt ; anhelum pectus.
fessis intremuit, ut putares eos potius in tormenlis sancti martyris torqueri.
Exsanguis et ipse Daciamus pectore trementi, torvis et minacibus oculis » [§ 5].
« At nimia praeses fervens insania totaque facie humanitatis eversa, solam in corpus b. martyris aciem luminum, venenumque pestiferorum fundebat oculorum profluentem non iam a solis lateribus, sed a toto corpore sauguinem cernens. Erant enim viscerum interna patefacta, nam juncturas e comparibus diversitas tormentorum separaverat » [§ 9].
a Intrepidus itaque Dei athleta candentis ferri machinam ultro conscendit : torquetur, flagellatur, exuritur, et distentus membris crescit ad pœnam. Inseritur quoque pectori, et membris depressa asperitas laminarum, et decurrente inter ipsas candentis ferri acies iiquore, stridens flamma arvina respergitur, vulnera vulneribus infliguntur ; tormentis tormenta desaeviunt, salis ignibus sparsi crépitantes minutiae per membra dissiliunt : et iam non ad artus tantum, sed ad ipsa viscerum abdita suppliciorum tela jaciuntur... Manet Dei ervus immotus... [§ 7]. Cf. aussi, § 8. 1 Lorsque l'Eglise d'Espagne apparaît dans l'histoire, elle apparaît comme soumise à l'influence africaine : c'est à saint Gyprien qu'elle s'adresse lors de l'affaire des libellatiques : Basilide de Léon et Martial de Mérida [Gyprien, ep., 67, éd. Hartel, i, 735] ; — la Mauritanie Tingitane est rattachée au diocèse des Espagnes ; — rapports d'Orose avec saint Augustin ; — les Maures révoltés ont fait souvent des incursions en Espagne [Gagnât : Varmée d'Afrique, 44- 45]^ ; — culte des saints espagnols en Afrique, cf. Rabeau : Culte des Saints dans l'Afrique chrétienne, 55-58; — dans le procès verbal de Girta, je relève un Fructuosus, fossoyeur; n'est-ce pas un indice de la difl'usion en Afrique du culte de Fructueux ? Une inscription mentionnant saint Vincent vient d'être retrouvée en Afrique [Analeota, 1906, 351]. Enfin, cL les gestes des saints d'Espagne.
d'autre part, que plusieurs éléments essentiels de la légende de saint Vincent proviennent d'importation étrangère, et, plus précisément, sont d'origine africaine. Un détail, déjà, nous avait permis de soupçonner le fait : les rapports de Vincent avec son évoque et l'embarras de parole de celui-ci *. Pour une légende espagnole ^ voilà bien des traits africains.
En Italie, une légende fameuse se présente à nous, qui offre avec les gestes de saint Vincent ^ une ressemblance curieuse : comme saint Vincent, saint Laurent est un diacre qui relègue quelque peu dans l'ombre son évêque Sixte ; comme saint Vincent, saint Laurent subit le supplice du gril. Est-ce la légende de Laurent qui est tributaire de la légende de Vincent, est-ce la légende de Vincent qui est tributaire de la légende de Laurent ; ou bien, toutes deux ont-elles puisé à une source commune ?
Les gestes de saint Laurent ont été rédigés, sans doute, à l'époque ostrogothique, par un clerc qui connaissait Victor de Vite ^ ; mais, très certainement, ce clerc connaissait moins bien l'histoire de la persécution de Valérien : saint Laurent n'a pas pu être grillé *. On a même retrouvé le germe de la légende : comme j'avais montré dans Pigmenius un double légendaire de Maris de Chalcédoine ^^ on a découvert dans Laurent un double légendaire de ce Macedonius % dont Socrate et Sozomène nous content également le martyre au temps de Julien' l'Apostat. Macedonius, Théodule et Tatien brisent les
1 Qui sait, encore, si le jeu de mots Vincentius-vincens ne vient pas de saint Augustin ?
2 Je laisse de côtelés gestes de Vincent de Bevagna [6 juin 613], qui sont certainement inspirés des gestes de saint Vincent de Saragosse : 1. Vincent marche, accablé du poids des chaînes (1); — 2. La citation Videntes non videbunt [§ 6] ; — 3. Humiliation du juge, constauce du saint, ses railleries ; — 4. la légitima qusestio ; — 5. Le saint est enfermé m loco tenebroso angustogue ; — 6. Lumière céleste dans la prison [§ 7] ; — 7. Miracle de la mer [§ 8] ; — 8. Les oiseaux viennent vénérer le corps |§ 9] ; — 9. Souci du rédacteur de montrer la victoire du saint et le règue de Dieu sur tous les éléments, ciel, terre mer, profondeurs de la terre [§ 11].
^ Le rescrit de Valérien au sénat, tout ce que nous connaissons de la crise de 258, nous porte à croire que Laurent a péri par le glaive. Cf. Pio Franchi de'Cavalieri : San Lorenzo e il supplicio délia graticola [Rom. Quartalschrift. iiv, 1900, 156, sq].
6 Analecta Boll, xix (1900), 453.
T Socrate, m, 15. — Sozomène, v, U. - Cf. A-llard : Julien V Apostat, m,