‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 69 sur 132 · SAINT EU PLUS · texte numérisé non relu

SAINT EU PLUS

influencé le rédacteur de B. Peut-être y a-t-il eu, en Sicile, un autre Vitus, ou un autre Modestus, ou une autre Crescentia. Reste à rendre compte de la place que Rome tient dans la légende. J'explique le fait en le rapprochant d'un autre : l'importance des patrimoines de l'église romaine ; elle en possède plusieurs en Lucanie et en Sicile ; ses clercs peuvent aisément connaître une légende de Lucanie et introduire un culte en Sicile. De là, le caractère du culte mi-italien^ mi-romain. Dans le monde romain de ce temps, on trouve sans peine des clercs aussi versés dans les lettres grecques que l'auteur de B P, aussi sincèrement augustiniens que le reviseur de M : je- songe au groupe des moines scythes et de leurs amis. IN'est-ce pas parmi eux que la légende de Vitus aurait pris forme ?

A Catane était vénéré Euplus.

Dioclétien étant consul pour la neuvième fois et Maximien pour la huitième, la veille des ides d'août, à Catane, comme il se trouvait devant le voile du secretarium, le diacre Euplus s'écria : « Je 'suis chrétien, et Je désire mourir pour le nom du Christ. » Le consularis Calvisianus entendit : « Faites entrer, dit-il, celui qui vient de crier )) ; et Euplus fut introduit dans le secretarium du juge : il portait les Evangiles. Maxime, un des amis de Calvisianus, dit : « // n'est pas convenable que, au mépris des ordres royaux, cet homme ait ces livreslà, )) — a Où les as-tu pris, lui dit Calvisianus ; sortent'ils de chez toi ? » Euplus répondit: « J en' ai pas de maison. Mon Seigneur Jésus-Christ le sait. » — C'est toi qui les a apportés ? » — (( C'est moi; tu le vois. » — « Lis-moi tes livres ». Et Euplus lut: (( Bienheureux ceux qui souffrent la persécution... « et encore : « Qui veut venir après moi. . . » — « Qu est-ce que cela signifie ? » demanda Calvisianus. — « C'est la loi de mon Seigneur; elle nous a été communiquée par Jésus-Christ., Fils du

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Dieu vivant )>. Calvisianus l'interrompit: « Cette confession est claire : qicon V interroge en le torturant. »

Dioctétien étant conseil pour la neuvième et Maximien pour la huitième fois^ la veille des ides d' août, Calvisianus dit à Euplus^ tandis quon le torturait : « Eli ! bien, que dis-tu aujourd'hui ? )) — Se signant au front de la main quil avait libre, Euplus répondit : « Ce que j'ai dit, je le confesse aujourd'hui : je suis chrétien et je lis les divines Ecritures. » — « Pourquoi ne les as-tu pas livrées ? Les empereurs les ont interdites. » — « Parce que je suis chrétien: il ne m était pas permis de les livrer. Elles ont la vie éternelle : qui les livre, y renonce ; pour n y pas renoncer, je donne ma vie. » Calvisianus l'interrompit : (( Puisque Euplus viole l'édit des princes et ne livre pas les Ecritures, mais les lit au peuple, quon le mette à la torture. » Et, tandis quon le torture, Euplus remercie le Christ et le prie de le garder. En vain Calvisianus insiste, lui promet la liberté s il sacrifie. « T adore le Christ, répond Euplus, je déteste les démons. Fais ce que tu veux, je suis chrétien. J'ai longtemps souhaité ceci. Fais ce que tu veux. Tu peux me faire souffrir plus encore : je suis chrétien. » — A la fin, les bourreaux s^ arrêtent. « Malheureux^ dit Calvisianus \ adore Mars, Apollon et Esculape ! y) — « T adore le Père, et le Fils, et V Esprit-Saint, dit Euplus. T adore la sainte Trinité, hors de laciuelle il n'est point de Dieu. Périssent les dieux qui n ont pas fait le ciel et la terre... Je suis chrétien. » — ce Si tu veux être sauvé, sacrifie. » — « Je ne sacrifie quau Christ, qui est Dieu, et cest moi que je sacrifie. Ne fais pas de vains efforts pour me fléchir : je suis chrétien. » — Calvisianus ordonna de redoubler les tourments. « Grâces te soient rendues, Christ ! Secours-moi, Christ ! disait Euplus. C'est pour toi que je souffre, Christ \ y) A la fin, comme ses forces diminuaiod, on ne V entendait plus parler; mais, des lèvres, il priait encore.

Calvisianus souleva le vélum, entra dans le secretarlum, dicta la sentence, et, revenant, lut la tablette qu'il tenait: (( Euplus, chrétien, qui méprise les édits des empereurs, blasphème les dieux, refuse de se repentir, f ordonne quil soit tué par le glaive. Emmenez-le. » Alors, on lui attacha au cou l'Evangile avec lequel il avait été arrêté, tandis que le héraut criait: « Voici Euplus le chrétien, Venncmi des dieux et des

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